Signes des temps - épisode 2
Le président
Emmanuel Macron a nommé un gouvernement qui en dit long à tous ceux
qui avaient encore envie d’y croire à ce renouveau, et même à
cette « révolution » si l’on se fie au titre de son
bouquin. Et à tous ceux qui croyaient à un semblant de gauche.
Le Premier ministre
est bien un homme de droite. Edouard Philippe, certes
juppéiste, est encarté Les Républicains (LR). Evidemment, sorti
15ème de sa promotion ENA. Il a nommé un directeur de cabinet
collector, Benoît Ribadeau-Dumas, encore un énarque, qui a fait
carrière dans l’industrie d’armement et dans les hydrocarbures.
Edouard est un petit rigolo. En 2014, le maire du Havre n’avait pas
apprécié la transparence dorénavant exigée par une Haute autorité
sur sa déclaration de patrimoine. Il possède 3 biens immos mais ne
veut pas en donner la valeur. Dans le document officiel, Edouard a
donc inscrit « aucune idée » ou la valeur obsolète à
l’achat, parfois même en francs. On comprend qu’il n’aime pas
la transparence, lui qui cumule tellement de casquettes, à la fois
parlementaire, maire, président de communauté de l’agglo. Petit
rigolo. Edouard, c’est le roi du bottage en touche. Sur le mariage
gay, il s’est juste abstenu. Pratique. Ninja. Mais le plus
intéressant dans son passé, ce sont ses années dans le privé. Dans
un cabinet d’avocats de business. Mais surtout, chez Areva, en tant
que directeur des affaires publiques jusqu’en 2010. Signalons que
juste avant, le rigolo Edouard avait bossé au ministère de
l’Ecologie pour Juppé. De l’écologie au nucléaire, il ne doute
de rien.
Dans son
gouvernement, il y a même un sarkozyste de première, Gérald
Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics. Tout un
programme quand on s’y penche. A l’Intérieur, un socialiste,
Gérard Collomb, mais un socialiste dit « réaliste »,
comprendre un faux mec de gauche qui croit au libéralisme
économique. Genre troisième voie à la Blair-Clinton. Sa vision de
sa mission ? « La tranquillité et la sécurité sont les
premières des libertés publiques ». La liberté selon Collomb
ressemble donc à un mur vidéosurveillé. Poétique, non ?
A la Justice,
François Bayrou. Comme un écho de l’histoire qui éclaire
aussi, puisque le maire de Pau avait déjà eu le boulot à
l’éducation de 1993 à 1997… mais sous Balladur et Juppé. Comme
pour son cabinet, le gouvernement compte nombre d’énarques. Le
même Bayrou, qui disait il n’y a vraiment pas longtemps que
derrière Macron, il y avait « de très grands financiers et
autres qui ne se contentent plus d’avoir le pouvoir économique,
ils veulent avoir le pouvoir politique ».
Une élite bien
spécifique prend les choses en main. Ils se reconnaissent entre eux.
Bruno Le Maire, énarque à l’économie. Sylvie Goulard,
énarque à la défense. Cette dernière a l’objectif de porter le
budget de la guéguerre à 2 % du PIB d’ici à 2025. Soit 50
milliards d’euros pour la bagarre à coups de guns et de canons. En
2017, nous étions déjà à 32,7 milliards.
Très fort au
ministère du Travail puisque voici Muriel Pénicaud. Elle
connaît le travail mais essentiellement côté capital CAC 40. Elle
qui fut DRH chez Danone après avoir quitté Dassault Systèmes et
enchaînant chez Aéroports de Paris, Orange et SNCF. Le monde de
Madame Pénicaud comprend surtout les travailleurs comme une charge,
un coût à réduire, une colonne de chiffres à dégraisser. Pour
enfoncer le clou pro-patronat, elle nomme Antoine Foucher comme
directeur de cabinet, celui qui fut jusqu’en 2016 le directeur
général adjoint du Medef en charge du social puis directeur des
relations sociales chez Schneider Electric. On sait de quel côté on
est au moins. Le social mais dans l’optique du capital.
Le grand écart
continue avec un ministre sarkozyen pur sucre, Gérald Darmanin,
à l’action et aux comptes publics. Ce type a dirigé la campagne
de Nicolas-triste-sire à la primaire de la droite l’année
dernière. On peut commencer à dire au revoir aux fonctionnaires,
aux bureaux de poste et autres gares de petit patelin. Le règne de
la gestion façon entreprise du service public est ainsi annoncé.
Pour l’éducation,
même traitement. Jean-Michel Blanquer qui était jusqu’ici
directeur de l’une des plus puissantes écoles de commerce du pays,
l’ESSEC, va mener le dossier de l’école comme une usine à fric
et à chair à entreprise clé en main.
Secteur santé et
solidarités, Agnès Buzyn, professeure et chercheuse de
l’hôpital Necker, pourrait être un gage de qualité et dégagé
des professionnels de la politique. Ca se gâte quand on apprend
qu’elle considère les liens d’intérêts entre experts et labos
pharmaceutiques comme une assurance de compétences… Elle va
pouvoir utiliser la sécu pour faire des Français les plus démunis
un troupeau de cobayes à qui liquider les médocs les plus douteux.
Il faudrait lui offrir le DVD de « Constant Gardener » ou
le bouquin, elle percutera peut-être.
Les adeptes du
renouveau apprécieront aussi le recyclage de Jean-Yves Le Drian
en ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. L’ancien
ministre de la Défense reste dans le gouvernement révélant la
continuité Hollande-Macron. Le Drian avait surtout brillé en tant
que commercial des armes made in France en réussissant enfin à
vendre du Rafale ou des sous-marins à l’Australie.
Bien sûr, la plus
grosse prise, c’est Nicolas Hulot, mais je me pencherais plus
longuement sur son cas qui mérite un billet complet…
En Grèce, le
poison de l’austérité continue à doucement accabler le peuple.
D’abord les plus démunis, évidemment. Il faut faire cette fois
4,5 milliards d’économies en échange de l’aide vicieuse des
« gentils et généreux » organismes internationaux. Une
nouvelle saignée au nom d’une médecine que l’on sait vaine. Bel
horizon pour le peuple grec : en 2019, les retraites diminueront
de 9 % en moyenne. Fonctionnaires, militaires et autres vont
voir fondre leur salaire. Une bombe à retardement pour l’Union. En
2015, 10 % des Grecs voulait le « Grexit », ils sont
aujourd’hui plus de 40 %.
En Australie,
le gouvernement a annoncé la mise en place de tests de dépistage de
drogue pour les chômeurs. Les positifs verront tous leurs achats
contrôlés. Une inspiration pour tous les pays libéraux à la
chasse aux assistés forcément drogués ou alcooliques.
Dans les Pays de
la Loire, le Conservatoire botanique nous fait flipper avec son étude qui révèle que 20 % des plantes indigènes ont disparu ou
sont menacées à court terme. Les principales raisons sont les
barrières chimiques, l’urbanisation folle, les infrastructures qui
bloquent des espèces qui ne peuvent plus migrer. La monoculture
intensive homogénéise la nature. Chimie, agriculture de masse, etc.
Le néolibéralisme
règne encore bel et bien. Son idéologie domine toutes les élites à
travers le globe malgré son échec dans tous les domaines depuis des
décennies. Le combat de fond continue.

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