Les nouvelles de Chatardland du lundi 10 octobre 2022



C’est le genre d’article dont on ne sort pas indemne. Pas que le papier soit particulièrement bon. Juste factuel. Oui, juste les faits. Et dès le titre, c’est une tarte dans la gueule. « Tuerie dans une crèche ». C’était la semaine dernière, en Thaïlande. Un fou à lier, un ancien flic je crois, se défoule à l’arme à feu dans une crèche. Inimaginable. On ne peut l’imaginer. Et pourtant, le lire, c’est déjà en avoir des images dans la tronche. Et ça vous reste. Comment peut-on atteindre ce stade de la haine, de la haine aveugle, désensibilisée… Il paraît que la drogue ya-ba, une drogue de maboul en vogue dans ce pays a joué. Mais quand même, à l’arme à feu et blanche. Le seuil de crête de l’horreur et de la folie meurtrière dans notre humanité est à nouveau atteint. Je ne sais pas si on peut faire des extrapolations philosophico-anthropologiques, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un signal. Une alarme : on approche d’un nouveau gouffre, d’un nouveau cycle de l’histoire tragique. Qu’on mettra des années à analyser et y déceler les raisons multiples et complexes de cette époque terrible, cette atmosphère, un fond de l’air à goût de mort et de violence que rien n’arrête, aucune limite, même sur des êtres symboles d’innocence.


Alors, on fait une pause dans la lecture de l’actualité. Encaisser, reprendre son souffle, et la vie reprend.


Dans le prochain Scoobydoo, Vera fait enfin son coming out. La binoclarde à col roulé flashe sur une nana et l’assume. Dans un cartoon, c’est quand même une étape importante. Préparons-nous aux cris d’orfraie des conservateurs réactionnaires qui n’auront pas compris que le temps ne peut s’arrêter, revenir en arrière. Ou qu’ils s’achètent un convecteur temporel.



Dans les pages monde de Ouest-France, en bref, une jeune soldate israélienne tuée à Jérusalem lors d’une attaque samedi à un checkpoint dans un camp de réfugiés palestiniens. On a son nom, Noa Lazar, son âge, 18 ans. Elle existe. Et comme ça, on compatit, on se dit, si jeune. Une victime du conflit. Presque gratuit, ce drame. Mais si l’on continue jusqu’au bout cette brève, plus tôt le samedi, deux adolescents palestiniens ont été descendus pendant un raid de l’armée israélienne. Ces deux mineurs n’ont pas de nom, pas d’âge. Une déshumanisation en un petit paragraphe et, entre les lignes, le début d’une explication, d’un déroulé des évènements qui met en question la caractère gratuit de la mort de la jeune Noa… 





Une figure de la pensée écologique, Bruno Latour, est décédée ce week-end. Anthropologue et sociologue, il faudra continuer à le lire puisque ces écrits restent et sa clairvoyance est son plus bel héritage. Il doutait de la culpabilisation des individus pour le combat écologique, très tendance en ce moment par notre gouvernement, car il avait bien compris que « le capitalisme a creusé sa propre tombe et maintenant il s’agit de réparer ». Et la réparation doit être celle des principaux responsables des méfaits sur l’environnement. 







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