Cliché d'Afrique
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On
ne peut éviter d'aborder l'Afrique, un continent entier faut-il le
rappeller, que d'après des images-clichés, des fantasmes, des
préjugés, des caricatures... Faut dire que ce cliché, on nous
l'inculque dès notre enfance. Lorsqu'on était môme, on ne pouvait
pas passer à côté de l'image choc de l'enfant affamé et malade,
en guenilles, et à qui l'on s'identifiait forcément dans l'émotion
la plus sincère. A l'école, on nous avait demandé d'amener des
paquets de riz pour ces enfants mourant de faim suite à l'opération
médiatique du docteur sans frontière Kouchner. Notre premier
contact avec ce continent noir, c'était alors ce pays pauvre qu'il
fallait sauver, imposant la pitié et la charité. Tout le monde
pouvait s'habiller de vertu, se révéler un cœur immense, un
« gentil », quoi, sur le dos maigre et fatigué de ces
enfants africains de la photo... Des chanteurs, tous amis pour la
bonne cause, des politiques avec des grandes promesses au nom qui en
jette (ex : les objectifs du Millénaire pour le développement
) et,
finalement, tous les citoyens de l'Occident, riche mais plein de
culpabilité.
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| Les chanteurs sans frontières contre le désert qui avance... |
C'est
tellement bien inscrit dans les esprits, qu'on pense également que
c'est dans l'ordre des choses. L'Afrique n'a pas de chance, elle est
une région de pauvreté, de sècheresse, de déserts. Ce « désert
qui avance » comme le chantait France Gall, une sorte de
monstre fabuleux et qu'on ne peut arrêter, malédiction de Babacar,
l'enfant squelettique au ventre enflé sur le sol assèché et
craquelé.
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| Bernard Kouchner et son opération "sac de riz" |
Et
puis, on grandit mais c'est le cliché qui s'étoffe, se construit et
toujours sur ces bases d'image d'Epinal. Le continent noir, c'est le
chaos. A la famine s'ajoutent les maladies, les épidémies. Et puis
les guerres civiles, violentes, ethniques, les coups d'Etat, les
juntes, etc. C'est toujours des situations complexes et sans
solution. On y peut rien, c'est comme ça. Avec dans le fond, des
convictions inavouées héritées de la colonisation de plusieurs
siècles. Simplifications et préjugés sur des populations que l'on
connaitrait suite à ces temps de domination. Une vision paternaliste
du 19ème siècle, la nostalgie du bon temps des colonies, comme le
chante Sardou, dont les effets positifs cherchent à s'inscrire dans
les programmes scolaires poussés par les regrets d'une époque
immonde par des politiques de droite dont le fond de l'esprit pue le
racisme. Tout cet esprit retrouvé dans le discours du présidentSarkozy, l'été 2007, à Dakar (Sénégal). La vision du
conquistador, l'être supérieur apportant les Lumières et la
civilisation aux sauvages. A le relire, c'est hallucinant. Dans ce
speech écrit par Guaino, l'homme africain est tourné vers le passé,
hors de l'Histoire, vivant « au rythme des saisons »,
instinctif et sans raison, rural et sans aventure humaine...
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| Sardou et la pochette d'un de ses chefs d'oeuvre |
Et
pourtant, c'est bien la colonisation qui est cause de bien des
guerres voire des génocides en Afrique. Suite à la manipulation
politique des ethnies mises sur le trône ou au contraire réprimées
par les colons, à l'heure des indépendances, tout part en sucette.
Au Rwanda, dans les années 1990, le massacre des Tutsis par les
Hutus en était une conséquence directe. L'héritage colonial, lourd
et source de conflits, se lit même sur une simple carte avec ces
frontières tracées à la règle sans aucune considération pour les
peuples. Non, ce n'est pas la nature du « sauvage » qui
provoque toutes ces violences mais bien la difficulté de dépasser
des siècles de domination, de retrouver une situation saine pour
chaque peuple.
