Journal de bord 010914
Dur de suivre le monde et ses idées. Dernièrement le New York Times se bat pour que l'Europe stoppe sa politique d'austérité « prescrite par Angela Merkel ». Etonnant de la part d'un journal pourtant partisan pendant des années du libéralisme le plus pur et le plus sauvage. On parlait même du consensus de Washington. Du coup les Américains, après avoir imposé à tous les pays du monde par le biais des grandes institutions internationales (organisation mondiale du commerce, Banque mondiale, Fonds monétaire internationale, etc.) des politiques libérales destructrices du secteur public, des subventions, des aides, à présent retournent leur veste et donnent la leçon inverse à l'Union européenne. Faut suivre…
Montebourg se fait virer alors qu'il n'a fait que rappeler les promesses de l'ancien candidat à la présidentielle François Hollande, à savoir politique de relance plutôt que politique austeritaire. Comme si Pinocchio au lieu d'admettre ses mensonges, écrabouillait de son pied de bois sa conscience Jiminy le criquet.
Comme au 19ème siècle, nous connaissons un capitalisme décomplexé qu fait exploser les inégalités et du coup, comme au 19ème, c'est une époque où les fortunés soignent leur conscience avec beaucoup de charité, ce pansement stérile sur la jambe de bois d'un système foncièrement injuste. Mais aujourd'hui, la charité innove dans la connerie de son acte d'apparence, dynamitant au passage le service public de santé, avec le Ice bucket challenge. Les privilégiés de la planète qui se mettent en spectacle en se renversant un seau d'eau glacée pour la bonne cause. Analysez deux secondes et appréciez le ridicule et le foutage de gueule.
Le monde ne connaît sans doute pas assez Irom Sharmali Chanu, cette Indienne de l'ethnie minoritaire des Meiteis qui depuis 2000 fait une grève de la faim, mission noble contre les pouvoirs démesurés de l’État policier. Oui, 14 ans de grève de la faim et le pouvoir a fait encore mieux que Thatcher qui avait laissé crever Bobby Sands puisqu'il a emprisonné Irom Sharmali et la nourrit de force par le nez – cf. photo. Elle est adepte du Satyâgraha, la doctrine de Gandhi, principe de non violence par la désobéissance civile. Connaissons-la…
La force de la représentation graphique synthétique, appréciez le travail de Samuel Granados qu'on retrouve souvent dans le Courrier International.
Qu'est ce que la MANA ? Aujourd'hui, une herbe magique d'énergie vitale dans les jeux vidéo tel que WOW (World of Warcraft) ou Diablo. Mais pas que. Un article américain passionnant enquête sur les origines de la/le mana (The Appendix traduit dans le Courrier International). La légende de la mana vient des âges anciens de l'Asie du Sud-Est, des îles de l'Océanie, du temps des Austronésiens. Soit il y a 5 500 ans. Mana, c'était la puissance invisible d'après ce que l'on en sait à ce jour. Légende des navigateurs depuis des lustres. Au 19ème siècle, Robert Codrington étudie la Mélanésie et ses peuples. Il y découvre le concept MANA. C'est la force surnaturelle, l'énergie omniprésente, panthéiste, que certains élus peuvent s'approprier. Evidemment, on pense à nombre d'histoire SF ou Fantasy. La force des Jedi. Dans les jeux video, les points MANA apparaissent en 1987 dans le premier Final Fantasy.
A l'université d'été 2014 du Medef, les chefs d'entreprise acclament le premier ministre « socialiste » Manuel Valls après que celui-ci leur ait déclaré son amour de l'entreprise. Rien à ajouter. Tout est dit.
Guillaume Dubois, n°2 de BFM TV déclare à Libé : « Nos priorités ? Aider les acteurs économiques, encourager les entrepreneurs. » Toute l'objectivité journalistique enfin dévoilée par ceux qui s'en pare. Rien à ajouter. Tout est dit.
