The Wire - Sur écoute - Saison 2 épisode 3 et 4
The Wire – Sur écoute – Saison 2 – épisode 3
Titre : « Dose mortelle » (Hot Shots)
Dans ce pré-générique (ou cold open), on apprécie aussi la réalisation inspirée et techniquement audacieuse. The Wire n’est pas qu’une simple captation dans le style documentaire à la recherche d’un naturalisme froid. Il y a aussi de nombreuses scènes où la mise en scène et les prouesses de réalisation sont présentes. Ainsi dans cette scène de braquage de dealer (Darnell) avec Omar et des femmes bad ass, tout est dans un plan séquence en balancement. Les scènes d’action offrent à la série ce genre de défi technique de qualité sans en faire des tonnes. Pour ce qui est de l’histoire, Omar est toujours impliqué dans sa folle mission contre les trafiquants et va même recruter, plus tard dans l’épisode, ces téméraires nanas. Le gang d’Omar est la vengeance des opprimés et des parias : le justicier gay du ghetto rejoint par des femmes loin des stéréotypes de quartier (mère ou putain…).
L’enquête criminelle que mène Bunk, Freamon et Beadie sur un bateau tanker met en lumière l’enfer annoncé du capitalisme sauvage et illimité de la marine marchande des eaux internationales. Pour mieux creuser le sujet important de ce secteur mondialisé à l’extrême de l’économie de marché, il faut lire cet article de François Ruffin dans le Monde Diplomatique de novembre 2005. L’enquête est impossible sur un bateau sous pavillon de complaisance. C’est la tour de Babel où les langues étrangères les plus lointaines sont des murs contre la communication. Les nationalités sont multiples et floues et c’est encore pire pour le navire même. C’est le principe du pavillon de complaisance. Nos personnages entrent dans un monde où la libéralisation et la déréglementation auraient cinquante ans d’avance sur le reste du monde. C’est ce qu’on appelle le montage exotique : Un personnel venu de pays à faible coût du tiers-monde, un pavillon sous les pires paradis fiscaux de la planète, des propriétaires intouchables cachés sous de multiples sociétés-écrans (les flics suivent un peu plus tard une piste vaine de noms et d’adresses bidons), etc. Une enquête impossible qui semble presque légaliser le meurtre. Comme dit dans l’épisode : « Tout ce qui se passe sous le pont, reste sous le pont... »
Et c’est ce point de contact avec ce capitalisme sans limite dans le port de Baltimore qui est presque immanquablement à l’origine des bouleversements, des drames et des effondrements. C’est un des principaux propos de cette saison. La course effrénée au profit et la concurrence non faussée de la marine marchande fait décliner la fréquentation du port baltimorien poussant, comme on le voit plus tard dans l’épisode, le chef syndicaliste docker Franck a participé à une forme à peine dissimulée de corruption des politiques pour la survie de la zone portuaire ; les dockers aux abois et menacés se mouillent aisément dans des trafics de plus en plus dangereux, parfois noblement pour faire bosser un jeune un jour de plus, parfois avidement pour faire disparaître un conteneur et sa cargaison et revendre la marchandise (Nicky et Ziggy pour se faire un peu d’argent mais trafiquant avec des mafieux pour écouler des appareils photos numériques) ou même pour la déconne avec ce conteneur utilisé pour chambrer le chef de police, Valchek, avec le camion volé et pris en photo aux quatre coins du monde. L’alcool consommé de façon massive par ces travailleurs de la côte est échappatoire et salvateur tout en étant destructeur et c’est naturellement que le bar est le lieu de la corruption et des trafics entre eux.
La série aime l’ironie de la tournure des évènements comme pour souligner que le déroulé et les aboutissements ne sont jamais simples dans le réalisme de cette œuvre-monde. McNulty et Daniels se recroisent par le plus grand des hasards dans le sous-sol des archives où le deuxième a été mis au placard. Ces deux personnages qui s’apprécient sont aussi deux caractères en miroir. Les deux dans leur dévotion à leur métier bravent les hiérarchies mais n’ont pas du tout le même chemin, Daniels gardant toujours une droiture et un respect des règles. McNulty, lui, n’en a rien à faire et n’hésite pas une seconde, si il le faut, à « walk on the wild side… ». A ce moment précis, les deux sont au même point, exclu, au placard. Mais ils n’ont pas du tout la même réaction. La canaille agit sur l’enquête qui l’obsède en combinant sournoisement, le réglo pense à changer de voie pour devenir avocat. Mais l’inattendu va arriver : la reformation de l’équipe des écoutes de la première saison avec les docks en ligne de mire cette fois. C’est un enchaînement bien compliqué et improbable des évènements qui en est la cause. Le surprenant Roland le pistonné qui use de ses connexions pour retrouver ses collègues, l’affaire du vitrail comme soutien à l’église qui avait mis face à face le major Valchek et le chef des dockers Franck Sobotka, l’enquête clandestine de McNulty, etc. Comment ne pas se délecter de la finesse d’écriture de « Sur écoute ». Toutefois, l’incontrôlable McNulty reste tricard.
