The Wire - saison 1 - épisodes 9, 10, 11
THE WIRE – Saison 1 – Episode 9
« Quitte ou double » (Game play)
J’ai enfin pu terminé la série Mad Men dernièrement et l’un des principaux problèmes, qui sont nombreux, est l’écriture des épisodes. Avec des titres tellement flous et interchangeables qu’il aurait été plus judicieux de simplement mettre un numérotage, il n’y a aucune unité dans chaque tranche de l’histoire ou de très fragiles thématiques souvent poussives. C’est vrai qu’il faut de l’excellence dans l’écriture pour que chaque épisode soit une véritable œuvre au sein d’une plus grande histoire dans un monde bien défini. Que l’auteur de Mad Men et des Sopranos, Matthew Weiner, soit un scénariste de série surestimé et éparpillé, est révélé dans sa nouvelle série « The Romanoffs », la série dans lequel il a eu le plus de liberté avec un confortable budget (il suffit de voir le casting) mais qui montre le foutoir et, au final, l’incompréhension de ce qui disent les épisodes et, par conséquent, la série entière.
Tout ça pour en venir à l’exemplarité de The Wire – Sur écoute – de David Simon et Ed Burns puisque le génie de cette série naît dans l’écriture développée dans chaque dimension : dans sa totalité – la ville de Baltimore, chaque saison – un angle de vue et d’attaque d’observation, chaque épisode – une thématique, une couleur qui unit chaque arc narratif et la majorité des scènes dans un montage rythmé. Cet épisode 9 en est un bon exemple.
Le titre original donne vraiment la clé, plus que le titre français un peu à côté de la plaque. L’idée de fond est ainsi le jeu, jouer le jeu, jouer une partie,… Et à différents niveaux de langage et de sens, la polysémie du verbe jouer ou de la partie de jeu, plus importante encore en anglais, donne l’unité, l’impact, le génie de l’épisode, de la série. Alors, quels sont les véritables joueurs ? Quelles sont les règles du jeu ? Qui sonne la fin de la partie ? Et y-a-t-il seulement un gagnant ?
Basket Ball. Dans cette scène pré-générique, les caïds Avon Barksdale et Stringer Bell dominent du regard une partie de basket et parlent stratégie. Stratégie de coach puisqu’ils investissent dans de jeunes joueurs et stratégie de trafic de drogues, de vengeance envers Omar. Plan et tactiques de jeu. Et les caïds sont devenus des notables... avec, toutefois, des pratiques d’intimidation.
Plus tard, il y a un match de basket ball, si attendu que les rues sont étrangement désertes au grand étonnement des policiers. L’évènement sportif, moment de communion, est monté clandestinement par les deux grands trafiquants des quartiers adverses de Baltimore, est contre ouest. L’enjeu augmenté par un gros pari. Tous les éléments du sport spectacle et business sont là. Le joueur joker qui rentre au bon moment. Le recrutement par la négociation en parallèle de celui de Shardene, la strip-teaseuse, que la police tente de se mettre dans la poche comme indic. Freamon l’appâte avec les jouets de poupée, meubles miniatures trop mignons, qu’il fabrique. Ces jouets sont une clé métaphorique de cette société parallèle et déformée, symbolisant ce monde chaotique en plus petit que le vrai monde en grand.
Pouce ! Le jeune dealer Wallace voudrait arrêter de jouer. Faire go, pouce, arrêt de jeu et ne plus « jouer » (play en V.O.) comme des enfants dans la cour de récréation. Il reprendrait ses études, deviendrait sérieux pour s’en sortir. D’Angelo voudrait l’aider. Mais est-ce possible depuis la situation misérable d’où il part ? Une fois qu’on a commencé à jouer, ne doit-on pas aller jusqu’au bout, jusqu’à l’issue tragique ? Cité plus tard : « toucher le fond pour pouvoir remonter. »
Jeu de piste. Freamon mène cette partie dangereuse, incertaine. Vaine ? La piste de la drogue, pas de soucis de la part des supérieurs mais à suivre l’argent, les révélations sont lourdes de conséquences. Les indices de parcours, les miettes de pain sont des papiers de finance : SARL, actions, sociétés, biens immobiliers… Jusqu’à des donations à des hommes politiques pour des élections. La piste conduit à des secrets interdits. Le jeu devient un cache-cache.
