Le marketing de la Révolution


La révolution est devenue un argument de vente, un trait attractif sans doute auprès des jeunes mais aussi des plus anciens nostalgiques.

Un jeune trader qui spécule sur les matières premières et affament les pays pauvres du Sud peut facilement porter le week-end ou sous sa chemise un tee shirt à l'effigie de Che Guevara. C'est fun, c'est tendance. Sait-il seulement qu'il est le théoricien de l'insurrection des peuples face à l'oppression des dictateurs et des capitalistes ? Un jeune soldat américain porte, lui, l'étoile rouge sur son casque quand il envahit l'Irak rappelant ainsi les soldats de « Full Metal Jacket » qui inscrivait « Peace & Love » sur leur casque en pleine guerre du Vietnam...
Certains produits sont associés dans l'esprit plus que réducteur et caricatural des publicitaires et marchands à la révolution et la dissidence. Le meilleur exemple, c'est le tabac. La clope est peut-être devenue le moyen d'assouvir (et d'éteindre) les envies de révoltes des masses populaires. Ainsi, de nouvelles marques s'imposent-elles rapidement avec des images du Che, une fois de plus, ou des noms fondamentalement populos comme « Pueblo » comme un vieil écho du slogan hurlé dans les manifs et les émeutes « El pueblo unido jamas sera vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu...). Le tabacco, la drogue du populo.
Les lois du marketing ont même contaminé les révolutions qui bouleversent les Etats totalitaires, les peuples qui se soulèvent par le biais d'une nouvelle tendance des dix-quinze dernières années. C'est ce qu'on appelle la « ONGisation ». En effet, l'Occident dominateur ne pouvait continuer à manipuler les peuples comme dans les années 1970/1980. Revoyez les films tels que « Salvador » ou « Missing ». A l'époque, les services secrets et les armées des pays riches, surtout les USA, provoquent des coups d'Etat violents contre des progressistes ou des gauchistes élus démocratiquement pour y mettre des marionnettes de tyran, de dictateur. Aujourd'hui, il faut plus de subtilités pour la manipulation des pouvoirs de ces pays-là avec une apparence de légalité voire de légitimité.
D'où des ONG (organismes non gouvernementaux). On pense tout de suite à de l'humanitaire, à de la défense des droits humains quand on pense ONG. Mais c'est aussi un fourre-tout où se dissimulent des organisations influençant les devenirs de pays en plein changement. Dans une forêt aux embranchements multiples, le Département d'Etat américain ou des millardaires, des partis politiques ou un église se créent des bras pour l'action immédiate avec l'alibi objectif de l'ONG. En fait, il n'en est rien, bien sûr.
Derrière ces aides parfois conséquentes, il y a un embrigadement dans une politique, un Dieu, une domination acceptée. La récupération est tellement plus facile quand un pays est à genoux. Suite aux tremblements de terre, aux tsunamis, etc., on voit toutes ces missions religieuses évangéliques ou autres offrir leur aide. Admirable mais comment ne pas y voir le calcul d'endoctrinement, de prosélytisme évident de cette action. C'est du tout bénef. Les missionnaires ont l'impression de faire l'oeuvre de Dieu, tandis que les hauts gradés savent que les convertis suivront naturellement...
L'un des cas les plus parlants, c'est celui du milliardaire américain George Soros. Il entretient un bon nombre d'organisations philanthropiques, y dépensant en 2002, par exemple, plus de 2 milliards de dollars ! Grâce à sa fondation, à sa « Open Society Institute » (OSI), à l'arrosage en millions de « Human Rights Watch », il étend l'influence de ses choix, de ses préférences voire carrément de ses visions d'avenir sur des régions entières... Ainsi, Soros a pris comme principale mission de faire passer toutes les anciennes démocraties populaires de l'Est de l'Europe sous giron de l'URSS vers le consensus de Washington à savoir la démocratie de marché tout puissant, l'Etat néolibéral. Il suffit de regarder la carte des interventions de l'OSI entre 1985 et 2008 pour se convaincre de cette prédominance d'intervention sur le globe.