Ajoutons la continuité métaphorique des manœuvres toutes entrepreneuriales et commerciales du côté des maîtres dealers de Baltimore. Stringer Bell n’a pas fini de puiser dans les techniques du business et de l’économie de marché pour toutes ses petites affaires de drogues et au-delà. Ainsi fait-il un parallèle lumineux entre ses problèmes d’écoulement de dope et la saturation annoncée des portables. Le stratagème de « dose mortelle » du titre de l’épisode ne manque pas de ressemblance avec les stratégies les plus honteuses du monde des affaires. Un stratagème bien compliqué pour arranger la situation de D’Angelo en prison. Saboter le produit le plus vendu à le rendre mortel pour s’accaparer le marché. Mettre D’Angelo dans la confidence pour qu’il profite des conséquences et passe un deal avec les autorités, délit d’initié. Les techniques de commerce et de finance se réajustent idéalement dans le monde des gangsters grâce à l’ingéniosité de Stringer Bell qui n’oublie pas d’entretenir la femme de D. Y compris sur l’oreiller, privilège en nature…
The Wire – Saison 2 – Episode 4
Titre : « Sacrées affaires » (Hard Cases)
La série n’est bien évidemment pas qu’une fiction dossier bien documentée. Il y a aussi l’écriture et les personnages. Le cold open (ouverture de l’épisode) de ce quatrième épisode le souligne. Sont confrontés Franck et Nicky, oncle et neveu, l’ancien syndicaliste et le jeune ambitieux, le vieux monde en déclin face à un autre annoncé comme chacun pour soi. Les deux existent et sont attachants bien que courant à leur perte. Des personnages miroirs, ils sont nombreux dans The Wire. Ils se construisent souvent de cette façon, en parallèle d’un autre.
Prenons McNulty et Daniels par exemple. Le premier travaille officieusement, en clandestin avec la menace, au bout, de se faire une fois de plus taper sur les doigts, comme ici, avec cette enquête, presque mission sacrée dans sa tête (image de la croix dans une scène de l’épisode) afin de redonner un nom à la « Jane Doe » dite la sirène retrouvée morte dans le fleuve et dont tout le monde semble se foutre. De l’autre côté, Daniels, le droit et bon soldat qui paye dignement les pots cassés de la première saison mais qui se voit, finalement, confier la direction d’une grande opération, nouvelle enquête « Sur écoute » avec le retour de pas mal de membres de l’ancienne équipe. Contrairement à McNulty, Daniels tire son épingle du jeu en respectant les règles, même insensées, et le jeu des chaises musicales dans son ascension.
Il y a également le parallèle Greggs/Daniels. La réapparition de Kima Greggs est bien musclée et irrésistible comme son personnage alors que le chef Daniels est toujours dans le contrôle et le calme, la diplomatie et la réserve. Mais la symétrie entre ces deux-là est totale dans une scène drôle en plan circulaire montée en parallèle (justement) alterné au sein de l’intimité de leur vie de couple respectif. Leur conjointe à chacun ne voit pas d’un bon œil le retour de cette enquête spéciale, vécu comme un recul et le non respect d’une promesse de changement. Les deux scènes imbriquées de repas avec annonce de la nouvelle se répondent avec la réaction attendue de la compagne trahie et déçue.
