La mort de Prince ou le triomphe de la médiocrité
Il
me faudra sans doute encore pas mal de temps pour admettre qu’il
n’est plus là. Et heureusement il fut prolifique. Il y en a à
écouter et réécouter pour apprécier des morceaux audacieux,
déroutants, complexes, progressifs. Bref en un mot, créatifs.
Prince nous a donc quitté. Comme ça, maintenant, dans ces temps,
dans ces signes des temps pour reprendre un de ses tubes. Et quelque
part, sa disparition en dit long, symboliquement, sur cette époque.
Le triomphe de la médiocrité. Celle de la culture, de la création.
Voilà qui étend la théorie de Alain Deneault dans son excellent
bouquin « La Médiocratie » au domaine de la musique, du
cinéma, de la littérature, des arts. On vit une époque de
médiocre. Pas nul, juste médiocre, tout juste moyen.
Oui,
je sais, en voilà un discours de vieux con, de réac. Peut être.
Pourtant, les ondes et la toile nous délivrent les preuves d’une
régression générale, d’un temps rétrécit, optimisé où
l’écoute, le regard, l’analyse sont réduits à leur portion la
plus ridicule. Et l’on peut ainsi faire un dessin général qui
rejoint tous les domaines des activités humaines pour faire
apparaître une descente, un bond en arrière global. Et finalement
on peut y lire une conséquence de ce même bond qu’a pu analyser
longuement et finement Serge Halimi dans son bouquin du même nom
(« Le grand Bond en arrière »), le recul de la politique
progressiste, celle du progrès social, celle de la vraie gauche qui,
depuis les années 1980, s’est fait défoncer la gueule. Ainsi,
marche arrière pour le progrès social de tous, donc marche arrière
dans la qualité des œuvres culturelles.
Je
suis retombé sur une interview de Castoriadis datant des années
1990 chez Mermet sur France Inter qui annonçait déjà cette
régression dont le nœud névralgique était politique. C’est
troublant.
« Il
y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la
politique, le devenir nul de la politique, et cette insignifiance
dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans
la littérature. C’est cela l’esprit du temps. Tout conspire à
étendre l’insignifiance. »
Une oeuvre limitée aux années 1980, sérieux ?!
Dans
les heures et les jours qui ont suivi l’annonce de la mort du Kid
de Minneapolis, comme nous le faisons pratiquement tous, j’ai
regardé, écouté, lu les médias, des chaînes de télé d’infos
en direct aux émissions spéciales en passant par les pages papier
et Internet. Et tout m’est apparu très clairement. Je sentais déjà
cette époque pas terrible mais là, c’était une évidence. Les
spécialistes et journalistes couvraient l’événement. Et que ce
soit à court ou à long terme, dans l’urgence ou dans la
préparation consciencieuse, c’était merdique.
L’oeuvre
de Prince était limitée aux années 1980. Plutôt bon joueur, je
les excusais dans les premières heures mais comprenais de moins en
moins dans les jours qui suivaient. Dans les papiers et les émissions
spéciales, les numéros hors série et les reportages, ces
« spécialistes et journalistes » avaient-ils vraiment
bossé ? C’était de la caricature, de la simplification
insultante, du manque de rigueur et d’honnêteté, un boulot de
sagouin. A l’image de ce sont devenus les journalistes peut-on
dire, c’est vrai. « Les bons soldats de l’information »,
soumis et à l’objectivité obéissante, avaient aussi triomphé
dans la critique foutage de gueule, l’opinion passe-partout et
l’analyse portes ouvertes enfoncées.
Que
n’ai-je entendu comme connerie ? Un café du commerce
globalisé. Bon, je ne suis pas étonné par les discours niais et
faussement connaisseurs sur les plateaux de BFM TV, Itélé ou LCI. A
quelques rares exceptions, les réactions de ces personnes se
basaient sur des clichés, des rumeurs, des évidences et la page
Wiki. L’oeuvre princière se limitait à « Purple rain »,
« Kiss » et « When doves cry ». Et ils
croyaient briller en ramenant la comparaison/compétition avec
Michael Jackson. Et puis… Ben voilà en fait. Pas grave, j’allais
attendre les bons papiers de journaleux ayant plus creusé et les
réactions plus posées de critiques que je respectais jusque là.
