Buried

Un film de Rodrigo Cortes (2010)
Avec Ryan Reynolds
Genre : Huis-clos mis en boîte
Verdict : efficace et déjà culte
Voilà déjà un film couillu qui ne fait pas de concession. Un long métrage complet dans un cercueil sans aucune astuce pour nous en sortir (flashbacks, « pendant ce temps-là », etc.). La claustrophobie marche donc plein pot. Dans la forme, le réalisateur espagnol use alors de multiples moyens visuels, d 'effets spéciaux discrets mais joliment faits. Il parvient à faire circuler sa caméra usant de notre complicité dans des planches parfois invisibles et une terre permettant son mouvement pour notre regard démiurge. Alors, après un générique dynamique à la musique hyper stressante évoquant un film hitchcockien (qui lui aussi aimait les films concepts sans concession cf. « La Corde », « Fenètre sur cour »), on plonge dans la boîte par une introduction d'une respiration panique sur fond noir... Le ton est donné, âmes sensibles s'abstenir.
Interprétation
Exercice de style, figure imposée, « Buried » se devait d'être une gigantesque métaphore, presque une allégorie de l'homme en boîte et enterré. On comprend très vite qu'il est l'homme ordinaire, pas un soldat, pas un héros, un simple civil (ayant toutefois accepté, pour l'argent, de participer à la reconstruction de l'Irak détruit, parfois par les mêmes sociétés, profit à tous les étages cf. Halliburton). Il représente en fait très vite une personne d'aujourd'hui, contenue dans une camisole intellectuelle. La barrière physique du cercueil évoque la barrière de l'individualisme de nos sociétés développées et modernes. Un simple appel au secours crié bien fort ne suffit même plus à trouver de l'aide comme si nous étions tous au fond d'un trou qui nous isole complètement. Du coup, le lien avec le monde extérieur se matérialise uniquement dans le téléphone portable comme si le prisme technologique était devenu plus qu'indispensable. La communication est difficile, mène le plus souvent à l'incompréhension totale malgré l'urgence de la situation. Un monde de codes : code de conduite et de savoir-vivre décalé et inutile, de nombre et de numéros à retenir, de soumission et de docilité au système et à la hiérarchie... Des barrières finalement plus odieuses que celles franches et directes des parois du cercueil...
Mais ce qui reste de l'histoire et de sa conclusion donne un sens hautement politque au film. Sur le comportement de chaque citoyen américain lors des années W.Bush post 911. Leur aveuglement ou leur consentement voire la résignation à une guerre brasier, une vengeance trompeuse sur l'Irak. Certes, il y a d'abord des questionnements inévitables philosophiques sur la valeur de la vie d'un homme face aux lois du marché et du capitalisme (avec l'employeur tentant avant tout à se déculpabiliser juridiquement), face à la vertu et au manichéisme puritain made in USA (l'épisode plutôt raté du serpent, symbole du vice, visitant le cercueil) et finalement face à la patrie toute puissante. Et c'est sur cette dernière problématique que le film réussit le mieux jusqu'à une fin dure et impitoyable. Car ce n'est pas seulement avec un pied mais le corps entier dans la tombe que le citoyen américain des Etats-Unis comprend enfin, ouvre les yeux sur une vérité impardonnable. Lorsqu'il s'émancipe, prend ses responsabilités de ses actes, l'homme enterré ne peut que constater le mensonge et la manipulation d'un pouvoir avide et belliciste...
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