Une traversée du Buffyverse - Episodes 4, 5 et 6

Episode 4



Le monstre de la semaine dans cet épisode « le chouchou de la classe » est une femme-insecte, mante religieuse, ayant forme humaine et assurant le cours de biologie dans le lycée de SunnyDale. Tout commence avec une scène de fantasme de Xander s’imaginant sauver héroïquement Buffy et enchainant, façon Marty McFly, avec sur la scène du Bronze un début de rockstar en saisissant une guitare électrique. Après un retour à la réalité, on assiste à une discussion de mecs ados se vantant de « scores » de nanas mises au lit. Du mytho et de la masculinité toxique à l’état pur à laquelle tente de s’adonner maladroitement Xander. Cette attitude trouvera sa conclusion jubilatoire à la toute fin de l’épisode et c’est diablement malin de mettre l’accent, dans l’humour, sur cette sale tendance des teenagers hétéro bœufs. La femme insecte a tout de la prédatrice sexuelle, une littérale mangeuse d’homme. On la verra dans sa forme véritable dans un « monster suit » de latex assez tordant et old school. Surtout quand elle affronte Buffy dans un combat digne des épisodes de Star Trek Premium ou de X-Or. 

Les hommes hétéros se font tous aveuglés par l’aspect séducteur et vamp de la professeure sexy. Même Giles qui ne peut croire à sa monstruosité puisqu’elle est belle… C’est un premier message. Mais les victimes de la mante sont, ici, les vantards prétendant l’avoir fait avec de nombreuses conquêtes alors qu’ils seront ridiculisés lorsque l’on découvre que toutes ses proies sont des vierges qu’elle dévore, enfin, surtout la tête. Willow de regretter que la tête de Xander soit mangée puisque, dit-elle et c’est très drôle, « c’est là que se trouvent, ses yeux, sa bouche… son sourire. »

Une petite fin de film d’horreur, clin d’oeil à Alien, avec ses œufs prêts à éclore, que personne n’a repéré sous le bureau de la prof insectoïde.


Episode 5



Dans le cinquième épisode, « un premier rendez-vous manqué », on retourne à la narration fil rouge et principale du Maître des vampires et de la Bouche de l’enfer ouverte à SunnyDale. Le maître est vraiment cruel et tue ses sbires à la Dark Vador, évidemment. Mais surtout, il a un nouveau super plan diabolique avec de la prophétie et un grand guerrier annoncé.

Pendant ce temps-là, Buffy aimerait une vie normale. Elle craque sur un Owen (dont le charisme est pas top) plutôt cultivé et lecteur de Emily Dickinson et complexe sur son manque de culture, son image plutôt blondie bimbo. Giles veut la ramener à sa mission de Slayer et Buffy de rétorquer que des mots pour argumenter « Euh… Beau gosse… Adolescence… Fantasmes post-pubertaires. » Très rigolo.

Giles dans cet épisode construit vraiment une image paternelle essayant de faire correctement la surveillance (watcher) et, symboliquement la parentalité, de Buffy dans un équilibre difficile entre l’autorité et la bienveillance, l’amour. Il tente même de faire le boulot pour laisser un temps de vie normale à la Tueuse de vampires quitte à se mettre réellement en danger jusqu’à se retrouver nez à nez avec la mort, littéralement un mort à la morgue. On ne peut qu’aimer Giles, le paternel plein d’affection pour Buffy.

Les vampires se montrent plus effrayants. L’attaque d’un bus avec des femmes et un enfant monte l’effroi d’un cran. La série n’est pas que de la rigolade. D’ailleurs la conclusion révèle qu’ils ont maintenant une arme secrète atroce, un enfant vampire.

Buffy dans son combat final se retrouve face à un suceur de sang bodybuildé imposant. Elle déploie toute sa rage quand celui-ci s’attaque au courageux Owen. Elle lui pète alors la tête et le crame en éructant plusieurs fois « You killed my date ». Excellent. Toutefois, elle comprend qu’elle ne peut avoir d’histoire avec Owen, c’est la malédiction de la Slayer… Quelque part, la malédiction de la femme émancipée qui sait ce qu’elle veut, plus puissante que son partenaire ? Il y a sans doute une lecture dans ce goût-là.


Episode 6



L’épisode 6 « Les Hyènes », plus métaphoriquement baptisé « The Pack » en anglais (La meute) est très interessant. Une visite au zoo permet de convoquer la magie africaine type animisme animal. Par le biais de la possession de l’esprit de la hyène sur Xander et un groupe de 4 lycéens insupportables, la série traite d’une vraie plaie dans les écoles : le phénomène de groupe et ses effets pervers. Très pertinent.

Emporté par le groupe, poussé par la meute, caché derrière le rire bête, il y a l’humiliation, la cruauté, le souffre-douleur. C’est impitoyable, c’est vraiment une toxicité tellement juste dans les cours de récré ou les groupes de potes. Ca a l’allure du fun, de l’humour, du « c’est pour rigoler » mais c’est atroce. Responsable de tellement de mal être. La série ado Buffy et son auteur mettent vraiment le doigt sur un des principaux maux de la jeunesse. 

Xander le joue très bien. Nicholas Brendon montre de réels talents d’acteur. Dans l’attitude et surtout dans le regard. Car il s’agit bien de ça, le regard. C’est une des tortures de l’adolescence, le regard de l’autre, le regard des autres, en groupe, du groupe le plus puissant, le plus cool, le plus cassant. Quand cette cruauté s’abat sur Willow, c’est insoutenable. 

Il y a le rire, celui qui se moque, humilie, isole le faible qu’il cible. Quoi de mieux que celui de la hyène. La métaphore animalière est parfaite. Giles souligne bien le message « Ils attaquent les faibles, ils charrient, c’est typique des garçons ados. » Whedon rend l’épisode important lorsque le proviseur se fait carrément bouffé par la meute (officiellement des chiens sauvages… dans son bureau). 

A la fin de l’épisode, Xander feint l’amnésie devant ses amis mais avoue se souvenir de tout dans la honte la plus totale. Il lance à Giles « Tuez-moi, empaillez-moi, exposez-moi ! ». Le message est clair : il faut exposer cette cruauté ordinaire, le dire pour qu’elle stoppe…





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