Et puis l’effet miroir entre McNulty et Beadie. Apparaît de plus en plus que ceux-ci sont doubles et peut-être même alter ego. Ils sont tous deux dans des placards, des rôles fantoches de flic. Dans une scène, elle se livre à Bunk et Freamon sur son boulot de policière sur les docks se résumant à des missions stériles et sans conséquences : des P.V., des rapports inutiles et les enquêtes empêchées par la loi du silence et la complicité de tous face à des enjeux économiques trop énormes. Et comme McNulty, Beadie a décidé d’agir quand même. Et ce, en ne respectant plus les ordres, les hiérarchies et les interdits. Ils deviennent les super héros du quotidien, les « vigilantes » de la réalité, les redresseurs de tort au prix de leur chute.
Dans cette série chorale, on est heureux de retrouver certains personnages perdus de vue. Le retour de Kima évidemment mais aussi avoir des nouvelles de Bubbles le toxico si attachant au destin tragique programmé. La narration creuse dans le passé pour étoffer les caractères et les fondements même des lieux. Surtout à travers Nicky dont le père est l’incarnation d’un ancien Baltimore portuaire qui construisait des bateaux. La nostalgie, la mélancolie des ouvriers des quais trouve ici sans doute son origine, celui d’un passé plus glorieux et fier, et la raison d’une situation actuelle de déchéance et de tentation du crime. Du père au fils, le symbole d’un monde détruit, tout juste en sursis. De son côté, Stringer Bell déploie le dernier acte de son stratagème diabolique pour réduire la peine de Avon et D’Angelo en prison. Et la dualité du personnage perdure dans sa complexité presque comique. Affairé dans le business de la drogue, il n’oublie pas pour autant de faire une pause : « J’ai un partiel, faut que j’étudie... » dit-il. Il y a d’ailleurs une scène très révélatrice qui rapproche la criminalité du ghetto des tours à celle des quais : quand il y a une descente des flics chez les dockers, comme chez les dealers, on prévient par des sifflements en écho. Une même solidarité d’un monde dans le monde, d’une zone qui a créé ses propres lois. Nicky et Ziggy, la nouvelle génération de ce monde, sont eux aussi étoffés et approfondis. Les dockers sont au bord du gouffre à l’image de cette dernière scène en symétrie de la première : Cette fois Franck Sobotka est seul, face à lui-même en fait, puisque face au miroir. Il n’y a plus l’horizon et les immenses quais devant lui. Il n’y a plus que lui et sa conscience chargée des actes de corruption, du jeu avec la légalité qu’il est en train de perdre, pris au piège. L’étau se resserre.
Titre : « Dose mortelle » (Hot Shots)
Dans ce pré-générique (ou cold open), on apprécie aussi la réalisation inspirée et techniquement audacieuse. The Wire n’est pas qu’une simple captation dans le style documentaire à la recherche d’un naturalisme froid. Il y a aussi de nombreuses scènes où la mise en scène et les prouesses de réalisation sont présentes. Ainsi dans cette scène de braquage de dealer (Darnell) avec Omar et des femmes bad ass, tout est dans un plan séquence en balancement. Les scènes d’action offrent à la série ce genre de défi technique de qualité sans en faire des tonnes. Pour ce qui est de l’histoire, Omar est toujours impliqué dans sa folle mission contre les trafiquants et va même recruter, plus tard dans l’épisode, ces téméraires nanas. Le gang d’Omar est la vengeance des opprimés et des parias : le justicier gay du ghetto rejoint par des femmes loin des stéréotypes de quartier (mère ou putain…).
