Présidentielle 2012, une Mélenchonite sinon rien


Marre des débats politiques. Des échanges de points de vue. Après tout, n'est-ce pas le plus souvent des discussions stériles, inutiles. Ca me fait plus marrer. L'enjeu des changements qui pourraient idéalement arriver à mes yeux sont trop importants pour moi, mes enfants, ma famille. J'n'arrive plus à comprendre les choix de ceux de ma classe. De mes proches, mes potes, mes connaissances, mes collègues qui gagnent à peu près, finalement, la même chose en fin de mois, ne désirent-ils pas une vie meilleure, un progrès dans le sens du « progressif » dans la grande tradition de la gauche et de la lutte des classes, notre classe... On en est tous au même point, non ? Un salaire si juste et minable qu'une simple « couille dans le potage » peut tout faire s'écrouler comme un jeu de cartes et nous laisser dans la panade. L'épargne impossible, on ne peut que se projetter qu'avec des crédits, des endettements pour construire quoique ce soit et c'est la meilleure des laisses, des camisoles, des muselières.

N'en est-on pas tous au même point, dans la grande majorité du peuple ? Et alors qu'attend-on ? Le choix n'est-il pas clair comme de l'eau de roche ? A gauche toute. La gauche, la vraie, la plus couillue, la plus intransigeante... Celle qui va prendre l'argent où il est, celle qui redistribue, celle qui promet la hausse des salaires minimum. Celle qui dit non à la politique de l'austérite, au serrage de ceinture des plus précaires tandis qu'une « élite » se gave. La crise de la dette n'est, en réalité, que la crise des recettes, une crise doucement mais assurément préparée depuis des décennies par les deux courants dominants droite et gauche de gouvernement. Tapons dans la gauche de cet échiquier politique pour une fois et faisons trembler ce système qui nous soûle tous, que l'on combat tous les jours... Qu'attend-on ?

Marre d'essayer d'ouvrir les yeux à tous ses proches qui se font bouffer le crâne. Marre des gens de ma classe, de ma condition séduits par la tentation centriste voire frontiste... Ils croient que la gauche et la droite, ça ne veut plus rien dire mais ont-ils jamais sû quelles étaient les différences fondamentales des deux courants, des deux systèmes génétiques de la démocratie depuis la Révolution française ? Politiquement, économiquement, c'est défendre les intérêts de sa classe, celle du peuple. Et si vous ne voyez pas clair dans la lutte des classes, que ça vous paraît dépassé, archaïque, alors vous n'avez plus les yeux en face des trous. Renseignez-vous mieux, nom de Zeus... Le fossé qui s'est créé depuis la révolution néolibérale des années 1980 entre le petit cercle des richissimes (pour les noms, il suffit de retrouver les personnes présentes au Fouquet's en mai 2007) et la masse du peuple loin derrière mais se persuadant qu'il est de la classe moyenne alors qu'il est bel et bien de la classe laborieuse... La France est à la fois une ploutocratie (dirigée par les plus riches) et une oligarchie (dirigée par une poignée). Une société d'employés, nouveaux exploités, dont l'avenir au travail est le service à la personne, une jolie expression pour recycler l'idée XIXème victorienne d'une société avec un peuple de domestiques. Ces infos sont admises des deux côtés de l'hémicycle à présent mais les solutions apportées ne sont pas les mêmes. C'est là aussi qu'il faut se demander ce en quoi l'on croit dans sa vie et dans ses tripes et surtout, pour le monde dans lequel on veut vivre, soi et les siens...

Je me pencherais dans ses lignes plus dans la différence « droite/gauche véritable » sur la base philosophique, histoire que chacun puisse se poser la question sur ces deux idées majeures et cruciales de votre positionnement politique.