Jouer au loup. Encore une scène irrésistible, culte. Omar joue au loup. Il arrive au grand jour dans la rue et les autres détalent en l’annonçant. Il ne faut même pas qu’il nous touche. Il est le loup. Devant la porte de la maison de deal, il récite sa comptine, celle du loup des trois petits cochons qui peut de sa puissance souffler la maison. Pas besoin de sortir les poings ou les calibres. On lui jette le butin. Omar a la classe.
Pêche à la ligne. Bubbles depuis le toit avec un fil et un hameçon pêche à la ligne un stock de doses de crack. Suspense mode fête foraine car le risque est mortel. Encore un jeu d’enfant dans un monde dur et cruel d’adultes.
Monopoly. L’enquête sur les avoirs et les biens de Barksdale continue. Freamon a la liste des possessions immobilières et on pense au gagnant du Monopoly avec tant de richesse que c’est un réseau énorme dans toute la cité. Au bas mot, il gagne un millions par mois.
Qui est-ce ? A quoi ressemble Avon Barksdale ? Les policiers savent que le trafiquant de West Baltimore est au match de basket de rue mais ils n’ont que quelques indices. Il est au bord du terrain, une vieille photo de lui jeune boxeur, etc. Ils parviennent enfin à l’identifier.
Chance/malchance. Dans une partie, il y a toujours un joueur avec une chance insolente et un autre à la déveine cruelle. Ce facteur d’improbabilité fait partie du côté jouissif du jeu. Dans cet épisode, on a les deux cas. Le chanceux insolent est Avon Barksdale qui échappe au plan imparable d’Omar pour l’assassiner. Comme une main maîtresse au poker ou le chiffre fétiche tombant à la roulette, quelle était la probabilité pour que le caïd s’en sorte grâce à un timing in extremis ? Quant aux malchanceux, ce sont les flics Ellis et Herc qui saisissent une grosse somme d’argent au deal mais en perdent une partie dans la voiture. Evidemment, ils sont tout de suite soupçonnés d’avoir ponctionné cet argent pour leurs poches alors que ce n’est pas le cas (même si cela les a tenté). Encore une fois, quelle était la probabilité pour qu’une liasse de billet se soit glissée dans un recoin inaccessible de la caisse, caisse qu’ils doivent désosser pour retrouver la thune. A la restitution, personne ne les croit de bonne foi… Une sacrée malchance qui sera lourde de conséquence, puisque la prochaine fois, ils ne se gêneront pas pour se servir.
Car à sombrer dans la spirale du jeu (quel qu’il soit), on finit par payer le prix fort…
Prix fort, titre de l’épisode suivant.
THE WIRE – Saison 1 – Episode 10
« Le prix fort » (The cost)
Cet épisode est dans une sorte de continuité avec le précédent. Les joueurs vont payer le prix d’un jeu dangereux qu’ils n’auraient pas dû entamer. Mais avaient-ils d’autres options ? Le choix était-il à portée de main ?
Le prix fort du toxicomane. Bubbles voudrait sortir de la drogue, de la rue, des sales combines et revenir à la vie normale. En pré-générique, sur un banc, il observe la vie normale… Mais pour lui, ce choix est fragile comme les bulles de savon, jeux des enfants dans le parc, qui éclatent si rapidement, pour un rien, un coup de vent, au premier contact de l’obstacle. A quelques mètres du banc, des dealers vendent leur came… Le toxicomane paye le prix démesuré de la première injection. Plus tard dans l’épisode, Bubbles discute avec un tox qui tente d’en ramener d’autres à la vie saine. Mais ce parrain improvisé de désintoxication est condamné, il est atteint du sida. On apprend que Bubbles a un fils qu’il ne connaît pas. La porte de sortie pour ce personnage paraît tellement loin, le chemin pour y arriver semé d’embûches, ne tenant qu’à un fil si tenu. Son meilleur soutien est Kima Greggs dont le destin tragique en fin d’épisode, par effet domino injuste, condamne Bubbles à son tour.
