Le Culte de la Croissance



La croissance est le calcul de base de l’économie moderne. C’est juste un pourcentage de progression de la production intérieure brute (PIB) par rapport à l’année précédente. Il faut que ce soit positif sinon c’est la crise, la panique, pas loin de la fin des temps. C’est l’indicateur de la bonne santé des deux fondements de l’économie : la production et la consommation. Les deux sont étroitement liés, forcément. On ne jure que là-dessus. Pas bien compliqué en somme. Et c’est aussi finalement une énormité de bêtises de n’avoir les yeux que sur ce chiffre… A la virgule près.




C’est le culte d’une croissance infinie… Une croissance infinie dans un monde fini. Le monde terrien est entièrement découvert, l’état des ressources naturelles est défini. On est bien dans un monde fini. Comment diable la croissance, bâtie sur ces ressources, qu’ils le veulent ou non, pourrait-elle être infinie ?

Pour que vous rejoignez le culte, on simplifie l’histoire du capitalisme en associant le progrès social, le développement humain à la croissance économique. Le confort de nos vies serait la conséquence de la croissance. On met le voile sur les accumulations de capital d’une minorité qui créent des inégalités criantes et désastreuses même dans les pays les plus développés. On ne pense pas à l’état de la planète, à l’état de l’atmosphère pollué au gaz carbonique. 

Les critiques se font entendre enfin. La réalité est indiscutable sur les méfaits de cette croissance, ce capitalisme. Alors le développement devient durable, les productions, les consommations revêtent leurs habits verts. Les dirigeants et les puissants se réunissent régulièrement pour parler et promettre. Pourtant la croissance perpétuelle est bien celle des nouvelles écologiques qui tombent de plus en plus inquiétantes, de plus en plus tragiques. Ca empire. 

Les diaboliques, les hérétiques sont, alors, les partisans de la décroissance. Alors que cette idée peut s’entendre, non ? Mais les gardiens du temple, tout puissants dans les médias et les universités, les font taire. Il faut pour eux adorer aveuglément la rentabilité, la compétitivité, la productivité afin de servir à genoux la croissance, déesse de la Bourse et du Capital. Oui, dans le fond chez les adorateurs de la Croissance, c’est elle et elle-seule la finalité. Oubliés le progrès social, égalitaire et culturel. Juste ce petit pourcentage à un chiffre mou dans le positif. 

Et tant pis si, pour ce faire, le développement économique doit devenir un bulldozer, une usine à gaz et déchets, une fabrique de pauvres et de démunis. Tout est permis, dans cette église, pour « stimuler la croissance ».

La décroissance est-elle une aberration ? Marx, lui-même, dans ses dernières années, s’était rendu compte des inévitables méfaits de la croissance coûte que coûte. Il avait commencé à penser la décroissance. C’est abordé et documenté dans le livre du japonais Kohei Saito, intitulé très justement « Moins ». Permettre de programmer la décroissance sans paniquer est, certes, un renversement, une révolution économique quelque part, mais c’est surtout réfléchir, choisir, opter pour une production de qualité plus que de quantité. 

Alors les gardiens crient, font barrage de leur corps si il le faut, car enfin c’est leur monde qui est remis en cause. Pour eux c’est la consommation qui est l’objectif ultime, l’aboutissement. Pour eux, c’est ça le tout. Dans leur esprit, toutes les autres portes sont verrouillées depuis belle lurette. 




Le culte de la croissance est encore tout puissant. En août 2023, Elisabeth Borne déclare « Tous ceux qui prônent la décroissance devraient comprendre que ce serait remettre en cause notre modèle social ». Ces prêtres de la sainte Croissance devront un jour séparer leur église de l’Etat… Pour le bien de tous. Amen. 




 

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