Mes attentes seraient toutes bien déçues. Quelques exemples. Les
pages spéciales de Libé, dont les pages culture habituellement sont
correctes par rapport au reste, étaient à chier. Des photos en
veux-tu, des pauvres articles sur la garde-robe et sa relation avec
Jackson, les polémiques évidemment bien épicées sur l’image
première impression. Si peu sur la musique. Dans Télérama, une
honte. D’après le journaliste critique Antoine Rigoulet, pauvre
type, Prince avait sorti des disques jusqu’à « Sign O’The
Times » puis plus rien, disparu le nain pourpre. D’après ce
fin observateur de la scène musicale, il y a toute une étagère
dans ma CDthèque qui n’existe pas… WTF. Dans l’émission
spéciale Prince « La Dispute » sur France Culture,
autour de la table les critiques déblatèrent les mêmes conneries,
à peu de choses près. Avec quand même la palme du spécialiste
musique à Hugo Cassaveti qui, pendant cette émission, compare les
concerts de Prince à « un groupe de baluche » !
Qu’il dise ça à n’importe quel musicien, il risque de s’en
prendre une. Je pourrais continuer en évoquant les reportages et
autres diffusions sélections de morceaux qui, immanquablement, ne
dépasse pas les années 1980. Prince serait mort depuis bien plus
longtemps selon ces mélomanes en fait. Je m’arrête là, nul
besoin d’en rajouter.
Des
spécialistes musique ? Sérieux ? Les gars, les filles, il
faut que vous rattrapiez le temps perdu à écouter votre musique de
daube, vos « petits groupes garage sensation » et « la
dernière bombe sans concession mélange des genres de sa
génération ». On ne l’écoutera même plus dans six mois
votre machin, oublié au fond d’un disque dur de mille gigaoctets,
de la zik produit Kleenex insipide qui encombre l’espace sonore
avant de disparaître à jamais. Dans le flux ininterrompu de vos
découvertes jetables du mois, vous seriez passés à côté des
disques réellement sensationnels et des tracks prodigieux de Prince
depuis la fin des années 1980 ? Faut avoir accumulé beaucoup
de caca dans les oreilles alors…
Indispensable piqûre de rappel
Reprenons
chronologiquement en ne citant que quelques sons qu’il va vous
falloir (re)découvrir au plus vite. Après « Sign O’The
Times », vous êtes passés à côté de :
-
« Alphabet Street », bombe funky au riff guitare
imparable et à la densité musicale incomparable.
-
« Batman », le disque que tout le milieu underground
s’arrache grâce à la maîtrise novatrice de la boucle et du
sample.
-
Les tubes « Cream », « Gett Off » ou « Money
don’t matter tonight » en 1990.
-
« Sexy Mother Fucker » le jazzy rap élégant et
excellentissime et profitez-en pour réécouter attentivement l’album
« Love Symbol » qui regorge de morceaux incroyables
(« Chains of Gold », « And God created Woman »,…
)
-
« Come » de l’album éponyme, longue chanson
progressive qui tente de mettre en musique romantiquement le sexe et
essayez de ne pas danser sur « Race ».
-
« The most beautiful girl in the world » ballade pourpre
sur l’album « Gold Experience » avec les groovy « Now »
et « Billy Jack Bitch ».
-
« Crystal Ball » et tous ses trésors (écoutez « Days
of Wild » ou le rustique funk de plus de 10 minutes « Cloreen
Bacon Skin » et dites m’en des nouvelles) ainsi que le
dernier disque semi acoustique « The Truth ».
-
L’intégralité du disque « The Vault » tellement soul
et jazz, magnifique.
-
« The greatest romance » R&B à la mélodie géniale
et orientalisante.
-
Tout le disque « Rainbow Children » tellement créatif et
funky.
-
« One Nite Alone » seul disque live officiel et le bonus
aftershow démentiel !
-
« N.E.W.S. » disque musical expérimental jazz progressif
bluffant.
- Le
tube monstrueux « Musicology », comment passer à côté
de ça franchement ?
-
« Guitar » élémentairement rock et « Chelsea
Rodgers » élémentairement funk.
-
« Ol Skool Company » hymne hommage à la black music.