Le prix fort de l’indic. Il en coûte d’informer la police lorsqu’on est au coeur des trafics. Le jeune Wallace, par culpabilité, avoue tout à McNulty. Mais il est mineur et se voit offrir une pseudo protection de témoin en le mettant au vert. Mais cette retraite dans la campagne est une soudaine plongée dans un monde trop inconnu, trop différent pour le dealer junior des rues… Omar, blessé, doit devenir indic tant il est dans la panade. Il rencontre Stringer Bell en terrain neutre pour parler mais porte un micro sur lui, c’est le prix du risque maximum tant ce motif dans le cinéma des gangsters est mortel. Malheureusement cette écoute est peu convaincante, Stringer, le malin, ne lâche pas d’infos. Mais l’indic qui paiera le prix le plus lourd et fatal, c’est bien sûr Wendell Orlando, le patron/maquereau de la boîte Orlando (où nous savons, nous téléspectateurs, que Stringer et Avon ont leur Q.G.). Et là aussi, le téléspectateur a une longueur d’avance puisque lorsque le mac Orlando est pris par les stups, nous avons vu que le bougre a été grillé par des complices de Barksdale qui a des yeux partout. L’opération montée autour de l’indic Orlando ne peut être qu’un fiasco dramatique. On le verra plus bas…
Le prix fort de l’enquête réussie. La mission spéciale de l’équipe multi-services des écoutes est victime de son succès. La toile qu’elle révèle du trafic de drogues de West Baltimore est tentaculaire. Elle lie racailles et notables. Elle offre de multiples opportunités de faire du chiffre bien médiatique. Il faut donc approfondir. L’équipe en paye le prix. Ils vont devoir faire beaucoup plus d’heures de boulot, de surveillance, de planque. Ils en viennent à remonter jusqu’à la maison du fournisseur, forteresse vidéosurveillée, grâce à un boulot de filature collectif. Et de nouveau, ils sont « punis » puisqu’ils remplacent les éboueurs pour intercepter les poubelles de la planque et décortiquer tous les détritus issus du repaire de trafiquants. Il faut mettre les mains dans le cambouis et le trash. Mais le coût d’une enquête qui porte ses fruits sera celui, au bout de l’épisode, du drame puisque l’opération qui se monte en parallèle à l’improviste est une conséquence lointaine de la mission spéciale des écoutes.
Le prix fort du bon flic. La rançon du flic obsessionnel, accaparé à 100 % par son boulot, c’est celle que paye dans cet épisode, notamment, McNulty. La confrontation devant le juge, avec avocat respectif, dans la procédure d’un divorce compliqué et qui n’en finit pas lui tombe dessus par surprise totale, au beau milieu de l’intrigue. Il va devoir s’expliquer des délires commis : en voiture avec ses enfants et un malfrat super dangereux, utilisation de ses enfants pour filer un caïd de la drogue. McNulty doit se justifier de l’injustifiable. La note ne peut être que salée. Mais évidemment pas aussi salée que celle de Kima. Elle est la super flic par excellence. A tel point que ça en est louche dans la narration de l’épisode. Aussi parfaite, aussi amoureuse, aussi dévouée à son travail… (Il est d’ailleurs bien sympa de voir cette incarnation de l’idéal et du bonheur à travers un couple lesbien, changement sans tapage des codes familialo-conservateurs...) Dans un scénario, quand ça va bien, trop bien comme ça, ça annonce un sale coup de théâtre. Et la fin de cet épisode est chargé de suspense avant le drame. La pression des supérieurs pour du résultat, une opération précipitée et bien trop téléphonée… Bref, Kima Greggs paye, à son tour, le prix fort.
THE WIRE – Saison 1 – épisode 11
La traque (The hunt)
L’ironie du drame. Il faut un « officer down », soit un policier abattu pour que la mobilisation de tous les services de police, tout à coup, devienne possible. Ce qui semblait difficile voire impossible dans le cadre de l’enquête des écoutes pour faire tomber les têtes du trafic de drogue de West Baltimore, naît subitement suite à la tragédie qui conduit Kima Greggs dans le coma. La traque est un fourmillement de flics, tous plus motivés que jamais dans la vengeance d’un des leurs abattu. Se serrant les coudes, les forces de l’ordre travaillent, ensemble, dévoués et avancent très vite. Et des personnages plutôt négatifs montrent ainsi un visage plus favorables. Même le chef Rawls met en parenthèse sa détestation de McNulty et fait apparaître un visage humain pour le soutenir. Une fois de plus la profondeur de cette série est captivante.
