Signes des temps - épisode 1




M. Emmanuel Macron a été élu à 66,10 %. Impressionnant pourcentage. Soyons plus précis. 20 753 798 Français ont voté pour lui. 10 644 118 Français ont voté pour Mme Marine Le Pen. Ce second tour, plus de 4 000 000 de personnes ont voté blanc tandis que plus de 12 000 000 ne sont pas allés voter. Les chiffres purement quantitatifs posés à plat remettent un certain relief quant à la légitimité de notre nouveau président, pas loin d’avoir été battu par les voteurs blancs et les abstentionnistes cumulés. Je fais partie d’eux.

Pendant les deux semaines entre les deux tours, les médias, comme en 2002, ont imposé partout une dictature intellectuelle, un totalitarisme de pensée qui accablaient, montraient du doigt, accusaient et stigmatisaient ce qu’ils ont, cette fois, surnommé les « ni-ni ». Ils admettent que ces deux semaines n’avaient plus à être démocratiques comme le montre ce retour sur 2002 par le MondeDiplomatique dans Manière de Voir n°80 d'avril - mai 2005 ("Quinze jours d'information totalitaire"). Et pourtant, je ne pouvais, comme beaucoup, voter ni pour l’un ni pour l’autre. L’un engendrant l’autre, l’un nourrissant l’autre. Et je n’ai pas besoin de définir qui est un et qui est autre…

Car Emmanuel Macron est un soldat médaillé du libre-échange économique, du libéralisme capitaliste sauvage. Il va défendre le CETA, le traité de cette doctrine entre le Canada et l’Union européenne qu’il tâchera de maquiller, de lubrifier pour mieux le faire appliquer. Avant de bosser sur le retour du TAFTA, même produit cauchemardesque avec les Etats-Unis. Comment maquillera-t-il le pétrole canadien qui inondera le marché européen, cet or noir issu des sables bitumineux dont l’exploitation massacre l’environnement en laissant derrière un paysage lunaire désolé ? Ces sables sont l’énergie fossile la plus nocive pour la nature.

Monsieur le président est aussi va-t-en guerre que son prédécesseur. La paix et l’équilibre de ce monde ne sont plus vendeurs apparemment lorsque l’on choisit un des principaux leaders de la planète. Renforcer la défense, y comprendre montée de la course aux armements, d’opérations hasardeuses dans des régions du monde qui nous font passer pour des gendarmes du monde autoproclamés. Croire en l’OTAN, vieille organisation datant de la guerre froide, garde-à-vous devant le chef USA qui court-circuite l’ONU.

On peut y voir un bienfait. Les traîtres aux idéaux de gauche pour le confort centriste sont révélés une bonne fois. Il ne faudra pas oublier. La trahison exemplaire de Manuel Valls évidemment. Ou Jean-Marc Ayrault qui invite les candidats socialistes aux législatives « à rejoindre la majorité présidentielle ». Ou le maire de Saint-Nazaire David Samzun fier d’avoir voté aux deux tours pour le tiédasse Macron. Même François Hollande a avoué avoir voté pour son ancien ministre de l’économie dès le premier tour.

Non, le tiédasse n’est définitivement pas de gauche. Il est sourd à la condition sociale des travailleurs. Déjà entre les deux tours, il avait renvoyé le dialogue social au tapis en mettant à jour sa haute opinion de lui-même. « Ce n’est pas la CGT qui est au deuxième tour de la présidentielle, ce n’est pas la CGT qui va présider le pays ! » a-t-il prévenu les militants face à lui. Ca rappelle bien M. Nicolas sarkozy dans le choix des mots et la méthode qui nous attend. Le patron du MEDEF est lui aux anges. Il parle du nouveau président à l’AFP : « On a quelqu’un qui comprend les mutations du monde, un programme pro-européen, pro-économique, pro-entreprises. » avec un sourire plein de dents carnassières.

Ravis aussi les plus grandes fortunes de France. Macron programme la suppression de l’ISF. Et à l’image de ce futur proche, LVMH, le groupe de luxe de Bernard Arnault, vient de prendre la première place du CAC 40 avec 117 milliards de capitalisation boursière et relègue Total à la deuxième place. Bernard n’a pas de soucis à se faire pour son argent puisque en plus le macronisme prévoit aussi dans son programme « le droit à l’erreur », intitulé poétique qui cache tout simplement le droit à la fraude… fiscale et autre aux droits du travail, par exemple.
Le code du travail est également dans le collimateur et le nouveau Premier ministre n’a de cesse de dire dans la presse la vitesse utilisée pour le trucider. Dès cet été, période plus à l’abri des mouvements sociaux, et ce par ordonnance. Un truc prévu par l’article 38 de la Constitution qui permet au gouvernement de faire des lois à la place de l’Assemblée nationale pour un temps limité. Démocratie trucidée par là même.

Emmanuel Macron n’a pas peur des contradictions. Et les plus immédiates. Prenez ce qu’il nous promet dans son discours d’investiture le 14 mai 2017 : « (…) je veillerai à ce que notre pays connaisse un regain de vitalité démocratique. Les citoyens auront voix au chapitre. Ils seront écoutés. » Pour cet été, pas sûr de ce regain. Et la voix au chapitre sera surtout celle des plus riches. Plus loin il assure que « le travail sera libéré ». Sans doute des droits et conquis sociaux pour le plaisir sauvage des patrons et actionnaires. Il appelle « la responsabilité de toutes les élites – politiques, économiques, sociales, religieuses – de tous les corps constitués de la Nation française ». Au moins, c’est clair. La France de l’élite est bien celle de Macron, à l’image d’ailleurs de son cabinet constitué en grande majorité d’énarques.

Bienvenue dans la France de M. Emmanuel Macron. Bienvenue dans la France de l’élite. Les autres, ils n’étaient pas au deuxième tour, ce n’est pas eux qui gouverneront la France, si l’on en croit le discours à peine caché de notre nouveau président.

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