L’enquête criminelle que mène Bunk, Freamon et Beadie sur un bateau tanker met en lumière l’enfer annoncé du capitalisme sauvage et illimité de la marine marchande des eaux internationales. Pour mieux creuser le sujet important de ce secteur mondialisé à l’extrême de l’économie de marché, il faut lire cet article de François Ruffin dans le Monde Diplomatique de novembre 2005. L’enquête est impossible sur un bateau sous pavillon de complaisance. C’est la tour de Babel où les langues étrangères les plus lointaines sont des murs contre la communication. Les nationalités sont multiples et floues et c’est encore pire pour le navire même. C’est le principe du pavillon de complaisance. Nos personnages entrent dans un monde où la libéralisation et la déréglementation auraient cinquante ans d’avance sur le reste du monde. C’est ce qu’on appelle le montage exotique : Un personnel venu de pays à faible coût du tiers-monde, un pavillon sous les pires paradis fiscaux de la planète, des propriétaires intouchables cachés sous de multiples sociétés-écrans (les flics suivent un peu plus tard une piste vaine de noms et d’adresses bidons), etc. Une enquête impossible qui semble presque légaliser le meurtre. Comme dit dans l’épisode : « Tout ce qui se passe sous le pont, reste sous le pont... »
Et c’est ce point de contact avec ce capitalisme sans limite dans le port de Baltimore qui est presque immanquablement à l’origine des bouleversements, des drames et des effondrements. C’est un des principaux propos de cette saison. La course effrénée au profit et la concurrence non faussée de la marine marchande fait décliner la fréquentation du port baltimorien poussant, comme on le voit plus tard dans l’épisode, le chef syndicaliste docker Franck a participé à une forme à peine dissimulée de corruption des politiques pour la survie de la zone portuaire ; les dockers aux abois et menacés se mouillent aisément dans des trafics de plus en plus dangereux, parfois noblement pour faire bosser un jeune un jour de plus, parfois avidement pour faire disparaître un conteneur et sa cargaison et revendre la marchandise (Nicky et Ziggy pour se faire un peu d’argent mais trafiquant avec des mafieux pour écouler des appareils photos numériques) ou même pour la déconne avec ce conteneur utilisé pour chambrer le chef de police, Valchek, avec le camion volé et pris en photo aux quatre coins du monde. L’alcool consommé de façon massive par ces travailleurs de la côte est échappatoire et salvateur tout en étant destructeur et c’est naturellement que le bar est le lieu de la corruption et des trafics entre eux.
La série aime l’ironie de la tournure des évènements comme pour souligner que le déroulé et les aboutissements ne sont jamais simples dans le réalisme de cette œuvre-monde. McNulty et Daniels se recroisent par le plus grand des hasards dans le sous-sol des archives où le deuxième a été mis au placard. Ces deux personnages qui s’apprécient sont aussi deux caractères en miroir. Les deux dans leur dévotion à leur métier bravent les hiérarchies mais n’ont pas du tout le même chemin, Daniels gardant toujours une droiture et un respect des règles. McNulty, lui, n’en a rien à faire et n’hésite pas une seconde, si il le faut, à « walk on the wild side… ». A ce moment précis, les deux sont au même point, exclu, au placard. Mais ils n’ont pas du tout la même réaction. La canaille agit sur l’enquête qui l’obsède en combinant sournoisement, le réglo pense à changer de voie pour devenir avocat. Mais l’inattendu va arriver : la reformation de l’équipe des écoutes de la première saison avec les docks en ligne de mire cette fois. C’est un enchaînement bien compliqué et improbable des évènements qui en est la cause. Le surprenant Roland le pistonné qui use de ses connexions pour retrouver ses collègues, l’affaire du vitrail comme soutien à l’église qui avait mis face à face le major Valchek et le chef des dockers Franck Sobotka, l’enquête clandestine de McNulty, etc. Comment ne pas se délecter de la finesse d’écriture de « Sur écoute ». Toutefois, l’incontrôlable McNulty reste tricard.
Ajoutons la continuité métaphorique des manœuvres toutes entrepreneuriales et commerciales du côté des maîtres dealers de Baltimore. Stringer Bell n’a pas fini de puiser dans les techniques du business et de l’économie de marché pour toutes ses petites affaires de drogues et au-delà. Ainsi fait-il un parallèle lumineux entre ses problèmes d’écoulement de dope et la saturation annoncée des portables. Le stratagème de « dose mortelle » du titre de l’épisode ne manque pas de ressemblance avec les stratégies les plus honteuses du monde des affaires. Un stratagème bien compliqué pour arranger la situation de D’Angelo en prison. Saboter le produit le plus vendu à le rendre mortel pour s’accaparer le marché. Mettre D’Angelo dans la confidence pour qu’il profite des conséquences et passe un deal avec les autorités, délit d’initié. Les techniques de commerce et de finance se réajustent idéalement dans le monde des gangsters grâce à l’ingéniosité de Stringer Bell qui n’oublie pas d’entretenir la femme de D. Y compris sur l’oreiller, privilège en nature…
The Wire – Saison 2 – Episode 4
Titre : « Sacrées affaires » (Hard Cases)
La série n’est bien évidemment pas qu’une fiction dossier bien documentée. Il y a aussi l’écriture et les personnages. Le cold open (ouverture de l’épisode) de ce quatrième épisode le souligne. Sont confrontés Franck et Nicky, oncle et neveu, l’ancien syndicaliste et le jeune ambitieux, le vieux monde en déclin face à un autre annoncé comme chacun pour soi. Les deux existent et sont attachants bien que courant à leur perte. Des personnages miroirs, ils sont nombreux dans The Wire. Ils se construisent souvent de cette façon, en parallèle d’un autre.