Mais ce onzième épisode permet d’apprécier aussi la qualité des prestations des acteurs qui tiennent leur personnage si bien construit. Dominic West (McNulty) s’effondre dans la culpabilité, lui qui a poussé tellement pour que cette enquête inter-services, lui qui s’était tellement lié avec Kima, irrésistible flic des stups. L’acteur est bouleversant. Tout autant que Andre Royo (Bubbles), indic de Kima, qui n’est pas au courant de la mauvaise nouvelle mais qui en subit les conséquences. Ils avaient rendez-vous et sa désintoxication en dépendait. Il se retrouve dans la tempête des flics sur les dents, d’abord tabassé physiquement, puis tabassé par l’annonce du drame. Sa reprise en main, sa sortie du tunnel ne tenait que par un fil tenu. Il ne peut que s’effondrer à son tour.
Hélas, tout n’est que précipitation. C’est bourrin, comme ces multiples descentes de flics à coups de bélier. Les chefs veulent du résultat immédiatement, ils veulent de la « came sur la table ». Il faut faire un coup médiatique suite à un policier abattu lors d’une mission. On en revient aux travers qui faisait fulminer McNulty, ces saisies de drogues qui ne démontent pas le système et les leaders. Et bourrins, les flics avides de vengeance le sont aussi. A cran, ils ont la main lourde et ne veulent plus que faire payer le coupable direct. La basique traque est une forme de fuite en avant, l’échec de la réflexion. Seul Freamon tire son épingle du jeu puisque, lui, continue à penser, réfléchir, posé et obtient un bien meilleur résultat dans la traque.
Oui, cette chasse est un échec, un effondrement. Nous ne sommes pas dans un film d’action où la vengeance mène au salut et à la résolution. Au contraire, c’est un constat d’échec. L’enquête des écoutes est pratiquement morte. Toutes les pistes les plus prometteuses sont gâchées par des descentes stériles. L’équipe a perdu son élément le plus indispensable. McNulty n’a plus le soutien du juge qui, pour des raisons électorales, rentre dans le rang des hauts gradés dociles et calculateurs. La traque sonne le glas de la mission de nos héros.
« Quitte ou double » (Game play)
J’ai enfin pu terminé la série Mad Men dernièrement et l’un des principaux problèmes, qui sont nombreux, est l’écriture des épisodes. Avec des titres tellement flous et interchangeables qu’il aurait été plus judicieux de simplement mettre un numérotage, il n’y a aucune unité dans chaque tranche de l’histoire ou de très fragiles thématiques souvent poussives. C’est vrai qu’il faut de l’excellence dans l’écriture pour que chaque épisode soit une véritable œuvre au sein d’une plus grande histoire dans un monde bien défini. Que l’auteur de Mad Men et des Sopranos, Matthew Weiner, soit un scénariste de série surestimé et éparpillé, est révélé dans sa nouvelle série « The Romanoffs », la série dans lequel il a eu le plus de liberté avec un confortable budget (il suffit de voir le casting) mais qui montre le foutoir et, au final, l’incompréhension de ce qui disent les épisodes et, par conséquent, la série entière.
Tout ça pour en venir à l’exemplarité de The Wire – Sur écoute – de David Simon et Ed Burns puisque le génie de cette série naît dans l’écriture développée dans chaque dimension : dans sa totalité – la ville de Baltimore, chaque saison – un angle de vue et d’attaque d’observation, chaque épisode – une thématique, une couleur qui unit chaque arc narratif et la majorité des scènes dans un montage rythmé. Cet épisode 9 en est un bon exemple.
Le titre original donne vraiment la clé, plus que le titre français un peu à côté de la plaque. L’idée de fond est ainsi le jeu, jouer le jeu, jouer une partie,… Et à différents niveaux de langage et de sens, la polysémie du verbe jouer ou de la partie de jeu, plus importante encore en anglais, donne l’unité, l’impact, le génie de l’épisode, de la série. Alors, quels sont les véritables joueurs ? Quelles sont les règles du jeu ? Qui sonne la fin de la partie ? Et y-a-t-il seulement un gagnant ?
