Sur écoute The Wire - Saison 1 épisodes 12 &13
Sur écoute (The Wire) – Saison 1 – épisode 12
« La Purge » - (Cleaning up)
La purge, c’est le
grand nettoyage. Récurer les taches, enlever le surplus, ne garder
que l’essentiel, l’indispensable. Ce sera la mission de cet
avant-dernier épisode de la première saison. En revenir à l’os,
à la substantifique moelle de ce que la série décrit. Retour aux
fondamentaux.
C’est ainsi qu’en
scène pré-générique, McNulty est à poil. Au sens figuré. Devant
son supérieur, il fait son mea culpa, son auto-procès de
personnage. Le four total de son enquête, son opération montée à
cause d’un égo démesuré, une ambition prétentieuse et
nombriliste. Il craque et fend complètement l’armure du super flic
aveuglé par son but.
Retour aux
fondamentaux. Les trafiquants en reviennent à une communication
simple et infaillible. La police en revient aux bonnes vieilles
méthodes du micro dissimulé sur l’indic. L’ingéniosité et
l’innovation de l’enquête sur écoute sont arrêtées. « The
wire » est littéralement coupé. Et la purge, c’est
également la classique réduction des effectifs et des coûts.
Mais le grand
nettoyage en cours, c’est aussi parce que l’enquête en a trop
révélé. La pression des chefs pour du résultat, la pression
médiatique. Et s’être approché trop près de vérités bien trop
dérangeantes sur le fonctionnement global du trafic de drogues dans
Baltimore (et au-delà…).
Les élus, les
gradés, les juges tremblent. Avoir pisté l’origine et la
destination de l’argent des gros bonnets de la came mène nos héros
au pas de la porte des plus respectables et des plus puissants de la
ville. Par le biais de donations, de propriétés immobilières, de
combines, la corruption est belle et bien tentaculaire.
Il faut donc purger.
Et retourner au travail de flic basique, celui qui ne fait rien
bouger. Et éliminer le grain de sable qui grippe la machine qui
arrose trop de monde. Même si le grain de sable est un môme qui
veut se racheter, s’en sortir et témoigner. Le jeune Wallace sera
éliminé… Par ses propres amis d’enfance. Car qui d’autres
pour se salir les mains dans le sale boulot de la purge.
C’est aussi ça,
le retour aux fondamentaux, à la réalité de la rue. Ce qui fait
aussi la franchise et l’honnêteté de cette série, ce retour au
réel cru sans nous vendre une success story, un happy end d’une
histoire sensationnelle. C’est à l’image de cette scène
terrifiante : l’exécution de Wallace, cet enfant de la rue
débrouillard et attachant, que ses potes adorent et connaissent
depuis toujours mais qu’ils doivent assassiner froidement selon les
codes de la rue (le sort de la balance). Les bourreaux feront leur
travail sans pour autant retenir leurs larmes. C’est au bout de la
chaîne de commandement, une décision qui a cette conséquence
tragique, presque shakespearienne dans un taudis où des enfants
s’exécutent. Les flics arrivent trop tard devant une scène de
crime bouleversante. Une police coupable, elle aussi.
La purge pour un
retour aux fondamentaux du travail de policier. La filature de
D’Angelo à l’ancienne porte ses fruits. Malgré les réactions
des puissants d’un côté (Stringer) et de l’autre (directeurs),
une révolte du système semble souffler, une brèche laissant
espérer un changement. Cela durera-t-il assez pour vraiment
bousculer la fourmilière ? Ca paraît si fébrile.
Pourtant, cet
épisode laisse quelques onces d’espoir. La descente dans la boîte
Orlando a enfin lieu. Dans une ambiance étrangement silencieuse, les
policiers perquisitionnent le repaire de Barksdale et Stringer. Sans
violence, sans éclats de voix, les protagonistes de chaque camp se
retrouvent face à face. C’est toute l’amertume de cette
opération qu’on croirait couronnée de succès mais qui, tel un
coup d’épée dans l’eau, ne fera que quelques vagues, tout juste
un déménagement, un pas sur le côté. Les agents sur le terrain ne
sont pas si dupes et les trafiquants à peine taclés.
Le nettoyage à sec
ne fait que clarifier le caractère vain des acteurs les plus motivés
de l’ordre et de la justice. Les missions les plus simples et
élémentaires de la police ne révèlent que plus sévèrement
l’échec cuisant des principaux objectifs. Barksdale à l’ombre
est tout juste un évènement, le démantèlement du système même
pas entamé. Et ceux qui ont tiré sur Kima courent toujours.
Pourtant une page
est bien tournée. Témoin, ces plans sur les décors vides,
dorénavant, des lieux de cette première saison. Les bureaux
vétustes au sous-sol de la mission des écoutes et le P.C. des
malfrats au-dessus d’une boîte de strip-tease. Bilan… médiocre.
