Buffy - saison 1 épisode 7

Buffy - Saison 1 épisode 7

Alias Angelus (ANGEL)





Voilà un épisode important dans la mythologie de Buffy, son univers. Le passé de Angel est creusé et la relation compliquée entre les deux personnages est posée. Ce sont deux amoureux maudits. 


En toile de fond, nous avons toujours le Maitre formant l’enfant diaboliquement possédé, dit le Juste des Justes. Le chef démoniaque donne des petits cailloux à l’enfant pour qu’il fasse des ricochets dans la mare de sang de la Bouche des Enfers. Petite ambiance de famille diabolique. Finalement, l’allure de l’enfant terriblement normal produit un effet déplaisant dans cette scène surréaliste. La formation du junior des ténèbres avance bien, il veut « annihiler » Buffy. La transmission de la destruction de la femme puissante de « père en fils » fonctionne parfaitement.


Le « Master » va faire appel au Trio. Ça parait plein de promesse mais ces trois démons habillés vite fait en chevalier, considérés comme des vampires guerriers redoutables, seront bien décevants. Ils seront pulvérisés du récit à à peine la moitié de l’épisode à coups de pieu, à cause de leur nullité. Pourtant, on nous les vend comme des adversaires redoutables. Ils apparaissent dans la rue, la nuit, au moment où trois skinheads allument précisément leur cigarette au zippo et fuient à leur arrivée. Effet de mise en scène pour nous méprendre sur qui sont les plus maléfiques ou sur un effet comique de gros durs nazillons qui prennent leurs jambes à leur cou…?


La métaphore s’enrichit encore avec cette fête de la fumigation dans la boite du Bronze. Willow le dit : tous les ans, la boite de nuit est envahie de cafards et doit fermer pour que les lieux soient traités. Une « party » est organisée juste avant. Donc parmi les insectes en pleine invasion. Une sorte d’image de la ville de SunnyDale qui voit des soldats du mal l’attaquer. Et quand on extermine, on ne fait pas de distinction comme le demande la mission de Buffy, la tueuse élue. Elle fera pourtant la distinction pour Angel. Mais en ce pré-générique, on rappelle d’abord la situation de base : Buffy est seule en manque d’amour, Willow est secrètement amoureuse de Xander quand celui-ci l’est de Buffy… Et Cordelia, personnage caricatural et comique en cette première saison, ne veut pas qu’on abîme ses chaussures à 200 dollars. Au cours de l’épisode, on croit qu’elle comprend accidentellement les enjeux dramatiques de l’histoire mais elle est en fait scandalisée par une autre élève qui porte la même robe qu’elle. Cordelia n’est encore que la pire version d’elle-même.


L’attaque surprise du trio sur Buffy, seule dans la rue, la nuit, n’est que le prétexte pour qu’elle ramène Angel dans sa chambre. Elle, qui attendait un homme, le cloitre directement dans son repaire intime. Dans la lecture féministe de la série, le déroulement symbolique de la relation du couple est forte, chargée. L’homme est, dans un premier temps, dixit Buffy, un vrai gentleman. Il ne se tourne pas quand elle se change, il dort la première nuit sur le sol. Et ce malgré la proximité et la lumière sensuelle de la nuit à travers les stores dans un érotisme à la 9 semaines 1/2. Dans un jeu d’une profondeur proche d’un Christophe Lambert, Boreanaz (Angel) évoque sa famille entièrement tuée par des vampires. Il est un oisillon que Buffy garde dans sa chambre toute la journée du lendemain tandis qu’elle va en cours (et s’entraîner aux armes à la bibliothèque, normal quoi). Elle pourrait tiquer sur un mec qui squatte toute la journée dans sa chambre car après tout les vampires en trio ne sortent que la nuit, mais bon, elle est en confiance. Mais c’est toujours un gentleman puisqu’il n’en a pas profité pour lire le journal intime. C’est le passage le plus comique de l’épisode lorsque Sarah Michelle Gellar (Buffy) a un débit de parole en mitraillette pour essayer de justifier ce qu’elle a écrit dans son journal (effet comique très 90’s). Mais pas de panique, c’est un gentleman, on vous dit. 


C’est sur ce point que la symbolique est sans doute puissante. Le mec est l’homme idéal pour arriver à ses fins. Une fois atteint son objectif, il devient un mufle, un connard, un monstre. Dans la série, c’est littéral. Car, quand enfin le couple s’embrasse dans un baiser intense et enfiévré, Angel devient le vampire, le prédateur, le monstre. Son naturel bouillonne à l’intérieur dira-t-il un peu plus loin. C’est une lecture éclairante qui décrypte finalement le stratagème machiavélique et intéressé des hommes. Sur la dernière partie, on peut aussi y lire la passion des femmes pour le « bad boy » irrésistible que l’on va, malgré toutes ses atrocités, ramener dans le droit chemin pour qu’il devienne l’amoureux parfait. Mais au bout du bout, l’épisode échappe quand même à cela. Enfin, un peu.


Le passé d’Angel est quelque peu dévoilé dans les grandes lignes. Il a 240 ans. Il fut tout d’abord Angelus en Irlande. Il a décimé sa propre famille avant de mettre l’Europe à feu et à sang pendant des décennies. Puis aux alentours du début du XXème siècle, il s’en va se terrer en Amérique et disparait jusqu’à maintenant. En fait, c’est après s’être attaqué à une jeune fille d’un clan de gitans, les Romanos, que ceux-ci lui ont jeté une malédiction. Le vampire sanguinaire a retrouvé son âme. Et avec elle sa conscience et son humanité. Ce qui l’a plongé dans la culpabilité, le remords, le désespoir de tout ce passé dévastateur. 


La méchante de l’épisode est Darla, fort bien incarnée par Julie Benz. Elle prétend être la créatrice du vampire Angel. Est-ce vrai ? Nous en saurons davantage sans doute dans d’autres saisons. En tous cas elle était l’amante d’Angelus dans ces années de tueries. Elle en est encore amoureuse et veut le reconquérir. C’est Angel qui a sa peau à la fin en la pulvérisant en un coup de pieu. C’est dommage. Le personnage est cool. Elle en impose. Et la mise en scène la sert bien. Quand elle s’en prend progressivement à la mère de Buffy en passant de son apparence de vampire à humaine en un clin d’oeil. Un bon suspense bien captivant avec ce jeu sur la règle qu’un vampire peut entrer dans une maison seulement si on l’a invité. Et une scène d’action face à Buffy qui emprunte au cinéma musclé asiatique quand elle sort le double gun allongé sur la table de billard en mitraillant, vêtue en jupe plissée de collégienne British. 


Angel et Buffy sont donc, au bout de l’épisode, des amoureux maudits. Ils se sont embrassés puis affrontés violemment. Il est un vampire avec une âme, elle est la tueuse élue avec un coeur. Ils s’embrassent une dernière fois, intensément, pendant la fête post fumigation au Bronze avant de se séparer. Leur amour est impossible… Vraiment ?

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