Basket Ball. Dans cette scène pré-générique, les caïds Avon Barksdale et Stringer Bell dominent du regard une partie de basket et parlent stratégie. Stratégie de coach puisqu’ils investissent dans de jeunes joueurs et stratégie de trafic de drogues, de vengeance envers Omar. Plan et tactiques de jeu. Et les caïds sont devenus des notables... avec, toutefois, des pratiques d’intimidation.
Plus tard, il y a un match de basket ball, si attendu que les rues sont étrangement désertes au grand étonnement des policiers. L’évènement sportif, moment de communion, est monté clandestinement par les deux grands trafiquants des quartiers adverses de Baltimore, est contre ouest. L’enjeu augmenté par un gros pari. Tous les éléments du sport spectacle et business sont là. Le joueur joker qui rentre au bon moment. Le recrutement par la négociation en parallèle de celui de Shardene, la strip-teaseuse, que la police tente de se mettre dans la poche comme indic. Freamon l’appâte avec les jouets de poupée, meubles miniatures trop mignons, qu’il fabrique. Ces jouets sont une clé métaphorique de cette société parallèle et déformée, symbolisant ce monde chaotique en plus petit que le vrai monde en grand.
Pouce ! Le jeune dealer Wallace voudrait arrêter de jouer. Faire go, pouce, arrêt de jeu et ne plus « jouer » (play en V.O.) comme des enfants dans la cour de récréation. Il reprendrait ses études, deviendrait sérieux pour s’en sortir. D’Angelo voudrait l’aider. Mais est-ce possible depuis la situation misérable d’où il part ? Une fois qu’on a commencé à jouer, ne doit-on pas aller jusqu’au bout, jusqu’à l’issue tragique ? Cité plus tard : « toucher le fond pour pouvoir remonter. »
Jeu de piste. Freamon mène cette partie dangereuse, incertaine. Vaine ? La piste de la drogue, pas de soucis de la part des supérieurs mais à suivre l’argent, les révélations sont lourdes de conséquences. Les indices de parcours, les miettes de pain sont des papiers de finance : SARL, actions, sociétés, biens immobiliers… Jusqu’à des donations à des hommes politiques pour des élections. La piste conduit à des secrets interdits. Le jeu devient un cache-cache.
Jouer au loup. Encore une scène irrésistible, culte. Omar joue au loup. Il arrive au grand jour dans la rue et les autres détalent en l’annonçant. Il ne faut même pas qu’il nous touche. Il est le loup. Devant la porte de la maison de deal, il récite sa comptine, celle du loup des trois petits cochons qui peut de sa puissance souffler la maison. Pas besoin de sortir les poings ou les calibres. On lui jette le butin. Omar a la classe.
Pêche à la ligne. Bubbles depuis le toit avec un fil et un hameçon pêche à la ligne un stock de doses de crack. Suspense mode fête foraine car le risque est mortel. Encore un jeu d’enfant dans un monde dur et cruel d’adultes.
Monopoly. L’enquête sur les avoirs et les biens de Barksdale continue. Freamon a la liste des possessions immobilières et on pense au gagnant du Monopoly avec tant de richesse que c’est un réseau énorme dans toute la cité. Au bas mot, il gagne un millions par mois.
Qui est-ce ? A quoi ressemble Avon Barksdale ? Les policiers savent que le trafiquant de West Baltimore est au match de basket de rue mais ils n’ont que quelques indices. Il est au bord du terrain, une vieille photo de lui jeune boxeur, etc. Ils parviennent enfin à l’identifier.
Chance/malchance. Dans une partie, il y a toujours un joueur avec une chance insolente et un autre à la déveine cruelle. Ce facteur d’improbabilité fait partie du côté jouissif du jeu. Dans cet épisode, on a les deux cas. Le chanceux insolent est Avon Barksdale qui échappe au plan imparable d’Omar pour l’assassiner. Comme une main maîtresse au poker ou le chiffre fétiche tombant à la roulette, quelle était la probabilité pour que le caïd s’en sorte grâce à un timing in extremis ? Quant aux malchanceux, ce sont les flics Ellis et Herc qui saisissent une grosse somme d’argent au deal mais en perdent une partie dans la voiture. Evidemment, ils sont tout de suite soupçonnés d’avoir ponctionné cet argent pour leurs poches alors que ce n’est pas le cas (même si cela les a tenté). Encore une fois, quelle était la probabilité pour qu’une liasse de billet se soit glissée dans un recoin inaccessible de la caisse, caisse qu’ils doivent désosser pour retrouver la thune. A la restitution, personne ne les croit de bonne foi… Une sacrée malchance qui sera lourde de conséquence, puisque la prochaine fois, ils ne se gêneront pas pour se servir.