Il
faut que je stoppe mais j’en oublie tellement. Tellement de faces B
incroyables, de maxi 45 tours tueries, de pirates déboussolants…
C’est à se demander si vous écoutez les disques. Si l’on écoute
encore les disques convenablement. Dans cette génération disque dur
et musique dématérialisée, c’est le royaume de l’écoute
« FNAC », j’aime ou j’aime pas en quelques mesures.
Horreur. Prenez le dernier disque de Prince, « Hit’n Run
Phase Two » une merveille. De l’engagement et du sens dans le
morceau « Baltimore » qui dit cette phrase fabuleuse et
tellement vraie « La paix n’est pas juste l’absence de
guerre ». En effet, c’est bien plus que ça, la paix. Le slap
de basse de « Stare », le fonky et positif
« Xtraloveable » ou encore le progressif « Groovy
Potential », le complexe « Black Muse » ou le béton
armé « 2 Y 2 D », etc.
Prince
a peut être bien fait de partir tellement il ne colle pas à cette
époque. Sa musique n’est pas facile, elle nécessite plusieurs
écoutes, elle a plusieurs couches et plusieurs lectures, elle est
dense.
Souvent
il y a une chanson irrésistible dans le skeud qui vous fait écouter
tout l’album puis on saisit tout le reste et on peut plus s’en
passer. La musique princière ne remporte pas immédiatement
l’adhésion immédiate de l’esprit, du coeur. Ouais, elle se
mérite, il y a plusieurs paliers, plusieurs portes. En gros, Prince
avait du génie. Touche-à-tout et risque-tout. De ceux qui proposent
et créent réellement des choses qu’on avait pas encore entendues.
Ce n’était pas un produit avec étiquette, il ne faisait pas ce
que l’on voulait qu’il fasse, il ne composait pas de la musique
confortable sur mesure. Et sans doute que cette période médiocre ne
convient pas au génie créatif, au frondeur, au fou savant de l’art.
Le
temps de la musique confortable, identifiable aux premières
secondes. Après avoir vécu les 80’s et les 90’s où tellement
de mouvements sont nés, du rap à l’électro, de la new wave au
grunge, de la house au trip hop, comment supporter les années 2000
et son recyclage, son son vintage et ses mouvements ultra éphémères ?
Les mélodies qu’on en retient sont peu inventives et courtes comme
un spot publicitaire. Marketée, prémachée, prédigérée. Pendant
les fêtes, la musique est diffusée depuis un grand disque dur
universel (Deezer, Spotify,…) et l’on écoute plus jusqu’au
bout, insulte à l’oeuvre, on zappe, on coupe, on passe du coq à
l’âne. Consommation de masse des produits culturels en batterie.
Copié-collé à l’infini de recettes à succès de plus en plus
anorexiques.
Les signes du temps de la médiocrité
On
se contente du bof et c’est déjà pas mal. Médiocre. On refait la
musique des maîtres en les invoquant et c’est juste moyen. On a
les nouveaux Clash, les nouveaux Ramones, le nouveau T-Rex, le
nouveau Marvin, le nouveau Bob, etc. Dans cette grande régression,
les génies peuvent-ils encore se faire entendre. Non sans doute.
Dans la grande fadeur généralisée, ceux qui ont du goût prononcé,
affirmé ne peuvent que dénoter. Pas de risque, pas d’audace. Dans
la gigantesque nébuleuse de musique, il faut savoir ce que tu veux
écouter. Comment alors se faire surprendre et se prendre de
véritables claques ? Comment, avant de l’entendre et de
l’écouter attentivement, aurais-je pu savoir que Prince ferait
exactement la musique que j’adore, celle qui dérange tout, tes
goûts que tu croyais affirmés et sûrs, celle que tu ne peux
qualifier d’un mot, d’un genre ? C’était l’époque où
le disque valait quelque chose, de la première piste à la dernière,
il était un objet en main, des images à scotcher, etc.
David
Guetta a tué la R&B avec sa Dance house de pacotille en
souillant Rihanna et Balck Eyed Peas. Lady Gaga nous fait du Madonna
réchauffé. Pitbull est considéré comme un artiste (?) alors que
c’est un arnaqueur pimp. Bruno Mars est maître recycleur de Police
à Jackson et Prince. Arcade Fire a bien écouté Bowie. Et Archive a
bien écouté Pink Floyd. Adele chante de jolies chansons avec une
jolie voix sans risque. Pharrel et Robin Thicke se font taper sur les
doigts parce que le recyclage était trop voyant quand même. Justin
Bieber devrait laisser la musique tranquille. Justin Timberlake est
un interprète génial mais il commence à vraiment manquer la
création de bonnes mélodies. Sia a des idées mais elle paraît
bien seule et ne peut bosser pour tout le monde. C’est maigre,
vaches maigres. Distrayant sans plus. Manque le plus, l’inattendu.
