Latino Unchained


Latino Unchained...

Insoumission continentale

Sur le continent sud-américain, on aime pas vraiment le libéralisme, qu'il soit néo ou autre. C'est vrai qu'en tant qu'arrière cour des USA et même de laboratoire des premiers essais de capitalisme sauvage sans limite, ce continent a grave pris dans sa gueule. Le peuple reste majoritairement pauvre, les écoles et les hôpitaux survivent avec des moyens souvent plus que réduits tandis qu'une poignée de riches fait la loi en accumulant toujours plus de magot... Et pourtant les économies les plus libérales y furent installées mais, ô comme c'est étrange, la croissance et la libre entreprise ont laissé sur le bas-côté « el pueblo ». C'est dans cette haine bien compréhensible de ce libéralisme que naissent (et meurent aussi hélas) les plus grands espoirs de la gauche dans le monde, ici dans une Amérique latine qui s'émancipe, qui brise ses chaînes qui datent des colons conquistadors.
Ici, la lutte est émeute, est armée, est guerre civile, est insurrection. Car en face, la contre-révolution est vicelarde et ultra-puissante, contrôlée par la première puissance mondiale les USA. Opération Condor, disparitions des plus petits agitateurs sociaux accusés de communistes, aide massive aux dictateurs en uniforme, etc. Pas s'étonner que dans ces terres sous domination odieuse, les héros sont les résistants qui ont pris les armes, ou qui luttent par tous les moyens, du Che à Fidel...
Alors, depuis quelques années, l'Amérique du Sud est insoumise, ne se laisse plus faire. Les responsables sont virés direct par le peuple quand ils ont mis le pays en faillite comme en 2000 en Argentine. Des responsables de lois contre le peuple, virés également comme en 1997 et 2005 en Equateur. Virés les dirigeants imposant la privatisation des biens essentiels que sont l'eau et le gaz comme en Bolivie en 2003 et 2005. Ces soulèvements victorieux sont des jaillissements presque spontanés loin des partis qui sont pour la plupart mouillés dans les affaires et les trafics.
C'est un vent rouge, un brasier de révolte qui devrait inspirer le reste du monde en mal de gauche. La caste des dirigeants et des possédants le savent. Ainsi dans les médias et les discours, l'Amérique du Sud est caricaturée, histoire que ce souffle ne dépasse pas ces frontières comme un « défaut » propre aux latinos irrationnels et au sang chaud. Ecoutez les éditocrates et lesfaiseurs d'opinion de nos feuilles de choux : l'Amérique latine,c'est le populisme ! Le mot-tiroir, le mot-fourre-tout qui permet de rejeter tout ça en le confondant avec les extrêmes de deux bords, la démagogie irréaliste, le romantisme adolescent de la révolution, etc. Pratique, non ?
Le plus attaqué de cette manière, c'était Chavez, président vénézuélien, démocratiquement élu, mais toujours calqué sur Castro, certes son pote mais pas du tout au pouvoir dans les mêmes conditions. Prenons le temps de s'arrêter sur le « nouveau socialisme » de Hugo Chavez, le « bolivarisme » dans son pays mais également dans une coopération de pays, l'ALBA(alternative bolivarienne pour les Amériques), quête d'une autre vision politique face au néolibéralisme et au libre-échange pour une baisse véritable des inégalités. Qui peut être contre ce but surtout quand on voit l'état du monde. 
 