Car à sombrer dans la spirale du jeu (quel qu’il soit), on finit par payer le prix fort…
Prix fort, titre de l’épisode suivant.
THE WIRE – Saison 1 – Episode 10
« Le prix fort » (The cost)
Cet épisode est dans une sorte de continuité avec le précédent. Les joueurs vont payer le prix d’un jeu dangereux qu’ils n’auraient pas dû entamer. Mais avaient-ils d’autres options ? Le choix était-il à portée de main ?
Le prix fort du toxicomane. Bubbles voudrait sortir de la drogue, de la rue, des sales combines et revenir à la vie normale. En pré-générique, sur un banc, il observe la vie normale… Mais pour lui, ce choix est fragile comme les bulles de savon, jeux des enfants dans le parc, qui éclatent si rapidement, pour un rien, un coup de vent, au premier contact de l’obstacle. A quelques mètres du banc, des dealers vendent leur came… Le toxicomane paye le prix démesuré de la première injection. Plus tard dans l’épisode, Bubbles discute avec un tox qui tente d’en ramener d’autres à la vie saine. Mais ce parrain improvisé de désintoxication est condamné, il est atteint du sida. On apprend que Bubbles a un fils qu’il ne connaît pas. La porte de sortie pour ce personnage paraît tellement loin, le chemin pour y arriver semé d’embûches, ne tenant qu’à un fil si tenu. Son meilleur soutien est Kima Greggs dont le destin tragique en fin d’épisode, par effet domino injuste, condamne Bubbles à son tour.
Le prix fort de l’indic. Il en coûte d’informer la police lorsqu’on est au coeur des trafics. Le jeune Wallace, par culpabilité, avoue tout à McNulty. Mais il est mineur et se voit offrir une pseudo protection de témoin en le mettant au vert. Mais cette retraite dans la campagne est une soudaine plongée dans un monde trop inconnu, trop différent pour le dealer junior des rues… Omar, blessé, doit devenir indic tant il est dans la panade. Il rencontre Stringer Bell en terrain neutre pour parler mais porte un micro sur lui, c’est le prix du risque maximum tant ce motif dans le cinéma des gangsters est mortel. Malheureusement cette écoute est peu convaincante, Stringer, le malin, ne lâche pas d’infos. Mais l’indic qui paiera le prix le plus lourd et fatal, c’est bien sûr Wendell Orlando, le patron/maquereau de la boîte Orlando (où nous savons, nous téléspectateurs, que Stringer et Avon ont leur Q.G.). Et là aussi, le téléspectateur a une longueur d’avance puisque lorsque le mac Orlando est pris par les stups, nous avons vu que le bougre a été grillé par des complices de Barksdale qui a des yeux partout. L’opération montée autour de l’indic Orlando ne peut être qu’un fiasco dramatique. On le verra plus bas…
Le prix fort de l’enquête réussie. La mission spéciale de l’équipe multi-services des écoutes est victime de son succès. La toile qu’elle révèle du trafic de drogues de West Baltimore est tentaculaire. Elle lie racailles et notables. Elle offre de multiples opportunités de faire du chiffre bien médiatique. Il faut donc approfondir. L’équipe en paye le prix. Ils vont devoir faire beaucoup plus d’heures de boulot, de surveillance, de planque. Ils en viennent à remonter jusqu’à la maison du fournisseur, forteresse vidéosurveillée, grâce à un boulot de filature collectif. Et de nouveau, ils sont « punis » puisqu’ils remplacent les éboueurs pour intercepter les poubelles de la planque et décortiquer tous les détritus issus du repaire de trafiquants. Il faut mettre les mains dans le cambouis et le trash. Mais le coût d’une enquête qui porte ses fruits sera celui, au bout de l’épisode, du drame puisque l’opération qui se monte en parallèle à l’improviste est une conséquence lointaine de la mission spéciale des écoutes.