Depuis un an, Edward Snowden a apporté une pile de docs sur le programme HACIENDA, nouveau système de surveillance de masse anglo-saxon qui peut scanner intégralement tous le réseau Internet dans 27 pays. Un big brother surpuissant capable de l'intrusion générale de l'unité centrale au smartphone. Capable aussi de prendre contrôle des commandes de tous les appareils pour peut qu'il soit connecté. Une cartographie générale du réseau, de la toile afin d'entrer chez qui que ce soit et retrouver la cible désignée. Fantasme de J. Edgar Hoover. Parano de Philip K. Dick. Ben non, déjà réel. Une révélation effarante qui ne fait pas les unes des médias… Qui s'en étonne encore… ?
Ne pas confondre STOP MOTION.
Et TIME LAPSE.
En 2008, Bernard Tapie reçoit 403 millions d'euros dans un arbitrage arrangé (en tant que copain de Sarkozy). Christine Lagarde, ministre de l'économie à l'époque, est enfin mise en examen mais pour « négligence ». Sans doute doit-elle risquer deux heures de colle un samedi matin, une tape sur les doigts avec la règle carrée et recopier 100 fois « je le referais plus ». Sévère.
Dans les flots et les flots d'infos sur les djihadistes et Etat islamique qui capturent, torturent et exécutent sauvagement, vérifie-t-on correctement les informations comme il se doit ? Prenez par exemple, au Cameroun où le dictateur Paul Biya est au pouvoir depuis 31 ans. Médiapart enquête comme il se doit sur ces attaques dans le nord du pays soi-disant par les méchants idéaux Boko Haram. Et si il y avait aussi (voire surtout) une rébellion de la région la plus pauvre du Cameroun. Il est vrai que la version officielle agite beaucoup l'épouvantail islamiste couvrant tous les actes de répression du pouvoir. Manipulation à la Beowulf une fois de plus ?
Dans les Etats-Unis d'Obama, les Noirs afro-américains meurent plus que de raison et dans des bavures d'habitude à peine évoquées. Les émeutes de Ferguson (Missouri) permettent de rappeler ces bavures, ces tirs à balles réelles systématiques et réflexes. On a beaucoup parler de Michael Brown abattu le 9 août. Mais on peut citer Eric Garner étouffé par la police à la mi-juillet, John Crawford le 5 août abattu par la police, et depuis, Ezell Ford abattu également. Pour comprendre comment la société américaine en est arrivé là, rappelons ce que disait Martin Luther King en 1968 déjà. Pour lui, les 3 principaux maux de la société US, origines de toute sa violence, étaient (et restent) : le militarisme, le racisme et le capitalisme.
Martin Luther King parle sans doute du racisme dans un sens général comprenant aussi celui plus fondamental et profond basé sur des clichés et des stéréotypes issus des temps de l'esclavage et des colonies. Ce racisme est le plus dur à combattre car ceux qui le pratiquent n'ont même pas réalisé qu'il le pratiquent. L'actualité donne un exemple fort interessant, c'est « l'appropriation culturelle » à laquelle s'adonnent les superstars blanches de la pop music comme Taylor Swift ou Miley Cyrus. Elles ne comprennent pas les reproches que les minorités leur font mais elles utilisent ces stéréotypes puants dans leur clip. Des images gags de corps de blacks dansant le twerk, danse hypersexualisée ramenant à l'image bestiale des afro-américains face à des corps blancs plus élégants de danse classique et cérébrale. Des images amusantes de latinos en habits de gangs, bien sûr, mais pour le fun. Déguisées en geisha soumise mais coquine. Etc. Il y en aurait des choses à dire et à analyser dans ces clips et concerts. Mais la jeunesse préfère ne pas se prendre la tête voire même débrancher le cerveau pour le divertissement, sacré sacrifice pour le fun. Temps de relire « L'orientalisme » de Edward Said qui avait tout compris dans les années 1980 de cette tendance, de ce racisme indéboulonnable, puissant et ô combien nauséabond !




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