Au
cinéma, même topo. A Hollywood, il n’y a plus que des mômes qui
jouent avec des jouets grâce à des millions de dollars avec un
sérieux et une gravité déplacés. Michael Bay joue avec ses robots
qui se transforment, Marvel prête ses figurines de super-héros à
qui mise gros. J.J. Abrams joue avec celles de Star Wars. Et Disney
chapeaute la garderie. Règne du divertissement pour adulescent et du
consensus. Loin le cinéma divertissant qui disait des choses,
révélait et dénonçait. Voir les pages de ce blog sur le cinéma
de Zemeckis ou Spielberg de la grande époque. Aujourd’hui ces
génies sont détruits par la critique qui n’a pas les moyens de
les comprendre tellement elle est conditionnée à la médiocrité.
Cette critique très suivie qui célèbre des « films
d’auteur » plus que passables comme des chefs d’oeuvre. De
« Tumbuktu » à « Mustang », de « Party
Girl » à « la Journée de la Jupe » et « bande
de filles », et j’en oublie, non seulement ce sont des films
au message bien pensant transmis par de grosses ficelles
scénaristiques et formelles mais souvent avec un fond qui pue un peu
le mépris social ou le racisme latent. Film peu dérangeant, film
dossier et démonstration d’une vision de plus en plus étriquée
sur un monde, des mondes mal compris. Des films faits par une classe
qui regarde de loin une autre classe selon ce qu’il est bien de
penser politiquement. Du politiquement nul. Les quelques-uns
continuant à faire un cinéma faste et créatif, audacieux et
splendide (Nolan, Cuaron, Inarittu, Fincher, etc.) oublient trop
souvent l’humour et la distance, la fantaisie et la légèreté.
Les rares touchant le juste équilibre par moment (Lurhmann, Del
Toro, Ang Lee, etc.) dans leur cinéma, seront éreintés par la
critique et boudés par un public qui n’est plus ouvert à la
proposition, accoutumé à un cinoche uniformisé… Logique de
consommation. J’ai payé pour voir ce que je veux voir et le client
est roi. Se plier au goût du public plutôt que l’amener vers un
inconnu, un autre angle, une autre réflexion. Tiens, ça rappelle
aussi la grande régression des médias, eux aussi, piégés dans ce
même travers, donner à l’audience ce qu’il veut plutôt que
tenter de l’élever, l’attirer par ses bas instincts plutôt que
l’informer, le cultiver, lui faire comprendre ou découvrir.
Syndrome
école de cinéma formatage. Syndrome message à deux balles.
Syndrome vision du monde caricaturale et clichetonneuse. Tout y est
dans le cinéma de Xavier Dolan. Le jeune prodige du septième art,
nous dit-on. Il collectionne les récompenses, les prix, habitué du
festival de Cannes. Voilà le parfait exemple de la médiocrité
cinématographique actuelle. C’est prétentieux, plein d’effets
arts & essais qui puent le renfermé, la naphtaline. Ils
s’extasient devant ces techniques tape-à-l’oeil, ces filtres,
ces changements de format (ouah ! De l’écran carré au
cinémascope pile au milieu du film), ces ralentis avec musique
tellement inattendue que finalement on s’y attend. Oui, Dolan a
bien révisé les classiques, il a trouvé la méthode pour épater
ce monde-là en particulier. Plus c’est gros, plus ça marche on
dirait. Tout ça au service d’histoires bien foireuses. Dans les
campagnes, ils sont bourrins et homophobes. Dans les classes moyennes
précaires, ils sont dépressifs, délinquants et adorent la musique
de merde pop FM. Mais on regarde cette population avec condescendance
et paternalisme dans les festivals, ce cinéma fait visiter le pauvre
et son univers comme on va au zoo. C’est ça la force du cinéma
nous disent les beaux discours. Dolan enrobe tout ça d’une lecture
psychiatrique bien lourdingue et ça plaît à ces bonnes gens. Pas
d’hésitation sur l’homosexualité refoulée, le masochisme
refoulé, l’oedipe refoulé, etc. Le cinéma intello dans ce qu’il
a de pire et considéré comme le meilleur de ces derniers temps,
c’est vous dire si ça va mal.