Prenons McNulty et Daniels par exemple. Le premier travaille officieusement, en clandestin avec la menace, au bout, de se faire une fois de plus taper sur les doigts, comme ici, avec cette enquête, presque mission sacrée dans sa tête (image de la croix dans une scène de l’épisode) afin de redonner un nom à la « Jane Doe » dite la sirène retrouvée morte dans le fleuve et dont tout le monde semble se foutre. De l’autre côté, Daniels, le droit et bon soldat qui paye dignement les pots cassés de la première saison mais qui se voit, finalement, confier la direction d’une grande opération, nouvelle enquête « Sur écoute » avec le retour de pas mal de membres de l’ancienne équipe. Contrairement à McNulty, Daniels tire son épingle du jeu en respectant les règles, même insensées, et le jeu des chaises musicales dans son ascension.
Il y a également le parallèle Greggs/Daniels. La réapparition de Kima Greggs est bien musclée et irrésistible comme son personnage alors que le chef Daniels est toujours dans le contrôle et le calme, la diplomatie et la réserve. Mais la symétrie entre ces deux-là est totale dans une scène drôle en plan circulaire montée en parallèle (justement) alterné au sein de l’intimité de leur vie de couple respectif. Leur conjointe à chacun ne voit pas d’un bon œil le retour de cette enquête spéciale, vécu comme un recul et le non respect d’une promesse de changement. Les deux scènes imbriquées de repas avec annonce de la nouvelle se répondent avec la réaction attendue de la compagne trahie et déçue.
Et puis l’effet miroir entre McNulty et Beadie. Apparaît de plus en plus que ceux-ci sont doubles et peut-être même alter ego. Ils sont tous deux dans des placards, des rôles fantoches de flic. Dans une scène, elle se livre à Bunk et Freamon sur son boulot de policière sur les docks se résumant à des missions stériles et sans conséquences : des P.V., des rapports inutiles et les enquêtes empêchées par la loi du silence et la complicité de tous face à des enjeux économiques trop énormes. Et comme McNulty, Beadie a décidé d’agir quand même. Et ce, en ne respectant plus les ordres, les hiérarchies et les interdits. Ils deviennent les super héros du quotidien, les « vigilantes » de la réalité, les redresseurs de tort au prix de leur chute.
Dans cette série chorale, on est heureux de retrouver certains personnages perdus de vue. Le retour de Kima évidemment mais aussi avoir des nouvelles de Bubbles le toxico si attachant au destin tragique programmé. La narration creuse dans le passé pour étoffer les caractères et les fondements même des lieux. Surtout à travers Nicky dont le père est l’incarnation d’un ancien Baltimore portuaire qui construisait des bateaux. La nostalgie, la mélancolie des ouvriers des quais trouve ici sans doute son origine, celui d’un passé plus glorieux et fier, et la raison d’une situation actuelle de déchéance et de tentation du crime. Du père au fils, le symbole d’un monde détruit, tout juste en sursis. De son côté, Stringer Bell déploie le dernier acte de son stratagème diabolique pour réduire la peine de Avon et D’Angelo en prison. Et la dualité du personnage perdure dans sa complexité presque comique. Affairé dans le business de la drogue, il n’oublie pas pour autant de faire une pause : « J’ai un partiel, faut que j’étudie... » dit-il. Il y a d’ailleurs une scène très révélatrice qui rapproche la criminalité du ghetto des tours à celle des quais : quand il y a une descente des flics chez les dockers, comme chez les dealers, on prévient par des sifflements en écho. Une même solidarité d’un monde dans le monde, d’une zone qui a créé ses propres lois. Nicky et Ziggy, la nouvelle génération de ce monde, sont eux aussi étoffés et approfondis. Les dockers sont au bord du gouffre à l’image de cette dernière scène en symétrie de la première : Cette fois Franck Sobotka est seul, face à lui-même en fait, puisque face au miroir. Il n’y a plus l’horizon et les immenses quais devant lui. Il n’y a plus que lui et sa conscience chargée des actes de corruption, du jeu avec la légalité qu’il est en train de perdre, pris au piège. L’étau se resserre.


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