Tout d'abord, philosophiquement, croyez-vous en la différence énorme des salaires, des revenus ? Voilà l'idée la plus débile que l'on nous a vendu depuis des années et que beaucoup partage sans s'être vraiment creusé la cervelle sur cette conviction crétine qui adoube les riches et les plus que riches. Surtout dans l'esprit d'un type de droite, c'est un fondement. Mais en quoi un type talentueux, malin, intelligent, créateur, génial ou alors chanceux ou bien né mériterait-il d'avoir plus, d'avoir plus de confort voire de luxe, d'avoir deux ou quinze bagnoles, de manger des plats hors de prix, etc. La méritocratie, philosophie ô combien de droite, partagée aujourd'hui dans les rangs de la gauche gouvernementale socialiste. Mais ce type génial a-t-il plus de besoin qu'un autre de par son génie ? Il mange, il dort, il fait popo comme tout le monde. Biologiquement, il est le même. D'où vient alors cette mythologie que les membres de l'elite friquée, du créateur calculateur à la Gates/Jobs jusqu'à l'héritier chanceux à la Lagardère/Dassault/Bouygues ? Nulle part. Pure construction intellectuelle. Alors qu'attend-on ?

De même, autre idée philosophique fondamentale : l'ambition. Voilà, là aussi, un mot maquillant ce qui était autrefois dans la tradition de l'église, un vice. De nos jours, c'est la qualité suprême à laquelle d'autres constructions intellectuelles mensongères, toute faites à la noix s'embriquent comme le « self-made man », l'homme qui s'est fait tout seul, véritable mensonge qui flatte ces hommes à la success story romancée de story-telling. Ces « winners » n'ont pu « réussir » que sur le dos de la société et, rien qu'en ça, ils doivent tout à la société qui les a engraissé. Un vrai « self made man », j'en connais un, pourquoi pas, c'est Robinson Crusöé. Et encore, c'est discutable puisque pour les spécialistes de l'oeuvre, le personnage n'existe vraiment qu'avec l'arrivée de Vendredi... Etre ambitieux, c'est vouloir se distinguer des autres, être plus beau, plus fort, plus riche, mieux que tous les autres ou, au minimum, de la plupart. Est-ce fondamentalement une idée noble, une idée qui permet le bon fonctionnement de la société ? Moi, je fais partie de l'humanité et je n'ai que faire de marcher sur les autres pour m'élever au-dessus de mes semblables ? Une société basée sur cette idée de l'ambition ne va que droit dans le mur, non ? Alors qu'attend-on ?

Voilà pourquoi je crois et croirai toujours que la gauche est une marque d'intelligence. C'est penser le monde dans un angle collectif et non individualiste. C'est le début essentiel pour raisonner sur l'humanité. Depuis la chute du mur et de l'Union Soviétique, les intellos de droite (souvent cachés à gauche) ont réussi à imposer l'idée que penser collectif, c'était le début du totalitarisme... Quelle idiotie et quelle idée pratique pour faire de la démocratie capitalisme de marché tout puissant (ou dictature du marché) la seule vérité sans alternative. Assez de cette arnaque qui dure depuis trop longtemps, retrouvons l'intelligence et le combat.

Oui, un combat, une lutte, une guerre, n'en déplaise à certain, c'est effectivement violent, parfois agressif, souvent belliciste comme une « mélanchonite ». Mais c'est une réponse à la violence de cette époque, la violence avec laquelle tout peut se retourner contre vous pour un impayé, un retard, un imprévu. La fragilité de nos ménages face à un os, une erreur, une connerie se révèle quand ça nous arrive et là, il ne reste presque plus que la solidarité, la famille, ces quelques mains qui se tendent encore quand on est au bord du trou. Combien tombe dedans sans pouvoir plus en sortir, le trou de la précarité qui se dérobe alors plus bas dans celui de l'exclusion... Cette peur nous la partageons tous, la trouille monstre de cette violence impitoyable de la vie sous le règne de la thune, du capital et du marché... Alors, violence et intransigeance en retour dans le discours, les exigences, le programme... Alors qu'attend-on ?

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