Seulement,
l'autre cliché à déconstruire, c'est cette soi-disant pauvreté
continentale. L'Afrique est riche, pleine de ressources qui
interessent les puissances économiques. Et c'est ainsi que le
colonialisme se perpétue dans sa forme capitaliste et mondialisée.
Suite aux indépendances acquises dans les années 1960, les pays
africains seront instrumentalisés par les Russes ou les Ricains
pendant la guerre froide. Puis dans les années 1980, avec la
révolution néo-libérale mondiale, les grandes institutions et les
pays riches vont imposer une politique à l'Afrique par le chantage
de la dette. C'est la grande période des P.A.S. (plans d'ajustement
structurel) que les gouvernements du continent dominé sont sommés
d'appliquer par les institutions comme le FMI (Fonds monétaoire
international) ou la Banque Mondiale. C'est surtout la privatisation
de tous les secteurs, même les plus importants comme la santé ou
l'éducation, qui permettent de retrouver les riches blancs au sein
des multinationales, des trusts qui réaccaparent les richesses des
anciennes colonies.
Dans
l'Afrique francophone, c'est ce qu'on appelle la Françafrique. Avec
les héros des temps modernes, les capitaines d'entreprises aux
commandes de monstres tentaculaires que sont les Total, Areva, etc.
L'Etat français laisse à la disposition de ces compagnies ses
structures d'agence secrète, de réseau politique voire de soldats
encore présents dans certains pays africains « amis
historiques »...
Après
les médecins et les chanteurs sans frontières, les pilleurs sans
frontières. Mondialisation comme une continuité au pillage des
ressources sous les colonies. Total ou Areva sur les ressources
énergétiques. Bolloré ou Bouygues sur l'appropriation des
structures, transports, constructions, etc. Tout cela dans le soutien
aux dictatures, les véritables « amis historiques ».
Face
à ce nouveau colonialisme de la thune et la manipulation,
contrairement à ce que déclamait Sarkozy, non, l'homme africain
n'est pas hors de l'histoire, lointain spectateur dans son champ avec
son pagne. Il y a résistance et action. Et ce depuis bien longtemps.
Dans la longue lutte pour l'émancipation du continent noir, sa
réelle indépendance, à tous les niveaux. Politique, économique,
diplomatique. Il y a des intellectuels africains qui réagissent,
théorisent et s'engagent. Comme sur ce site, comme celui-là parexemple.
Certains
pensent qu'il faudrait une union continentale et militante de
l'Afrique. Elle existe et elle ne se démonte pas face aux puissants,
exigeant le soi-disant impossible car trop complexe. Et ce n'est pas
de l'officiel d'apparence politiquement correct, c'est bien la
société civile, le peuple qui s'organise et déclare ceci, il y aun an.
Une
lutte au-delà des frontières pour la justice sociale, une justice
méritée dans une action politique et éclairée. Cette lutte existe aussi.
Ils
ne sont pas reclus dans leur hutte, soumis et aveugles. Ils ont que
trop bien compris que la mondialisation et le système de la dette
sont les nouveaux déguisements de la recolonisation des états
africains et du Sud par ceux du Nord. Bien sûr, silence des grands
médias sur cette action de fond, qui vient de l'ensemble vers le
haut de la pyramide. Qui savait que le 25 mai dernier, c'était la
journée de la libération de l'Afrique ? Sa libération
puisqu'elle continue à être enferrée... Si cet événement avait
mieux été couvert, peut-être aurions-nous pu entendre cet homme,cet intellectuel qui fait progresser cette idée qui persiste, le
panafricanisme.
Journée de la libération de l'Afrique 25 mai 2012/ Africa Liberation Day- Aziz Salmone Fall internationaliste panafricain from Aziz Salmone Fall on Vimeo.
Nous
avons notre pierre à apporter, notre soutien à l'action légitime
de ces peuples. Ne serait-ce, pour commencer, par déconstruire ce
cliché puant et caricatural, fainéant et bien pratique, qui les
enferme et ainsi, permettre à leur lutte de passer plus de barrières
et de frontières... Emancipés sans frontières.




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