Une traversée du Buffyverse - Buffy Saison 1 épisode 8

Buffy - Saison 1 épisode 8

Moloch (I, robot… You, Jane)





Cette saison date de 1997 et cet épisode le montre bien. L’intrigue place en son centre l’informatique et surtout Internet. Mais le monde virtuel n’a pas encore pris toute son ampleur à ce moment-là. On en est qu’au début. Y insérer un démon est un sacré pari pour les scénaristes. Ce n’est pas toujours réussi mais il subsiste des idées plutôt bien vu.


Pour nous présenter le démon de la semaine, l’introduction de l’épisode nous ramène carrément en 1418 à Cortona en Italie. D’une main puissante et griffue sur la tête de sa victime, Moloch dit le Corrupteur tue d’un mouvement et brise le cou net. Séducteur, il semble tuer à la chaine les humains qui ne l’adore pas assez. Un groupe de moines a réussi à l’enfermer dans un livre en formant le cercle de Kayless. Dans un trucage approximatif et daté, le monstre, dont le maquillage est vraiment pas mal, est pulvérisé en mots sur les pages d’un grimoire. Une fois refermé, le livre a en couverture un dessin de Moloch aux yeux scintillants et rouges. Pratique pour ne pas se tromper quand même. L’ouvrage est scellé dans une caisse. Le plan de caméra est intérieur caisse… Qui est immédiatement réouverte par Buffy. Saut dans le temps.


A la bibliothèque de Sunnydale High School, on a décidé de scanner tous les livres. Deux professeurs s’occupent de cet atelier : Giles le gardien de la bibliothèque et la prof d’informatique Miss Calendar. On comprend assez vite que Moloch va être délivré dans la toile d’internet une fois ses pages scannées. C’est un prétexte pour aborder le sujet de l’ordinateur et de la connexion virtuelle. Avec toute la naïveté et le peu de recul de ce milieu des années 1990. Il y a ce débat animé entre les deux professeurs, aidés de quelques élèves, sur la technologie. Ça s’envoie des piques parfois très drôles (Giles se dirigeant vers un rayon de la bibliothèque dit « je serai au Moyen Age » et Calendar de lui rétorquer « Vous en êtes déjà sorti un jour ? »). Un geek stéréotypé et flippant assène ses certitudes pas rassurantes : les imprimés sont obsolètes et la réalité est dorénavant virtuelle…


C’est vrai que l’image du « computer geek… genius » (Buffy) est plutôt mal traitée, caricaturée comme une menace pour la jeunesse. Willow tombe dans le danger connecté. La plus grande peur, c’est la rencontre virtuelle. Qui se cache derrière la fausse image, qui est l’imposteur qui fait chavirer le coeur fragile et sensible de l’intello de la bande de Buffy ? C’est l’angoisse du monstre de l’ordinateur qui ensorcèle les jeunes gens pour les manipuler, les agresser, les posséder. Willow va rejeter ses amis, se replier sur elle-même. Les geeks devenus adorateurs le sont suite à des temps démesurés devant l’écran. On dirait un article alarmiste et racoleur sur les dangers de l’ordi. Le geek va finir drogué à l’Internet, sataniste, sectaire, déshumanisé comme le démontre l’épisode en une scène où l’un d’entre eux répète monocorde « je suis connecté » en s’automutilant le bras au couteau. 


Le tout passe notamment avec l’humour. Buffy s’amuse en faisant une référence pop culturelle (le spider sense) que Giles ne comprend pas. Puis fait une filature en imperméable et lunettes noires juste après avoir moqué ce cliché dans la scène juste avant. Quand elle se prend une électrocution machiavélique, fait un bond de 15 mètres et a un problème de coiffure ensuite. Xander également dans une scène d’infiltration nocturne de la société high-tech qui accueille Moloch : Buffy retombe avec classe sur ses pieds en passant la clôture alors que Xander tombe à plat comme une merde. Ou encore à la fin quand il triomphe dans l’indifférence générale car il a donné un coup. 


L’humour aussi malencontreux dans ses effets de l’horreur technologique : les images de webcam pixellisées à outrance, les systèmes Windows archaïques, la voix synthétique qui lit les phrases dans le chat de Malcolm alias Moloch, etc. Jusqu’à la plongée vers l’enfer futuriste vu de cette époque : Willow capturée dans une salle pleine de grosses machines qui clignotent et font bip bip où elle sera sujet d’expérimentations inabordées mais esquissées par un siège flippant presque d’accouchement au centre. Et puis surtout l’apparition du Moloch 2.0, le même démon mais robotique avec des cornes de cables. On dirait plus un adversaire des Power Rangers. 


Est creusé le personnage de Willow dans sa fragilité et sa solitude. Malcolm (Moloch) lui brise le coeur qui tombait amoureux à travers les mots. Elle est touchante quand elle rejette toute sa colère sur le démon d’acier avec un extincteur en criant les répliques classiques de la personne déçue par l’être aimé. Et quel étrange perso que cette Miss Calendar qui se révèle être une « techno-païenne » convaincu du « divin existant dans le cyberespace ». Elle permet avec sa compétence étonnante et improbable de vaincre Moloch dans un cercle de Kayless « on line ». On sent une passion naissante avec Giles qui termine quand même l’épisode avec un monologue sur la dématérialisation de la culture et du savoir. C’est bien un boomer mais ça résonne aussi encore aujourd’hui. Comme ce passage qui fait réfléchir sur les menaces de la connexion généralisée du monde pouvant dérégler la signalisation routière, bouleverser l’économie ou lancer un missile nucléaire si un démon prend possession de la toile. Clin d’oeil au film « Wargames ». 


La scène finale est irrésistible. Nos trois héros lycéens font le bilan peu reluisant de leurs histoires de coeur pour consoler Willow. Entre celle-ci amoureuse de Moloch, Buffy d’un vampire et Xander d’une mante religieuse, c’est un désastre. Silence gêné. Générique silencieux. Tordant.

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