On nous prend vraiment pour des buses !
Quand des journalistes sont interrogés
sur le contenu des informations, la qualité des explications, la
prédominance des faits-divers bien crapuleux ou dégueulasses –
Quand les directeurs de presses à scandale, de tabloïds sont
questionnés sur les cas de conscience qu'ils peuvent,
éventuellement, avoir – Quand les chefs de programme TV sont
épinglés sur la télé-poubelle ou les talks show vulgaires et
indécents, sur la régression des médias – immanquablement ils
répondent un truc du style : « ben tant que les gens
regardent, achètent, on est bien obligés de répondre à la
demande... » ou « C'est ce qu'ils veulent et c'est la loi
de l'audimat... ». Bref, c'est de notre faute, c'est le peuple
qui régresse. Pratique comme renvoi de la balle.
C'est la même connerie
déculpabilisante que l'on retrouve dans la façon de traiter leproblème, de plus en plus planétaire de l'obésité. S'ils sont en
surpoids, obèses, ben, c'est de leur faute, le manque de volonté,
la faiblesse, la paresse, etc. Alors que cette épidémie d'obésité
a bien des causes plus complexes que ça. Dans le conditionnement et
la manipulation publicitaire et marketing, le projet de société du
moindre effort fabriquant des objets technologiques devenus
indispensables pour nourrir une consommation de masse et éiminant
toute activité physique et même cérébrale (voiture,
lave-vaisselle, applis pour éviter toute réflexion, etc.), une
malbouffe et de la junk-food addictives à des prix devenus seuls
abordables, etc.
La grande régression implique donc un
système qui pousse l'humain à régresser en le manipulant par ses
faiblesses, ses bas instincts et la maigreur de son porte-monnaie. Et
le système est devenu redoutablement efficace pour nous faire
revenir à un état de zéro réflexion, machine à
travailler/consommer, tyrannie de l'émotion au dépens de la raison.
On a tellement la tête dedans, que même les rouages les plus
obscènes, les plus basiques passent sans le scandale que cela
devrait produire...
Alors, certes, « l'homo
economicus occidentalus » sur un temps long, est bien plus
intelligent et informé qu'il y a bien des siècles. Sur cette vision
panoramique de l'Histoire, le citoyen a progressé, suivant ainsi les
paroles pleines de sagesse de Aristote qui disait que le citoyen
modèle d'une démocratie devait « savoir gouverner autant
qu'être gouverné ». Ecole pour tous, temps libre, congés
payés, progrès technique et technologique... Mais aujourd'hui, on
peut s'inquiéter de voir comme un mouvement inverse, une reprise en
main arrivé presque à son terme du peuple par la minorité,
l'oligarchie. C'est une sorte de contre-éducation générale et
infaillible qui s'est mise en place par le biais des médias, des
politiques de connivences et bien dressées, d'une mondialisation
monstrueuse qui pousse à la résignation, bref, à la régression
par tous les bords...
Tout est mensonge et faux semblants. En
apparence, nous nous croyons libres et indépendants, plus forts que
la machine. Et pourtant...
Dans la crise planétaire économique
et financière, comment ne pas voir clairement ce grand mensonge dans
son chef d'oeuvre. La crise des « subprimes » aux USA,
c'est bien l'explosion d'une économie basée sur l'endettement des
ménages qui ont vu leurs revenus stagner pendant des décennies en
se laissant faire. Ces ménages endettés pour la maison, la bagnole,
les études des enfants vivent dans le mensonge de ce système :
ils sont persuadés d'être riches, d'être arrivés à la réussite
alors que tout s'écroule comme un château de cartes, c'était du
vent. Un vent, une tempête qui emporte toutes les autres économies
calquées sur le même schéma mensonger.
