Y a un souci avec les médias

Quand on dit ça, les journalistes comme un seul homme se lèvent en brandissant le droit d’informer. Evidemment, ce droit est fondamental, intouchable. Mais il y a une poignée de titres qui fait la pluie et le beau temps, qui donne un son de cloche que l’on ne pourrait critiquer. Et pourtant…


Priorité au direct, il y a surtout des réactions à chaud, des médias cantonnés à l’immédiat. Réagir tout de suite sans recul ni réflexion. A chacun de prendre position tout de suite sur un évènement qui vient de se produire. Pas étonnant qu’on en vienne à une simple opinion de pour ou contre, de bien ou mal. Complexifier, comprendre, lire l’évènement sur le temps long et l’espace élargi deviennent suspects.

Priorité à l’information courte et choc. La télévision impose le reportage de une minute trente secondes, les journaux grossissent leur taille de caractère. L’information surgit puis disparait, sans contexte ni vue d’ensemble, et semblent se suivre comme des faits déconnectés, le prochain faisant oublier le précédent.

Priorité à la totale confiance. La vigilance envers les médias est très vite taxée de complotisme, de paranoïa. Gare à toi sur tu remets en cause l’indépendance des plus gros titres, des plus grosses chaînes, des principales rédactions. Des journalistes qui pourtant en ont fait des bévues, des grosses erreurs… On les oublie vite aussi.

On peut regarder de plus près à qui appartiennent tous ces médias dominants qui créent les évènements, qui choisissent l’info importante et laissent d’autres dans l’ombre. La belle constellation et les multiples embranchements qui ramènent pratiquement toujours vers six des dix plus grosses fortunes de France. 




Ah me voilà dans l’engrenage du complot et de la parano. C’est étonnant. Parce que ces mêmes médias encensent la série Sucession (HBO) qui fait le portrait sans concession d’un empire médiatique et de toutes ses techniques pour faire des canaux médiatiques des outils de pouvoir et d’influence. Cette série est inspirée par « l’empereur » Murdoch, ce millardaire australo-américain propriétaire de News Corp (ça ne s’invente pas). 




Murdoch a bâti son royaume, brique après brique, titre après titre. Il rachète Times et Sunday Times en Angleterre en 1981. Puis prend possession d’un satellite. Il avait commencé avec des titres bien crasses comme News of The World, des infos farfelues et racoleuses. Puis le Sun qui se basait sur la trinité de la racole : des faits divers, du sport et du cul. L’appel aux bas instincts humains : le voyeurisme et les jeux. Le Trash Entertainment.

Murdoch s’attaque au marché US par la droite la plus réac jusqu’à accaparer le Wall Street Journal en 2007. Dans tous ces médias, quand il débarque, il change la ligne éditoriale en la ramenant vers le Trash et l’ultra-droite. Jusqu’à son chef d’oeuvre : Fox News. Evidemment la série Sucession ne fait pas un portrait direct et franc mais personne n’est dupe. On voit bien dans certains épisodes comment, à la convenance du président patriarche, les rédactions font pression sur les politiques voire le président pour obtenir immunité, richesse et toujours plus de pouvoir. 

L’empire Murdoch est le modèle, presque la caricature. En France, on retrouve des petits empires similaires à l’échelle. Des oligarques très fortunés s’offrent des médias pour gagner influence et pouvoir, faire monter celui-là et détruire celui-ci. Des exemples ? Arnault détient Les Echos, Le Parisien Aujourd’hui en France ou encore Radio Classique. Drahi possède Libération, RMC, L’Express et l’inévitable BFM TV. Bolloré empile Canal Plus, CNews, C8, CStar, Voici, Gala et les journaux gratuits Direct. Etc.

Les lignes éditotiales se confondent et ne veulent plus rien dire lorsque les rédacteurs en chef passent d’un titre à l’autre sans que cela ne change rien. Des Franz Olivier Giesberg, des Laurent Joffrin, des Renaud Dély. Les proprios ne s’embarassent plus pour dissimuler leurs actes : Bolloré prend Canal Plus et censure des reportages, fait disparaître Zapping et Guignols, gênants pour les puissants. 

On donne des tribunes dans tous les papiers et les écrans à des chiens de garde des élites comme le bouffon BHL alors que celui-ci enchaîne les crétineries, les fours et les erreurs scandaleuses. En gros les grands médias dopés aux courbes d’audience sont au service du monde politique élu et, surtout, au monde de l’argent. 

Voyez comme ils réagissent dans les moindres surgissement des manifestations populaires et sociales ou des avis démocratiques contraires à leur doxa. Les Apathie, les Elkabbach, les Einthoven réagissent au quart de tour face au non à la constitution européenne, aux gilets jaunes, aux résultats de l’Union Populaire, etc. 

Le business et le fric, la publicité et le luxe. Au Figaro, on ne critique pas les pays, même et surtout les pires dictatures, quand le proprio Dassault est en plein commerce d’armes avec ceux-ci. Rappelez-vous le yacht de Bolloré prêté pour les vacances du fraichement élu président Sarkozy. Sarkozy dont le témoin de mariage est Bernard Arnault. 

Comment un journaliste peut-il révéler des scandales de corruption ou de pollution quand celui qui le paye est l’industriel, le marchand, le puissant ? Comment bien s’informer quand même la toile est inondée par des sites d’info-divertissement détenus par les mêmes, des putes-à-clics, usant des pires appels aux bas instincts de l’humain ? Des sites qui semblent terminer d’exploser le métier de journaliste qui devient auto-entrepreneur payé aux nombre de vues. 

Oui, y a un souci avec les médias. Quand on se souvient de La Cinq dans les années 1980, on se souvient de la TV selon Berlusconi. Alors parlons aujourd’hui de la berlusconisation des médias, y compris sur la toile. Les médias font des présidents en quelques mois comme Macron, font accepter des états de guerre aux risques impensables comme celle d’Ukraine. Font encore maquiller des Coups d’Etat en Amérique du Sud et Centrale en déroulement démocratique sain. 

Oui, l’information est sous l’emprise de milliardaires. Et y a un souci avec nos médias… 

 

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