  
Amérique latine, ressources et population

Evidemment, les Ricains qui cherchaient à faire de ce continent leur terrain de jeu économique avec une zone de libre-échange, comme d'hab, n'ont pas été du tout contents que le projet soit enterré par l'alternative de Chavez. Ben c'est vrai que ce petit Vénézuélien empêchait le pillage normal des ressources, la destruction des services publics (éducation, santé, etc.) par les multinationales made in USA. Washington commençait à vraiment se vénère de ce souffle gauchiste. Certes beaucoup de gauche timide, rose pâle (Kirchner en Argentine, Lula au Brésil, Vasquez en Uruguay, Torrijos au Panama), mais aussi des radicaux au sang revendiqué indigène (Morales en Bolivie, Correa en Equateur). Les cow-boys n'ont pas compris que, plus qu'une union de gauche, c'est une union sacrée contre eux et leur tendance à contrôler un continent qui ne leur appartient pas. Une volonté commune d'indépendance que des fortes têtes sans concession comme Castro ou Chavez symbolisent aux yeux des peuples qui en ont soupé de la domination des Yankees.
D'où cette propagande dans les médias les plus influencés et les plus puissants contre ce souffle qu'incarnait surtout Chavez. Car n'oublions pas que le Venezuela est le deuxième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, détail qui a son importance pour comprendre cette manipulation médiatique sous la pression de la Maison Blanche. Une justification également à une importante présence militaire dans toute la région qouq deux prétextes imparables : 1) la lutte contre le terrorisme qu'incarnent surtout les guerilleros comme les FARC en Colombie, sujets de tous les fantasmes comme dans l'un desderniers romans de Tom Clancy qui imagine la somme de toutes les peurs de Washington à travers l'union interessée des guerilleros, des narco-traficants et des djihadistes d'Al-Qaida pour une attaque sur le sol des Etats-Unis – 2) la lutte contre le trafic de drogues qui, comme c'est étrange, ne rencontre pas tellement de succès décisif, à revoir « traffic » de Soderbergh... Ils ne sont pas loin d'y associer, pourquoi pas, les autres personnes du continent qui « inquiètent » la Maison Blanche et ses convictions profondes (marché, propriété, etc.) comme les paysans sans-terre, les indigènes et leur terre sacrée « Pacha Mama » et autres altermondialstes du forum social mondial de Porto Alegre... 
 
R.I.P. Hugo Chavez 5/03/2013

Retour sur les 14 ans de présidence de Hugo Chavez afin, non seulement de révéler les mensonges d'une propagande puissante dans notre hexagone, mais aussi de prendre mesure de l'envergure de ce chef d'Etat qui a changé la donne à dimension continentale voire internationale. 
 
Fresque dans le 18ème à Paris
 

Son combat perpétuel et qu'il n'a jamais lâché, jamais perdu de vue, c'est éradiquer la misère du peuple. Soulager les pauvres, faire grimper le niveau de vie des plus défavorisés dans les domaines cruciaux de la santé, de l'éducation et du logement. On pourra faire perdurer au-delà de l'homme, sa politique, ses idées en les réunissant sous un terme qu'il affectionnait : le « bolivarisme ». Deux idées maîtresses dont la lutte contre la misère est définitivement la première et l'union et l'intégration du continent latino-américain qu'il voulait puissant, influent, dynamique, inspirant sur l'échiquier mondial sous domination de mondialisation néolibérale, la deuxième.
La zone de coopération des Etats selon le bolivarisme ne sera pas celui du marché et de la concurrence mais de la solidarité et de l'entraide. Chavez sera aussi à l'origine avec d'autres de la Banque du Sud, alternative dans le même esprit à la Banque mondiale. Rapprochement des pays laissés sur le côté par l'ordre mondial de l'Occident pour un développement revenchard mais légitime, l'Amérique du Sud vers l'Afrique et le monde arabe.
Fraternité continentale et justice sociale, en somme. Alors certes dans la forme on pouvait contester, le bagou trop impulsif ou l'incarnation trop individuelle proche du culte de la personne. Mais les résultats sont là. Légitimité démocratique (15 victoires électorales sur 16, transparence du scrutin selon toutes les instances), illetrisme éradiqué (UNESCO, décembre 2005), de 6 millions d 'enfants scolarisés en 1998 à 13 millions en 2011, augmentation de 400% du nombre de médecins de 1999 à 2010, le taux de mortalité infantile baissé de 49% entre 1999 et 2012, le taux de pauvreté de 43% à 26% entre 1999 et 2011, 700 000 logements construits depuis 1999, le taux de malnutrition de 21% en 1998 à moins de 3% en 2012, le salaire minimum de 16 dollars par mois en 1998 à 330 dollars en 2012 (soit plus 2000%, le salaire minimum le plus élevé du continent), etc.

