The Wire - Saison 1 - épisodes 6, 7 et 8


Episode 6
« Le Lien »



Un épisode central dans la saison et qui porte le nom de la série elle-même laisse présager d’un chapitre important et comportant toutes les thématiques les plus essentielles. Le pré-générique offre une scène déstabilisante et inattendue mais dans l’esprit de The Wire. La caméra suit le câblage électrique approximatif des maisons squats de la zone de deal d’un quartier de Baltimore. Le lien au sens propre nous mène à une scène de la vie quotidienne, le réveil du matin avant le départ à l’école, mais scène détournée par la réalité cruelle et dure du ghetto. Le lien, c’est le liant, l’équilibre précaire qui fait société avec les moyens du bord et les moyens de la vente de dope. Les jeunes dealers mineurs, que nous connaissons maintenant, habitent et gèrent un squat de mômes qui vont à l’école, mangent et dorment grâce à l’argent sale. Un argent qui est lui-aussi un lien pour cette mission noble. Les valeurs, les certitudes, les notions se renversent. Le deal est l’économie de survie qui reste pour que les plus jeunes puissent avoir un espoir d’avenir. L’organisation ressemble à celui d’une colonie, en rang, rationnée, bien en place.
L’amant d’Omar a été sauvagement torturé et assassiné. Nous sommes à côté de la maison des enfants. Les deux faces du commerce de la drogue, celui d’une activité économique salutaire et des crimes les plus violents. L’enquête policière, elle, dénonce une justice à deux vitesses puisqu’elle est ralentie par la mobilisation des forces par le maire qui s’est fait dérober du matos de jardin. De ce côté légal et officiel, les maillons du lien se délient, ça ne fonctionne pas comme il faut. Les priorités sont parasitées par les inégalités.
Bubbles, le toxico, est prisonnier de son milieu et de la drogue, car du côté du consommateur, c’est un chemin tout tracé vers la déchéance auquel on ne peut échapper. On sent qu’il aimerait sortir de cette voie tragique en vendant des fruits et légumes dans la rue mais il est rattrapé par ses amis toxicomanes qui le ramènent vers le vol et la seringue. Le lien est aussi l’impasse.
Par une narration entrelacée, la série continue à comparer et donner toutes les similitudes entre la structure hiérarchique solide, et souvent inefficace, aveugle, de la justice, de la police et du trafic de drogue, de la rue. Toutefois, dans ces deux mondes qui se font face et s’affrontent, il y a des éléments perturbateurs qui déjouent cette pyramide et tentent de changer désespérément cet univers qui marche sur la tête. McNulty et Daniels tentent de faire leur boulot de flic en réfléchissant à vraiment faire tomber les gros bonnets. Omar par vengeance et en pur enfant du ghetto veut, lui aussi, la peau des rois Avon et Stringer.
Ces engrenages qui grippent la machine comprennent que l’union, le collectif restent la seule solution pour de réels résultats. Mais l’alliance improbable a ses limites surtout quand elle est construite dans des faux semblants et des manipulations.

Episode 7
« Une arrestation »