Etant donné la répétition d'une même recette par pays basculant dans le « paradis du marché », très vite, le marketing de la révolution va créer toute une méthode, un « kit » de la révolution réussie surtout dans un angle médiatique, de comm' et de relations publiques internationales. Un documentaire d'Arte donne la pratique récurrente, répétée à travers les pseudo-révolutions des années 2000. En 2000, Belgrade. En 2003, Tbilissi. En 2004, Kiev. En 2005, Bichkek... [ Et plus récemment, la manipulation en faveur d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire, le frais président ancien du FMI (Fonds Monétaire International – c'est dire si il est néolibéral) qu'il fallait à la tête du pays africain plus que le gauchiste light Gbagbo] . Les mêmes ingrédients à chaque fois. Un logo efficace. Un nom de mouvement coup de poing. Un slogan qu'on retient immédiatement. Et puis la révolution ramenée, résumée à une couleur ce qui permet d'uniformiser (assez flippant d'ailleurs) tous les manifestants dans cette même couleur. Derrière, les capitaux de Soros, en plus d'avoir fait venir le formateur de la parfaite révolution sans violence qui va « façonner » essentiellement la jeunesse aux idéaux néolibéraux, paieront les tee-shirts de couleur, les tentes et les boissons chaudes pour les occupations de place voire les accessoires qui marquent les esprits dans les images qui tournent ensuite à travers la planète (ex : la rose...). La révolution esthétisée, glamour bref marketée...
La distribution de capitaux permet une influence politique sur les ONG qu'on croirait au-dessus de toute propagande ou soupçon. Et pourtant... Quand George Soros arrose Human Rights Watch, à la base respectable organisation « droitdel'hommiste », celle-ci alors se penche plus volontiers sur les pays les plus gênants pour les USA, en particulier pour les néoconservateurs ou les vendeurs de canon. Plutôt s'acharner sur l'Iran que sur une dictature plus amicale avec le gendarme ricain et ses sbires européens du monde. De même, plus près de nous, Reporters sans Frontière connaît ce même travers depuis quelques années en étant particulièrement intransigeant, outrancièrement vigilant sur des pays de gauche radicale comme Cuba ou le Venezuela, quitte à raconter n'importe quoi ou véhiculer des rumeurs infondées de la droite-ultra locale. Et quitte à oublier d'autres dictatures plus sanglantes au passage. On ne s'étonne pas alors de trouver des fonds dans l'ONG provenant du département d'Etat américain par le biais d'USAID ou, pire, de l'oseille venant des extrémistes de droite anticastristes à tendance terroriste des USA, des types dont le portrait de leur organisation fait froid dans le dos dans le film-dossier « JFK » d'Oliver Stone ou dans la trilogie de Ellroy...
Mais leur maîtrise, leur emprise de la Révolution est loin d'être totale. Car, sans doute en enchaînant successivement trop vite et trop systématiquement des changements en quelques années, cette pratique de la révolution tendance publicitaire et calculée n'a-t-elle pas permis (bien malgré elle) le vent du printemps arabe qui a emporté des dictateurs qu'on disait indéboulonnables. Un peu comme si la machine bien huilée s'était rebellée contre ses créateurs. Puisque les tyrans detrônés étaient protégés et puisqu'ils permettaient le contrôle fragile de pays arabes face aux brasiers palestinien ou irakien. Les amis dictateurs Ben Ali, Moubarak ou même finalement Khadafi sont tombés dans des mouvements au départ ressemblant aux préceptes des ONG téléguidées puis dérivant parfois vers une militarisation et la guerre civile.
Espérons qu'ils auront compris que la révolution, la révolte d'un peuple ne sont pas des choses récupérables par le marketing, la marchandisation. L'insurrection est bel et bien un droit fondamental des peuples à se soulever contre l'oppression. Un droit né de la dignité, de la résistance, de la souveraineté, de l'indépendance. Des valeurs qui ne rentrent pas dans les cases du capitalisme, lui, qui fonctionne (en vacillant souvent) dans la frustration et la résignation de la masse consommatrice...

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