Le prix fort du bon flic. La rançon du flic obsessionnel, accaparé à 100 % par son boulot, c’est celle que paye dans cet épisode, notamment, McNulty. La confrontation devant le juge, avec avocat respectif, dans la procédure d’un divorce compliqué et qui n’en finit pas lui tombe dessus par surprise totale, au beau milieu de l’intrigue. Il va devoir s’expliquer des délires commis : en voiture avec ses enfants et un malfrat super dangereux, utilisation de ses enfants pour filer un caïd de la drogue. McNulty doit se justifier de l’injustifiable. La note ne peut être que salée. Mais évidemment pas aussi salée que celle de Kima. Elle est la super flic par excellence. A tel point que ça en est louche dans la narration de l’épisode. Aussi parfaite, aussi amoureuse, aussi dévouée à son travail… (Il est d’ailleurs bien sympa de voir cette incarnation de l’idéal et du bonheur à travers un couple lesbien, changement sans tapage des codes familialo-conservateurs...) Dans un scénario, quand ça va bien, trop bien comme ça, ça annonce un sale coup de théâtre. Et la fin de cet épisode est chargé de suspense avant le drame. La pression des supérieurs pour du résultat, une opération précipitée et bien trop téléphonée… Bref, Kima Greggs paye, à son tour, le prix fort.
THE WIRE – Saison 1 – épisode 11
La traque (The hunt)
L’ironie du drame. Il faut un « officer down », soit un policier abattu pour que la mobilisation de tous les services de police, tout à coup, devienne possible. Ce qui semblait difficile voire impossible dans le cadre de l’enquête des écoutes pour faire tomber les têtes du trafic de drogue de West Baltimore, naît subitement suite à la tragédie qui conduit Kima Greggs dans le coma. La traque est un fourmillement de flics, tous plus motivés que jamais dans la vengeance d’un des leurs abattu. Se serrant les coudes, les forces de l’ordre travaillent, ensemble, dévoués et avancent très vite. Et des personnages plutôt négatifs montrent ainsi un visage plus favorables. Même le chef Rawls met en parenthèse sa détestation de McNulty et fait apparaître un visage humain pour le soutenir. Une fois de plus la profondeur de cette série est captivante.
Mais ce onzième épisode permet d’apprécier aussi la qualité des prestations des acteurs qui tiennent leur personnage si bien construit. Dominic West (McNulty) s’effondre dans la culpabilité, lui qui a poussé tellement pour que cette enquête inter-services, lui qui s’était tellement lié avec Kima, irrésistible flic des stups. L’acteur est bouleversant. Tout autant que Andre Royo (Bubbles), indic de Kima, qui n’est pas au courant de la mauvaise nouvelle mais qui en subit les conséquences. Ils avaient rendez-vous et sa désintoxication en dépendait. Il se retrouve dans la tempête des flics sur les dents, d’abord tabassé physiquement, puis tabassé par l’annonce du drame. Sa reprise en main, sa sortie du tunnel ne tenait que par un fil tenu. Il ne peut que s’effondrer à son tour.
Hélas, tout n’est que précipitation. C’est bourrin, comme ces multiples descentes de flics à coups de bélier. Les chefs veulent du résultat immédiatement, ils veulent de la « came sur la table ». Il faut faire un coup médiatique suite à un policier abattu lors d’une mission. On en revient aux travers qui faisait fulminer McNulty, ces saisies de drogues qui ne démontent pas le système et les leaders. Et bourrins, les flics avides de vengeance le sont aussi. A cran, ils ont la main lourde et ne veulent plus que faire payer le coupable direct. La basique traque est une forme de fuite en avant, l’échec de la réflexion. Seul Freamon tire son épingle du jeu puisque, lui, continue à penser, réfléchir, posé et obtient un bien meilleur résultat dans la traque.
Oui, cette chasse est un échec, un effondrement. Nous ne sommes pas dans un film d’action où la vengeance mène au salut et à la résolution. Au contraire, c’est un constat d’échec. L’enquête des écoutes est pratiquement morte. Toutes les pistes les plus prometteuses sont gâchées par des descentes stériles. L’équipe a perdu son élément le plus indispensable. McNulty n’a plus le soutien du juge qui, pour des raisons électorales, rentre dans le rang des hauts gradés dociles et calculateurs. La traque sonne le glas de la mission de nos héros.



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