La division exceptionnelle McNulty, union sacrée de la crim’ et des stups, continue à craquer le code des bippeurs et des téléphones publics utilisé par les trafiquants. Ils utilisent leur cerveau, réfléchissent avant d’agir et commence par comprendre le langage, la communication. Ils reconnaissent l’ingéniosité des dealers et dépassent ainsi les clichés et les idées reçues, véritables obstacles majeurs dans le travail de la police jusque là.
The Wire ne manque pas d’humour une fois de plus. Quand elle montre la différence de classe ou de rang, les scènes sont irrésistibles. Par exemple, le juge qui ramène McNulty à son niveau d’intelligence dans un dialogue condescendant mais qui ignore que l’inspecteur a déjà mis dans son lit l’avocate charmante sur laquelle il bave salement. Ou plus classiquement mais toujours efficace, la mise en parallèle de l’action de courses poursuites par les intrépides officiers de police et les discussions de salon et de bureau des gradés. Ou encore ce moment d’enquête sur le terrain où le duo de flics veulent obtenir des infos d’une vieille dame et l’aident à porter ses commissions. Et celle-ci de lancer cette réplique : « Un noir et un blanc qui aident une vieille dame… Vous êtes de la police, non ? ». Sans oublier les dialogues de beuverie de Bunk et McNulty, toujours hilarants.
Bubbles le tox a une attitude étrange lors d’un groupement de drogués anonymes. Il entend le discours et les témoignages et on comprend qu’il aimerait au fond décrocher. A moins que ce ne soit simplement le désir d’avoir une récompense, une médaille, une reconnaissance que la vie, on le devine, ne lui a jamais offert. Que l’espace d’un instant, on célèbre sa réussite même si c’est pour de faux, une mise en scène.
Les flics ne doivent définitivement pas sous-estimer les caïds de la drogue. Stringer comprend qu’il y a une faille et qu’elle vient des cabines téléphoniques. Radicalement, il demande à ses hommes (dont beaucoup ne sont même pas majeurs au passage) d’arracher les téléphones, de les détruire. Les inspecteurs sont pris de court. Leur plan n’était pas assez subtil, encore trop grossier pour une organisation bien en place.
A la fin de l’épisode, on constate qu’il n’y a pas que dans la rue que survit, parfois, un code d’honneur au-delà des hiérarchies et de la loi du plus fort. Cet honneur existe aussi dans la police et heureusement pour McNulty.

Episode 8
« Une affaire personnelle »



McNulty est pratiquement une épithète homérique. Comme si une seule mission, une seule caractéristique le constituaient. Caractéristique radicale et héroïque mais également malédiction. Nous l’avions déjà vu rencontrer Omar, le justicier sanguinaire, dans sa voiture avec ses enfants derrière. Là, il utilise ses enfants dans la rue pour une filature improvisée de Stringer, l’un des chefs du trafic ! McNulty ne voit que sa mission de flic et en perd ses mômes… Toutefois, il est satisfait. L’un de ses fils a noté la plaque d’immatriculation.
Le deal est bien plus complexe dans cette série que dans la plupart des films d’action. Sur le terrain, les connexions entre cette activité dangereuse et dégueulasse et la vie de tous les jours sont inattendues. Ainsi un exercice de mathématiques est bien plus facile si il est réadapté dans la vente concrète de dose de poudre. Et plus loin dans l’épisode, McNulty arrive au bout d’une filature compliquée de Stringer pour aboutir à l’université où celui-ci prend des cours d’économie appliquée. Scène culte de la série. L’impitoyable et balèze Stringer avec ses petites lunettes, assidu à un cours d’éco pour améliorer son produit et ses techniques de vente de drogue !
L’enquête en profondeur de l’équipe d’inspecteurs menée par Daniels va se cogner au mur de l’argent. En effet, ils vont pister intelligemment une faille dans le trafic et saisir une grosse quantité de fric. Et c’est dit dans l’épisode, « si on suit la drogue, ça va, mais si on suit l’argent,... ». Ben ça va plus car, ici, ça mène à un sénateur. Les vraies ordures sont toujours haut placées, intouchables.
Et toujours en effet miroir, du côté des trafiquants, c’est également le cas, avec un prostituée qui meurt d’overdose pendant une soirée orgiaque et qui est considérée comme un déchet comme un autre…
The Wire est aussi riche en scène d’action et celle de cet épisode est terrible. Omar comme dans un western va piéger des hommes de main proches de Avon et Stringer. Efficacité de la scène et iconisation du personnage au long manteau, clin d’oeil à Sergio Leone. Omar s’affirme comme le vengeur du ghetto et on sent que la population prend son parti.
Le cas de conscience et le choix de son camp. Des questionnements récurrents dans la complexité de la réalité du terrain et des jeux de pouvoir. Le jeune Wallace et D’Angelo voudraient sortir de l’impasse et trouver une sortie vers la vie normale. McNulty et ses collègues font le choix du mensonge pour faire tomber un réseau plutôt que résoudre un meurtre. Dilemme qui fait souffrir Bunk qui ment et manipule pour son ami. Ce n’est jamais simple, loin, une fois de plus, du juste blanc et noir, bien et mal… Réel.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

The Wire - Saison 1 - Episode 04 & 05

The Wire - Saison 1 - épisodes 1,2 et 3

The Wire - Sur écoute - Saison 2 épisode 3 et 4