Une traversée du Buffyverse - Saison 1 épisode 11
Une traversée du Buffyverse - saison 1 - épisode 11
« Portée disparue » (« Out of mind, Out of sight ») - 19 mai 1997
Le titre choisi en français n’était pas ce qu’il y avait de mieux. Une expression française collait mieux : « Loin des yeux, loin du coeur ». Qu’on pouvait mettre dans l’autre sens aussi. C’est un épisode intéressant puisqu’il creuse un peu plus le personnage de Cordelia qui est la cible du monstre de la semaine… Ici une jeune fille invisible.
L’invisibilité est un pouvoir qui, dans la malveillance, peut devenir bien flippant, apporter une tension et du suspense. Le dernier film de l’homme invisible (2020) qui s’avère être un homme toxique, voire violent et meurtrier, est excellent dans cette utilisation de la menace invisible. Dans Buffy, en 1997, l’écriture et la réalisation, dans ses maigres moyens, s’en sort pas si mal.
Le talent de cette série et de son créateur (Joss Whedon) est d’adapter « l’invisibilisation » genre origine story de super pouvoir à « l’invisibilisation » cruelle dans un lycée. Une personnalité effacée et timide, un charisme quelconque et vous pouvez vivre ce phénomène fort bien mis en scène dans l’épisode à travers les flashbacks en colorimétrie sépia. Le premier en vison subjective de cette pauvre Marcie donne une idée « embarquée » de cette violence du regard de mépris et de haine gratuits et des mots blessants qui exclut instantanément. Le second flashback dans les toilettes, lieu emblématique des cruautés dans les high-schools américains, est une scène où l’invisibilité de Marcie est presque atteinte, elle n’est pratiquement plus entendue, elle est presque un élément de décor auquel les autres ne prêtent même plus attention. Le dernier retour en arrière en sépia est une très jolie scène, malgré sa tristesse, de l’invisibilité en pleine classe par la prof elle-même. Le phénomène passe un cap terrible lorsque la figure adulte et d’autorité ne voit plus, elle non plus Marcie pourtant participative en cours. On comprend après coup pourquoi elle tente de tuer cette enseignante. La musique, l’effet ralenti et le visage de l’actrice Clea DuVall qui exprime si bien l’incompréhension et le désemparement composent un moment déchirant. Et peut-être que sa part d’humanité est morte, tuée par cette invisibilité forcée : Dans son cahier, tous ses camarades ont écrit la phrase passe-partout quand on ne sait pas quoi écrire avant la fin des cours et le début des grandes vacances « Passe un bon été ». Xander le dit lui-même, c’est le « baiser de la mort ». Par ces simples mots, l’intégralité de ses camarades l’ont effacée, éliminée. Ont fait d’elle une prédatrice.
Cet épisode est également l’occasion de creuser un peu le personnage de Cordelia. Il reste d’un caractère comique et caricatural. Mais on sent poindre une épaisseur cachée. Elle a ce verni forcément détestable qui méprise et casse les autres. Elle est ce négatif de Buffy, la brune superficielle dont la popularité semble être le seul objectif. Elle est la cible de la prédatrice invisible, comme une vengeance ou un retour de bâton de toutes les méchancetés et les égards hautains de la belle brune. Dans le détail, dans les coins, Cordelia donne des indices de son intelligence et de sa projection vers l’avenir. Elle cite Helen Keller, participe et est félicitée en cours de littérature, elle sait que Buffy est la personne à aller voir quand elle comprend qu’elle est la proie d’un être surnaturel. Le face à face entre elles dans le couloir de l’école est interessant. Cordelia renvoie dans les cordes Buffy avec ses à-priori sur elle. Elle connaît la solitude, son entourage est aussi une forme de toxicité. Et même si Cordelia remercie sincèrement le gang à la fin, c’est bien l’entourage nocif qui la ramène à ce personnage odieux et superficiel à la fin. Elle l’avait bien déclaré plus tôt « Etre populaire n’est pas juste mon droit, c’est ma responsabilité ! »
La solitude de Buffy est un thème qui transparaît plusieurs fois dans l’épisode. Une tristesse dans le regard devant la complicité ésotérique de Willow et Xander, devant les essayages joyeux de Cordelia, ou en évoquant son précédent lycée où elle était populaire et reine de promo. Elle est malgré tout dans l’action : elle court, elle passe à travers un plafond puis défonce une table, est menacée par un couteau volant puis droguée par une seringue volante, se bat à mains nues contre personne concrètement (et ça c’est toujours rigolo).
Sinon Xander sort une blague pas folle (mais il s’en rend compte) sur une « batte vampire » (bat signifiant chauve souris en anglais, c’est une blague à tiroirs). Le principal Snyder en sort une pas mal quand il révèle que la première victime (Mitch le mec de Cordelia) n’est pas mort et rassure « Il n’y a pas d’étudiants morts, ici…(pause)… cette semaine. » Angel rencontre enfin Giles et ces deux-là s’entendent assez rapidement. Il faut dire que le vampire gentil et joli est aussi « Angel Ex-Machina ». Il sort de sa boîte pour dénouer la situation inextricable. Ici, il ouvre la porte aux trois de la bande qui allait crever asphyxiés. Tout en apportant le livre du 15ème siècle introuvable qui permettra pour la fin de saison de mettre la misère au Master dit le Roi des Vampires.
Mais la technique bien grossière mais charmante de scénariste qui marque dans cet épisode, c’est bien ce duo de Men In Black du FBI qui se planque à peine dans les alentours. Installés à la truelle dans le scénario pour surgir à la fin quand tout semble perdu pour le visage de Cordelia que la Marcie invisible veut découper au scalpel. Les agents capturent la prédatrice sans dire autre chose que ce n’est pas la seule. L’épilogue est digne d’un X-Files. Les agents n’enferment pas ces invisibles vengeurs mais les forment à l’infiltration et à l’assassinat. La scène d’une classe pleine d’élèves invisibles est tordante. C’est la vengeance des weirdos et des timides. Un petit goût de vrai… Le meurtre en moins, des lépreux sociaux (dixit Cordelia) qui, une fois la scolarité terminée, deviennent plus puissants que les populaires de l’époque. Vengeance de scénariste ?

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