TV - Le final de "How I met your mother" (HIMYM)
!! ATTENTION SPOILER !!
Me voilà réconcilié avec cette série
que je suis depuis des années et qu'on est heureux de voir se
terminer avec justesse et intelligence comme ce « TV Show »
l'aura été en grande majorité au fil des ans.
C'est vrai que cette dernière saison
fut fort décevante, avec des gags moyens voire pourraves, des
scénarios inintéressants voire téléphonés comme si ce bout de
course sentait trop l'épuisement, plus rien à dire, bref la saison
de trop. Jusqu'à l'épisode 22, on atteignait le pire du cucul la
praline, du pathos à deux balles et des idées creuses. On était
pas habitués de la part de cette série à tant de médiocrité et
de manque d'inspiration...
Il faut remettre cette sitcom géniale
dans ce qu'elle est : une indispensable série format 20'
novatrice et hilarante. Tout son génie est dans son mode de
narration, narration littéralement orale puisque racontée dans le
futur par le père des enfants qui écoutent comment il a rencontré
la mère. Ce récit rétrospectif permet déjà un montage éclaté
illustrant toutes les divagations, les approximations ou les
rapprochements sans transition que l'on fait lorsque l'on raconte
l'histoire, drôle ou émouvante, triste ou joyeuse. Ca va vite, les
gags s'enchaînent avec un fond d'humour new-yorkais, jamais too much
mais flirtant avec les limites, toutes les limites, du bon goût aux
interdits, mais toujours avec justesse. Mais surtout, les images
illustrent le souvenir et ses inexactitudes, les exagérations et les
embellissements du père de certaines situations trop graveleuses ou
humiliantes, voire même censures des égarements de jeunesse du
paternel (comme les joints fumés au lycée qui deviennent des
sandwiches) qui présupposent, et ça fait du bien pour une fois, la
complicité intelligente du téléspectateur. Une narration éclatée
géniale et jubilatoire qui peut aller jusqu'au délire parfois dans
des n'importe quoi auxquels on adhère, conquis et demandeurs.
Mais voilà, dans la dernière saison,
la neuvième, on tente une nouvelle approche temporelle et d'ailleurs
pourquoi pas puisque le concept du programme le permet. Toute la
saison se déroule dans les dernières heures avant le mariage de
Barney et Robin. Heureusement, il y a encore des échappées
narratives à se tordre mais tout semble rapetisser dans un lieu trop
étroit, les personnages, les coups de théâtre, les problématiques.
On est déçu, on s'ennuie finalement. Barney est beaucoup moins
drôle maintenant qu'il n'est plus Barney, personnage à la base anti-héros
irrésistiblement drôle du côté obscur que le mariage détruisait,
le perso cynique et tous ces traits de caractère d'humour noir, vers
le consensuel castrateur (fidélité, honnêteté, et éternel amour
de prince charmant, au secours!!) d'un mariage de plus en plus
improbable. Le couple Marshall-Lily est incapable de faire naître
l'once d'un suspense tellement il est impossible que nous puissions
croire un instant qu'il éclate pour x raison. Et puis il y a
l'impossible transgression de la loi des sitcoms installés que les
scénaristes vont tenter toute la saison de transgresser tout de même
et c'est le nœud du problème qu'ils vont accepter de respecter au
final...
Ben ouais, c'est comme ça ! Dans
les sitcoms, il y a aussi quelques règles d'or que l'on ne peut pas
ignorer. Enfin, au-delà des codes proches du théâtre de boulevard,
il y en a surtout une de loi, que les scénaristes ne parviendront
sans doute jamais à dépasser. C'est la loi (Angela) Bower –
(Tony) Mitchelli ou la loi (Rachel) Green – (Ross) Geller ! Au
bout du bout, l'aboutissement de tant d'années et de saisons, c'est
le romantisme, même chahuté, même désespéré qui doit triompher.
Parce qu'après tout, personne n'est dupe, le sitcom n'est pas
réaliste pour un kopek et asticote tout du long d'une série de
« situation comique » réussie qui dure cette attente,
ces frôlements, cette inévitable évidence vers laquelle toute
cette majorité romantique incurable, cette « foule
sentimentale » indécrottable se rejoint intimement.
Conclusion de conte de fées ?
Ouais mais pas seulement. Car c'est là où je trouve la conclusion
de « HIMYM » juste, subtile et finalement très
émouvante. Il y a avant cet happy end, une fin sur plusieurs années,
plusieurs décades même, un peu comme la fin impressionnante de
« Six Feet Under » tentant de conclure dans un temps
long, dilaté l'histoire complète des personnages et sur une focale
bienvenue sur le couple Robin – Ted. Justesse dans l'éclatement
des groupes de potes qu'on croyait indestructibles et qui finalement
s'érodent, s'effritent et éclatent au fil du temps, comme un
mouvement incontrôlable, à cause de non dits ou de lassitudes.
J'aime que la série après tant de sentimentalisme neuneu auparavant
tente de toucher la mélancolie du temps qui emporte tout. Ce qui
rend la fin des retrouvailles amoureuses dont le fondement ne s'est
pas altéré encore plus belle et puissante, émouvante. Juste
jusqu'à scénaristiquement puisque l'on comprend ainsi pourquoi Ted
le papa explique à ses mômes cette histoire où la mère biologique
ne prend que peu de place face à la tante Robin, la véritable femme
de sa vie. Ses enfants, son audience, c'est nous également, et nos
sommes tous d'accord, il attend la permission, après tant de
rebondissements de la vie, après ces tournures inattendues que
prennent les choses, la permission de retourner chercher la femme de
sa vie, on en est témoin après neuf ans de narration.
La fin est ainsi élémentaire, Ted
Mosby revient interpeller Robin Scherbatsky de la rue vers sa
fenêtre, Roméo à la new-yorkaise, avec en main le cor peint en
bleu, comme une boucle enfin close, une analepse narrative
bouleversante de nos héros aux cheveux grisonnants et aux rides aux
coins des yeux. La loi d'or des sitcoms ricains est respectée. Merci
HIMYM.

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