La société du mensonge est si
apparente que personne ne la voit ou ne veut la voir. Comment
comprendre cette cécité ou cette résignation. Dernièrement, le
site US politifact.com, puisqu'il reste sur la toile des croisés de
la vérité, des Sysiphe face au mur des mensonges de nos vies,
reprend les déclarations des candidats à l'élection présidentielle
des Etats-Unis pour en vérifier l'exactitude. Le bilan est flippant
et aurait du être le scandale de l'année. Il n'est qu'une info
annecdotique dans les journaux. 45 % des déclarations du
candidat républicain Romney et 27 % de celles de Obama sont des
mensonges. Ils nous prennent pour des buses, on nous le prouve et que
dalle.
Ou encore plus près de nous. Dans le
Canard Enchaîné du 3 octobre 2012, un article nous rappelle que la
règle d'or de l'Union Européenne, celle qui met tous les pays
membres dans une merde plus profonde encore, celle du traité que
nous allons signer, est une connerie sans aucune base économique.
C'est la règle des 3 % de déficit du PIB à ne surtout pas
dépasser et qui oblige à toutes les coupes budgétaires dans les
écoles, les hôpitaux, etc., à toutes les privatisations. Celle
qu'il faut absolument respecter sous peine de se faire virer de
l'union ou, du moins, ne pas recevoir d'aides financières vitales.
La vérité sur cette règle, c'est qu'elle a été décidée au pif,pour faire économique et surtout pour limiter les crédits desministères à la demande de Mitterrand... C'est une bombe cette
info, révélée depuis 2010 dans le « Parisien », une
raison suffisante pour faire gronder les peuples qui souffrent de
cette connerie, au final, dictatoriale aux conséquences terribles
sur nos existences. Mais qui a lu cette information révélant le
mensonge fondamental de l'UE ? Et vu que les journalistes s'en
cognent et préfère des heures et des heures de duplex autour de
faits divers immondes...
La contre-éducation des citoyens est
bien huilée. Tout juste pouvons-nous parfois l'enrayer – comme
lors du non au Traité pour la Constitution européenne en 2005 –
mais elle paraît tellement trop puissante. L'enchaînement ultra
rapide des infos dans un ordre dicté par l'émotion, sans analyse ni
explication, nous inonde et nous nous y noyons, si souvent sans
lutter. Le temps que les esprits indépendants et intelligents
révèlent les supercheries et les mensonges et le temps médiatique
est déjà sur un nouveau scoop de diversion. Les reportages bidonnés
sur double page de Bernard Henri-Levy soi-disant sur les champs de
bataille en Palestine ou en Géorgie. Les images fortes mais fausses
de fours crématoires du pouvoir syrien dans l'article choc de
Caroline Fourest dans le journal référence du soir « Le
Monde ». Et tous ces fausses infos avec moult envoyés spéciaux
et que ces journalistes n'ont pas su démasquer, obnubilés par le
bon coup choc empli de clichés nauséabonds : le réseaupédophile imaginaire d'Outreau, l'innocent bagagiste terroriste d'Orly ou encore l'agression rêvée antisémite par des cailleras decité dans le RER B... Le mensonge est aussi une tentation,
l'irrésistible information qui confirme les images stéréotypées
et préconçues empreintes de racisme et de haine sociale ou autre,
et qui nourrit un voyeurisme pervers et une curiosité morbide du
moindre détail d'un drame.
Alors lutter contre cette régression
et contre le piège des mensonges et des émotions fortes n'est pas
chose aisée. C'est un travail. Une volonté. Eviter les traquenards
médiatiques, les images hypnotisantes, les documents hallucinants
qui ne font que réagir les poings et la haine. En tous les cas, les
déjouer car, quand on dissèque, quand on prend le temps (et Dieu
sait comme le temps est devenu précieux dans cette société du
fast) de se poser et de lire, analyser, approfondir, on découvre que
leur mécanique n'est vraiment pas compliquée. Ne pas prendre
l'escalier qui nivelle nos esprits vers le bas de plafond, vers les
bas instincts. Ouvrir son esprit, le champ des possibles et choisir
des chemins plus ardus et moins tentateurs afin d'éviter les
autoroutes de la facilité, du vite-fait/vite-pensé et de nos
faiblesses.

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