Littérature ?
Même topo. Les plus gros vendeurs révèlent la grande indigence.
Pauvreté politique avec les essais de Zemmour et Soral, du
nationalisme bas du front jusqu’au complotisme parano, analyse
plate et trompeuse. Pauvreté culturelle avec des bouquins écrits
sur smartphone, littérature tabloïd et érotisme de pacotille
(Next, 50 nuances…). Livres reality, livres poubelles. Le grand
déballage, le grand déversoir de l’intime, cash pour le cash. On
fait ce qui va vendre, on sort « ce que le public veut ».
La grande littérature va pas bien non plus. Forme proche du foutage
de gueule, copie de page Wikipédia, plagiat des illustres
prédécesseurs, style squelettique, littérature non-littéraire.
Quant au fond ? Le fond n’est vraiment plus rouge mais bien
brun voire ouvertement noir. Et ça passe. La merde « Soumission »
qui fantasme la grande peur de l’invasion musulmane, menace le
Parisien au-delà du périphérique et dans la grande jungle qu’est
la province. Islamophobiquement bourgeois Houellebecq, ça parle aux
gens de sa classe et accessoirement aux Français arrivistes en repli
et désirant protéger le pain au chocolat de leurs enfants. Et dans
la grande littérature hexagonale, on peut aller jusqu’à faire la
gloire d’un terroriste d’extrême droite responsable d’une
tuerie de sang froid de dizaine de mômes. Ca passe, il est blanc et
chrétien. Il faut le voir pour y croire à un bouquin comme ça.
« Eloge littéraire d’Anders Breivik » par Richard
Millet, écrivain et éditeur chez Gallimard. Les bons bouquins à
l’écriture créative (Jaume Cabré, Oates, Pennac, etc.), les
meilleurs essais percutants (Ruffin, Chomsky, Cusset, etc.) sont le
plus souvent relégués dans des niches et peu appréciés par les
journalistes main stream.
On
est peut-être dans l’aboutissement de ce que disait Guy Debord :
« Le monde de la consommation est en réalité celui de la mise
en scène de tous pour tous ». Après tout, les années 2000
ont débuté en France avec l’arrivée de la télé réalité, télé
poubelle, trash TV. Avec les lofters naissait la possibilité d’être
célèbre pour être célèbre sans talent. C’est peut-être ça,
la disparition du talent. Des gens sans talent qui font l’art et la
culture. Reste quelques bons artisans mais les génies créateurs,
les pionniers n’ont plus leur place. Logique de la thune et logique
de satisfaction de la demande qui saurait déjà ce qu’elle veut.
Les années 2000 commençaient aussi avec Amélie Poulain, la logique
du rétroviseur, du vintage cool, du recyclage, de la fausse patine.
Le réchauffé bien maquillé, le rétro neuf et prémonté.
Bon
OK, c’est une vision noire et bien tranchée. Mais je me demande
souvent si certains disques classiques indispensables, vous savez,
ceux qu’on connaît par coeur, de la première à la dernière
piste, auraient été remarqués si ils étaient sortis aujourd’hui.
Ces disques avec des morceaux interminables, avec des chansons
complexes, avec un son novateur, avec un concept fort. Ils seraient
restés dans la discothèque d’une poignée de vrais connaisseurs.
Alors qu’à l’époque, ils sont devenus cultes. Ecoutions-nous
mieux ? L’esprit plus ouvert ? L’esprit plus collectif
pour une meilleure sélection ? Plus axé sur la qualité et la
création et moins sur la quantité de milliers de gigas et la toute
première impression ? Plus posé, plus dialogué, plus de
temps ? On kiffait plus sur un disque entier, un artiste et son
œuvre dans toutes ses étapes. Aujourd’hui, on s’emballe sur un
track et on fait des battles de tueries juste le temps de quelques
mesures. L’instantané, la brièveté et l’éphémère sont rois.
Course à la nouveauté, zapping et mode tendance à grande vitesse
détruisent la création, le génie, le talent.
R.I.P.
Prince Roger Nelson.




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