Une traversée du Buffyverse - Saison 1 épisode 9
La Marionnette (The Puppet Show)
Ce n’est sans doute pas un épisode majeur de la première saison mais il est drôle et fait référence à de nombreuses oeuvres de la pop culture. Et pour les acteurs, un florilège de scènettes jusqu’à celle donnée en bonus lors du générique de fin.
C’est une introduction qui pose tout de suite que nous serons dans un épisode rendant hommage (ou se moquant) des films d’horreur de teenagers. Et comme ils sont nombreux à se dérouler dans le High School. A part une scène chez Buffy, nous serons donc en huis-clos dans l’école de SunnyDale. Et tout commence, bien sûr, par une vue subjective menaçante… mais de petite hauteur. La menace vient de la marionnette, le croit-on, pendant les trois quarts du scénario. C’est la préparation du spectacle des jeunes talents. Le pantin est bien effrayant. Et, évidemment, une attaque mortelle de la belle danseuse dans les vestiaires vides, lieu balisé dans les horror teen movies.
Il y a, donc, tous les ingrédients typiques de ces oeuvres de série B et autre chef d’oeuvre. De nombreux cris dignes des scream queens du cinéma, des arrachages de coeur et de cerveau, un jeune sombrant dans la schizophrénie (en fait victime d’une tumeur cérébrale), des jump scare comme celui de Sid la marionnette apparaissant soudainement dans un coin de la fenêtre quand la lumière s’éteint, etc. Clins d’oeil aussi à des classiques comme Shining lorsque Xander manipule le pantin en imitant l’enfant possédé Danny « Redrum ! Redrum ! ». Et bien entendu, à Chucky, lorsque Buffy est attaquée la nuit dans sa chambre, avec le bruit effrayant des petits pas qui courent. On y découvre d’ailleurs un sérieux point faible de la Tueuse de vampires qui est sincèrement apeurée, redevenant une petite fille ayant fait un cauchemar dans les bras de sa mère, vulnérable.
Toutefois, dans le dernier quart, la série fait un virage pour ne pas rester dans ces terrains trop battus. Un twist rigolo : Sid n’est pas le démon, il les chasse comme Buffy. C’est vrai qu’il a un sérieux humour de beauf et bien obsédé sexuel mais il est d’une autre époque et la mort du pantin précipite la fin de la beauf attitude, comme un soulagement finalement. Le dialogue de confrères chasseurs entre Buffy et Sid au-dessus de la scène résume le face à face de deux héros de leur époque. L’époque du héros à la Sid est révolue, semble souhaiter la série… Pas sûr, hélas. Il y a donc aussi un côté un peu rétro dans la forme : les interrogatoires croisés lors de l’enquête du début, le final whodunit avec ce suspense avant la révélation de l’identité du démon. C’était donc le magicien maladroit.
Un nouveau personnage assez irrésistible fait son apparition : le proviseur Snyder interprété par le génial Armin Shimerman, connu pour son rôle maquillé de Quark dans la série Star Trek, Deep Space Nine. Giles le présente avant son entrée comme le nouveau « Fûhrer ». Il veut la discipline et le silence. Pour lui, Xander, Willow et Buffy sont des asociaux qui vont être obligés de présenter quelque chose en tant que nouveaux talents. Et les enfants, ben, il les déteste, avoue-t-il. Il a effectivement des répliques hilarantes comme quand il met les points sur les i à Buffy en affirmant que, dans son établissement, il ne veut pas de « rôdeurs de couloirs, d’arracheurs de coeur et de… fumeurs ! ». Avec ce dark side, il est presque suspecté dans cet épisode quand Giles le voit en contre-jour, scène étrange, puisque ces larges oreilles semblent lui faire des cornes diaboliques.
Les autres personnages de la série posent un peu plus les fondamentaux de leur caractère : la solitude en creux de Buffy qui ne communique pas top avec sa mère pourtant présente dans sa vie ou pas crue par ses amis dans la première partie sur l’attaque de la marionnette chez elle. La timidité presque maladive de Willow qui s’enfuit subitement de la scène finale foireuse qu’ils jouent en générique (moment tordant en jouant Oedipe). La capacité comique tout en punchline de Xander comme lorsqu’ils ont compris que c’est un cerveau intelligent que le démon recherche, il rétorque heureux « Je ne crains rien, alors ». Giles perdu hors de sa bibliothèque qui doit gérer la mise en scène du show et qui devient même la victime en détresse à la fin. Cordelia, toujours fidèle à elle-même pour le moment, chantant comme une casserole mais persuadée d’avoir du talent…
La conclusion de l’histoire (juste avant la scène bonus de générique fin) est assez originale. Elle est une chute étrange comme si les scénaristes n’avaient pas su comment finir ce rocambolesque. Le climax à peine terminé sur la scène, les rideaux s’ouvrent et la salle est pleine de spectateurs. Sur la scène, un démon décapité, une marionnette mourante, et nos quatre héros en pleine action. Dans le public, le proviseur Snyder tente de décrypter la scène comme une pièce trop compliquée. « Je ne comprends pas, ce doit être de l’avant-garde. » Dans cette fin en mise en abîme, la série choisit la résolution par le rire. A SunnyDale, ça passe.

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