Choper le souffle rouge...

Comment et que garder de l'inspiration de gauche active de cette Amérique latine avant que le rouleau compresseur du chewing-gum, du Coca-Cola et du profit ne l'avale ? Ne serait-ce que parce que depuis 1999, c'est la seule région du monde où les inégalités ont reculé, un mouvement contraire à la régression collective de la mondialisation qu'il faut récupérer à tout prix.
On pourra alors peut-être sortir de cette pensée unique politico-économique de libre marché. Ce souffle (r)ouvre des portes intellectuelles. D'abord, franchement rejeter la dictature à peine costumée des instances toutes puissantes et autres troïkas, du fonds monétaire international (FMI) à la banque mondiale, des banques centrales autonomes au zones de libre-échange se torchant avec la souveraineté des nations... Organiser les manifestations de révolte et de ras-le-bol en une Révolution citoyenne.
Temps de dépasser la barrière mentale qui fait triompher les puissants et leurs défenseurs comme les latinos l'ont dépassé pour mieux la briser, s'en débarasser : la dette. La prendre à bras le corps et commencer par la faire taire, reprendre les rènes des actions de l'Etat. Sinon on laisse aux commandes ceux qui ont pu piller ces pays (cf. Argentine) à savoir banquiers, créditeurs richissimes, institutions financières internationales type FMI. Mettre en place un audit public et indépendant de la dette et en prouver l'escroquerie dans sa grande part... Et déclarer le moratoire unilatéral.
Redistribuer réellement les cartes et revoir la fiscalité vers plus de progressivité en fonction des revenus et du patrimoine. Augmenter les salaires car nous y voyons bien, dans ces pays que l'économie se relance par la demande. Redonner une puissance à l'Etat, une dimension pour lui permettre d'agir, réaccaparer les secteurs clefs de l'économie pour le remettre dans le giron de l'Etat, dans le patrimoine social.
S'inspirer de cette « écologie » indigène, pacha mama proche de la philosophie Gaïa. Relancer les accords environnementaux de Kyoto pour une compensation à tous ces pays du Tiers-monde qui gardent comme ils peuvent, avec de maigres moyens mais de grosses pressions des multinationales pour piller, les trésors écologiques dont l'humanité entière profite gratuitement (ex : forêt amazonienne, poumon de la Terre).
Ne pas oublier de passer la seconde vitesse après avoir donner accès, viser l'excellence dans les domaines de la santé, de l'école, car democratiser ne doit pas signifier pour autant rendre médiocre...
S'inspirer aussi du principe philosophique indigène « sumak Kawsay » qui souligne la primauté de la valeur d'usage sur la valeur d'échange, qui rejoint les écrits de Paul Ariès et qui redonne valeur à la vie sans le gaspillage de nos économies en roue libre qui se marchent sur la tête. 

Manif de soutien à Julian Assange
 

Et puis, surtout, résister, tenir tête, désobéir à l'image de l'Equateur du président Correa qui donne asile dans son ambassade à Londres à Julian Assange,créateur de Wikileaks, au nom de la liberté d'expression et de la vérité révélée, alors que les Américains veulent mettre la main dessus pour le faire taire puisque rien ne doit menacer leur domination, leur impérialisme.
Et bien si, les cow-boys, puisque « El pueblo unido... » !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

The Wire - Saison 1 - Episode 04 & 05

The Wire - Saison 1 - épisodes 1,2 et 3

The Wire - Sur écoute - Saison 2 épisode 3 et 4