Chatardossier : L'ordre mondial



Un ordre mondial sous-entend un ordre, une hiérarchie qui permet un minimum de stabilité pour que le monde tourne comme il peut (ou comme certains veulent). Cet ordre change-t-il ? Sur ce grand échiquier qu'est la planète des Nations, la donne évolue-t-elle, les cartes sont-elles réellement régulièrement redistribuées ? Et plus globalement, assistera-t-on un jour à la véritable fin du monopole de la puissance détenu depuis 5 siècles par le monde occidental (cf. blog de Pascal Boniface d'IRIS) ?
Le dernier réel grand bouleversement de cet ordre fut le 9 novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin. Un moment historique symbolique donnant le signal de la fin d'un monde bipolaire (URSS/USA) vers un monde unipolaire rêvant de multipolarité, un jour... L'hyperpuissance seule debout, les Etats-Unis, entre leurs bourbiers de « guerres justes » et leur crise économique de « subprimes » devenue internationale, ont du plomb dans l'aile et semble irrésistiblement rattrapée par la Chine.
Alors, médias et grands discours nous servent l'aube d'un nouveau monde multi-polaire, le rêve d'une planète-monde de 200 Nations égales, un pays, une voix. Et ce malgré les échecs répétés de l'Organisation des Nations Unies (ONU) dont c'est pourtant la mission, la raison d'être depuis sa création en 1945. On célèbre l'émergence des nouvelles puissances, d'un nouveau pôle qui rééquilibrerait le concert international : les « BRICS » à savoir Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.
Certes, ces « jeunes » puissances ont une force mais elle est surtout économique, dans le cadre d'un capitalisme décomplexé, d'une loi du marché sauvage. Le meilleur exemple est bien sûr la Chine, atelier du monde, petites mains de tous nos biens de consommation. Mais elle domine grâce à la dictature et à l'exploitation honteuse de travailleurs. Elle détient, par sa domination exportatrice née de ce dumping indécent, les liquidités de dollars US. La Chine tient ainsi l'économie ricaine à la gorge et est la nation qu'on appelle au secours comme tout dernièrement au G20 à Cannes.
Les BRICS cherchent à s'imposer surtout dans le domaine économique mais sont sérieusement freinés voire bloqués par le monde occidental (USA + UE). Celui-ci parvient à majoritairement conserver sa domination : rester le principal point de départ et d'arrivée de tous les trafics, garder précieusement les savoirs et les savoir-faire essentiels. Et puis, l'Occident gèle toute évolution vers le rêve de multipolarité en récompensant les BRICS pour mieux les faire taire. En les intégrant dans le G20, les BRICS ferment ainsi la porte derrière eux, ravis de faire partie de ce club illégitime et autoproclamé...










L'ordre commercial mondial...



Dans un angle plus géopolitique, l'ordre mondial reste donné par ce monde occidental grâce à une persistance nauséabonde toute post-coloniale. Sous des prétextes de supériorité civilisatrice ou de garants de la vérité et de la démocratie, l'occident fait la guerre juste, la guerre humanitaire, guerre de sauvetage face au dictateur désobéissant. Des droits d'ingérence qui cachent bien souvent des nouvelles croisades vers le saint or noir. (cf. Libye, Irak)
Toutes les bases idéologiques sont posées dans l'esprit d'un Nord occidental maître d'un Sud instable, dangereux à mater. Des bases puantes qui survivent encore aujourd'hui pleine balle. Tel un des récents rapport de la Banque mondiale datant de 2011. Dès le titre, on lie comme réciproque indiscutable « sécurité » et « développement ». Quand on le dit vite, ça sonne comme du bon sens. Mais ça institue que les pays les plus développés, les plus riches sont les plus sûrs ce qui permet le développement. Une sorte de cercle vicieux dont le Sud post-colonial ne peut se sortir et qui justifie les murs de la forteresse occident face à l'immigration, la chasse aux clandestins, etc. Dans un discours protocolaire, policé et même hermétique, ressurgit le mythe colonialiste d'un monde civilisé face au monde sauvage et inférieur. En version light, certes...
Il y a bien un ordre mondial qui ne semble ne pas vouloir mourir. Il est préservé dans les esprits, les rapports, les discours, les médias, les livres scolaires et continue à faire régner sa loi, avec plus de discrétion et de machiavélisme. C'est dire sa puissance. Car depuis des siècles, cet ordre s'adapte pour mieux survivre. « Au XIXe siècle, 5 Etats prédominants en excluaient une dizaine. Aujourd'hui, 8 en excluent 184 (G8) tandis que le G20 en exclut encore 172. » (Bertrand Badie dans « La diplomatie de connivence » La Découverte 2011).

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