Le persistant mythe USA


Il n'y a rien à faire. Le mythe persiste. Malgré les révélations des pires travers d'une nation, cela n'entache pas la bannière étoilée, son prestige, le mensonge de l'image d'un Etat-nation au-dessus des autres.

Tenez, suite aux dernières élections où le parti démocrate du président en fonction s'est pris une raclée et la perte de toute majorité jusqu'à la fin de son mandat, ils étaient nombreux les éditorialistes en France à analyser ces résultats paradoxaux. Ils persistent à faire de l'acharnement thérapeutique sur le symbole comateux Obama et s'effarent de la défaite cuisante du président qui aurait fait le job dans le redressement économique du pays. D'après ces journalistes, armés de leurs trois-quatre chiffres chocs, « America is back » grâce au combat de Barack face à la crise mondiale…

Et pourtant, quel est le véritable état du pays ? Le 17 novembre 2014, une étude paraît à Washington et c'est effrayant. Près de 2,5 millions d'enfants aux Etats-Unis, soit un sur 30, ont connu l'année 2013 une période sans domicile fixe. Le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ? 45,3 millions soit un taux de pauvreté à 14,5 %. Il s'agit de record historique. Il n'y a pas assez de logements à bas prix. L'envers du décor fait froid dans le dos. Et c'est systématiquement tout le temps le cas avec les USA…

Pays garant de la démocratie et de la liberté d'expression ? Il faut se rappeler des guerres de Reagan dans les années 1980 contre les pouvoirs de gauche démocratiquement élus au Nicaragua ou au Salvador. Ou plus près la guerre « juste » à coups de bombes faussement chirurgicales au Kosovo tuant collatéralement femmes et enfants par le gouvernement Clinton-Gore. Les mêmes qui diront lutter contre la tyrannie Hussein en Irak en imposant un blocus du pays vont condamner sur des années des milliers de civils, surtout les enfants et les vieillards à crever faute de médocs.

Ce même pays qui fabrique sa chair à canon en promettant, aux immigrés illégaux rêvant de la nationalité carte verte, la concrétisation de leur fantasme en échange d'un engagement dans l'armée US en Irak ou en Afghanistan. Si tu survis, tu pourras (peut-être) rester, c'est vrai quoi, la rentabilité d'un estropié c'est pas top… Classe américaine, vraiment. Car depuis leur « guerre totale contre le terrorisme », on ne les compte plus les bavures et les « dommages collatéraux indépendants de notre volonté ». Août 2002, Newsweek nous révèle déjà la mort d'un millier de talibans par asphyxie dans le conteneur trop bien scellé qui les transportait, prisonniers des Etats-Unis. En 2006, le 30 octobre, ils nous refont Apocalypse Now au petit matin avec des hélicoptères qui attaquent à coups de roquettes une madrasa, une école coranique, et tuent 80 élèves. Au beau mois de mai en 2009, l'armée ricaine bombarde le village de Bala-Baluk pour un score de 143 victimes essentiellement civiles…

Il faut dire que l'un des grands hommes de ce mythe américain mytho, c'est bien le président qui permit l'invasion de l'Irak sur le fondement de mensonges, George W. Bush. A qui l'on doit l'autorisation à peine maquillée au recours à la torture. Toutes les dérives tortionnaires sont possibles alors dans les prisons de Guantanamo ou Abou-Graïb avec photos souvenirs pour les fiers soldats de la basse besogne. Même punition pour les terroristes avérés que pour les suspectés, pour les étrangers que les citoyens américains coupables d'alerter l'opinion des dérives d'une démocratie imitant une dictature. Ainsi Bradley Manning, analyste militaire qui révéla des dossiers classifiés de l'armée faisant connaître les exactions dans les prisons, dans les attaques de drones, etc. sera traité comme n'importe quel prisonnier d'une dictature nord-coréenne. Dans une cage de 4m2 sur la base américaine au Koweït où il est capturé, jeté dans un cachot aux USA de moins de 4m2 (rappelons que les droits de l'homme exigent au moins 8m2), torturé psychologiquement et physiquement, enchaîné, sous surveillance vidéo 24/24, réveillé systématiquement toutes les demi-heures dans un environnement sans fenêtre à la lumière continue, etc. Pas de quoi mythifier, loin de là.

Alors que reste-t-il ? Etats-Unis, première puissance économique du monde ? Certes, colosse aux pieds d'argile, plus que jamais. Lent déclin, lent effondrement. Exagération ? Dans tout le vaste pays, des ingénieurs et même l'ancien ministre des transports mettent en garde face aux innombrables ponts, tunnels qui ne garantissent plus la sécurité des citoyens qui les empruntent. Les catastrophes sont annoncées suite aux manques d'entretien ou de renouvellement. Les autoroutes et les aéroports sont au maximum de leurs capacités et toujours pas de réseau de TGV dans ce pays number one… N'est-ce pas le retour de bâton de tant de privatisations de secteur nécessitant le sens de la responsabilité et non de la rentabilité immédiate. Sur ces terres, Internet haut débit est le plus lent du monde développé. Les médecins, les médicaments et les hôpitaux sont parmi les plus chers du monde. Marque de progrès, de civilisation avancée ? L'espérance de vie et la mortalité infantile sont en-dessous des moyennes des pays riches. Deux tiers des habitants sont en surpoids malgré la religion du jogging et des salles de sport, et la moitié des Américains sont carrément obèses.




Un des signes les plus frappants du déclin de l'empire US, c'est sa forte tendance à s'entretuer et à massacrer même ses enfants. Plus de 300 millions d'armes à feu aux Etats-Unis, presque une par habitant ! Du coup, 31 000 personnes en meurent chaque année. Et les fusillades dans les écoles sont devenues si courantes que les médias ne les traient même plus en gros titre. Tu penses, depuis le massacre dans une école primaire à Newton en décembre 2012 où 20 enfants ont été assassinés, il y a eu près de 100 fusillades de plus. Ajoutons à cela les bavures policières qui s'enchaînent dernièrement qui voient des Afro-américains descendus alors que désarmés, fruits des préjugés les plus racistes de cette société leader du monde libre… Des procès ultramédiatisés s'en suivent avec des verdicts incroyables innocentant des actes violents et injustifiés parfois filmés. Un pays balafré d'une fracture raciale ancienne mais toujours si vive. Le mythe du melting pot d'une société, lui aussi, mensonge fondamental des USA.

Alors le mythe persiste mais nous avons de moins en moins besoin de gratter pour découvrir le véritable état des lieux des Etats-Unis en déclin, voire de l'Occident proche de l'effondrement, bref pour y voir clair et trouver d'où viendront de nouvelles idées, de nouveaux modèles, de véritables mythes…

(Merci à l'article de Donald Morrison d'où est issue une partie des infos citées)

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