Toi aussi, t'as reçu ton catalogue IKEA ?
Mais
ouais, forcément dans ta boîte aux lettres. Une armée de
« boîteurs » a dû être envoyée aux quatre coins du
globe pour distribuer cette somme. Ce bel ouvrage de consommation de
masse est plus diffusé que la Bible elle-même. Alors forcément...
Qui est
donc cette église IKEA qui fait feuilleter l'humanité entière au
rythme de ses collections au même moment ? Pas facile à dire
tant cette immense entreprise scandinave cultive la loi du silence et
du secret. Des choses à cacher ? Le bel édifice jaune et bleu
est basé sur un montage opaque, on sait pas vraiment qui possède
quoi.
Des
choses à cacher IKEA ? En cherchant un peu, on découvre des
scandales, il y a peu, sur la participation à la déforestation et
le travail des enfants dans les pays pauvres, que logiquement on peut
y faire ce qu'on veut tellement tout le monde s'en fout. L'image de
l'entreprise suédoise en prenait un coup, elle faisant tout pour
paraître nature et humaniste. Les communicants aux nombreux diplômes
vont blanchir et verdir le blason IKEA par des habiles parrainages
d'ONG (Organisations non gouvernementales) comme Greenpeace ou Save the
Children. Et pour conserver des prix discount, suffit de monter des
embranchements compliqués de sous-traitants. Ni vu, ni connu, on
était pas au courant des pratiques, bla, bla, bla...
Creusons,
creusons. Le fondateur proprio, c'est Ingvar Kampard. Un type qui
entretient avec force une image comm' de millardaire proche du peuple
façon chaussette trouée à la Jean-Marie Messier (si vous vous
souvenez dans un reportage dans Paris Match, je crois). De grosses
zones d'ombre sur son passé pendant la guerre avec une grande amitié
avec un leader d'extrême droite suédois. De sérieux doutes encore
aujourd'hui sur les véritables convictions du monsieur qui a le goût
du secret et du sectarisme. Je pense que le premier bouquin de
Millénium, au sein de cette famille richissime pleine de morts dans
le placard et de passé trouble, s'en inspire beaucoup mais peut-être
me trompè-je.
Peut-être
avons-nous tous rejoint sans le savoir la secte de Kampard après
tout... Nous finissons tous par connaître les noms zarbis du
mobilier IKEA. On a tous au moins monter un truc de leurs classiques
comme la bibliothèque Billy. Y'a une logique dans le délire en
fait. Les bureaux et les chaises sont des prénoms masculins
scandinaves, les meubles de jardin sont des noms des îles de Suède,
les accessoires de salle de bain sont les noms des cours d'eau et les
produits pour enfants (genre bien perché) des noms d'insectes...
Mais le message codé le plus important à retenir, c'est « Njut ! »,
à savoir « profitez ! ». C'est l'essentiel de la
marque, de toutes d'ailleurs, le profit !
Soixante-dix
ans d'existence, reine dans 41 pays, l'enseigne suédoise règne.
Grâce à des prix « imbattables » mais qui n'ont rien à
voir avec un esprit généreux et humain mais bien à l'exploitation
des ressources et des bras des pays pauvres. 30 % des produits
viennent de Chine, 48 % des pays en voie de développement.
Grâce à des sous-traitants obéissants, où les syndicats sont
interdits, des salaires de misère et des heures supp non payées...
Concluons
par l'extrait d'une autre bible, « Fight Club » :
« Comme
tant d'autres, j'étais devenu l'esclave du cocooning IKEA […] Si
je voulais une nouveauté ingénieuse comme une table basse
représentant le Yin et le Yang, il fallait que je la possède.
L'ensemble de bureau Chipske, le vélo d'appartement Hovetreikke ou
le salon Omacha avec le motif string à rayures vertes, même les
lampes prises Lampa en papier écologique sans agent blanchissant. Je
feuilletais les catalogues en me demandant quelle genre de vaisselle
me définit en tant que personne ? J'avais tout, même les bols
et les assiettes en verre avec les petites bulles et les
imperfections pour prouver que c'était l'oeuvre des artisans
simples, honnêtes et travailleurs des régions rurales de Dieu sait
où. […] Dans le temps, on lisait des revues porno, maintenant,
c'étaient les catalogues de mobilier. »


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