Le blues du travail de Sisyphe de la police à Baltimore.
Sur écoute (The Wire) – Saison 1 - épisode 13
« Le Verdict » (Sentencing)
Les titres français
et anglais sont complémentaires. Le verdict est une sentence. La
plupart des personnages vont subir différentes formes de punition,
en particulier ceux qui auront pourtant tant révélé par leur
dévouement à une forme de justice, de morale.
On est toutefois
heureux d’assister au réveil de Kima, la flic la plus exemplaire
qui persiste dans son honnêteté sans faille, dans sa droiture
quitte à perdre beaucoup… Qu’elle soit celle qui ait payé le
prix fort avec de blessures graves et un coma le prouve.
Un épisode bilan
des courses. Tout n’est pas négatif. Le coup de filet est massif
dans le réseau et cela ne peut que ravir les hauts placés et les
médias. D’Angelo déballe tout dans une description, autoportrait,
d’un engrenage du système qui dévoile beaucoup, notamment
l’impasse de ceux qui ne sont pas bien nés, l’impasse familiale
et sociologique. Des politiques tombent pour corruption, arrosés par
l’argent sale de la drogue.
Mais la loi de la
rue et la loi du marché sont les plus fortes et les plus
résilientes. Comme le détaille Naomi Klein dans son bouquin avec
son analyse de la thérapie du choc à laquelle s’adapte le
capitalisme, le système se transforme, se déplace et se réimpose.
Tous les acteurs intermédiaires sont interchangeables même si ils
tombent ou meurent (« personne n’est indispensable »).
Les leaders Avon et Stringer ont déjà trouvé leur nouveau P.C. à
l’étage d’un établissement de pompes funèbres qui leur
appartient. Le business reprend très vite avec des consommateurs si
captifs dans les rues.
La confrontation
entre Kima et McNulty est pleine d’émotion. Ce dernier culpabilise
tellement. La scène est touchante entre l’enquêtrice droite et le
flic hard boiled et borderline. Mais au bout du compte, c’est
surtout le vain but du policier qui apparaît : la force seule
ne peut assurer l’ordre ni garder la paix qui n’existe pas. Comme
on l’entend dans la chanson de Prince « Baltimore » :
« If there is no justice, there is no peace ! »
slogan de manifs dans la ville. A savoir : « S’il n’y
pas de justice, il ne peut y avoir de paix. » Il s’agit bien
du coeur du problème de toute la série et cette season final le
souligne bien.
La maestria de
l’écriture et de la réalisation prennent toute leur dimension
dans ce final. Le parallèle entre les deux taupes/balances dans les
deux mondes opposés police/trafic accentue l’effet miroir et
trouble un peu plus l’éthique des uns et des autres. D’un côté,
D’Angelo qui est remis dans le chemin de la loi de la rue et de la
mafia par sa propre mère qui s’avère être importante dans le
réseau Barksdale. De l’autre, la taupe Burell qui informait les
chefs derrière le dos de toute l’équipe des écoutes est
débusquée. Le traître à son milieu cause le même sentiment.
Un effet de boucle
avec le premier épisode. L’échange de regards entre Stringer et
McNulty lors du procès évoque bien évidemment le tout début de la
saison. La malice dans le premier qui a un coup d’avance et la
colère et la frustration dans le second qui ne peut, malgré tout,
s’avouer vaincu. Le jeu continue. Et la scène va plus loin puisque
Stringer glisse à McNulty un « bien joué ! » qui
trouble encore plus leur relation avec cette étrange marque de
respect. Magistral.
Oui le flic porté
sur la bouteille et en faillite totale de la famille a bien failli
réussir. Mais le pouvait-il vraiment ? Le voilà muté, dans le
placard, où, pense-t-on, il arrêtera de faire chier ce monde pourri
sous la surface (pas si sûr cf. la 2éme saison). Freamon victime de
son excellence d’enquêteur se retrouve chez les branleurs de la
crim. D’Angelo revient sur son témoignage et prend tout sur le
dos. Comme Weebey, enfin pris pour la tentative de meurtre de Kima.
Comme des bons affranchis, ils tombent seuls et purgent leur peine en
silence comme la loi de la rue l’exige. Et le réseau se porte
bien, intact, tout juste déplacé. A peine, car le trafic reprend
dans les tours et la cour. Comme si rien ne s’était passé. Sans
espoir ?
Il reste, à la
toute fin, un grain de sable dans la machine qu’on avait presque
oublié : Omar. Et il continue, lui aussi obstiné, à faire
dérailler le train-train du trafic de drogues. Maigre espoir,
anorexique, mais personnage irrésistible.


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