The American

Un film de Anton Corbijn (2010)
Avec George Clooney, Violante Placido
Genre : Polar philosophico-contemplatif
Verdict : Très bon
Dès les premières scènes, ce film est un brouillage de pistes. Il utilise les codes et les clichés pour sembler nous poser dans un terrain connu du 7ème art : le film d'espion. On dirait presque une mauvaise scène parodique à la OSS : le chalet, la jolie poupée, l'érotisme distingué, etc. Et puis le romantisme d'une balade dans la neige ramène à un autre genre. Tout tourne autour de ce personnage principal, donné dès le titre, au charisme de peu de mots. On croit dans ces clichés convoqués de thème et d'images balisés que Clooney sera à son aise dans la peau de l'espion séducteur Bondien. Quand tout s'écroule lorsque après la scène suspense-action où le héros sort forcément vainqueur, il se retourne et descend au moment où l'on ne s'y attend pas du tout, la jolie bombe innocente... Clooney sera donc un personnage beaucoup plus trouble et inquiétant. Tant mieux.
On suit ce personnage de tous les plans. Froid même glacial, il est une machine mutique, un tueur à gages en bout de course. Trop vieux, la machine sent que l'on va débarasser de lui. Et c'est tout naturellement qu'il est envoyé à Castel Vecchio (vieux château) en Italie. Mais il le refuse et se pose dans le patelin à côté. Le rouage d'une mécanique secrète et mortelle se rebiffe contre le système. Comme si la machine cherchait enfin à devenir vivant. Commence alors dans un rythme lent, contemplatif et esthétique (cadres splendides tel ces vieilles cités labyrinthiques de pierres séculaires italiennes sur les reliefs des Abruzzes) le chemin vers une forme d'émancipation et de rédemption pour un tueur pourtant condamné. Clooney, tout en retenue, le joue à la perfection. L'homme machine excelle dans l'art de concevoir et de manipuler toute mécanique, du moteur à l'arme à feu, y compris la mécanique des corps, le sien et celui des femmes également. Ainsi, une prostituée, pourtant professionnelle dans l'art de la mécanique sexuelle, succombe-t-elle à son savoir faire... Mais cette histoire d'amour est impossible. La fin tragique est programmée sur le grand ordianteur-machine qu'est la vie.
Interprétation
C'est le titre qui, à mon sens, donne toute la portée politique et intellectuelle du film. Clooney est « l'Américain » dans des symboliques qui le confrontent à la vieille Europe. C'est celui qui, sans aucun scrupule, apporte son champ de bataille sur des terres paisibles chargés d'Histoire. On peut penser aux Américains débarquant sur des berceaux de l'humanité comme l'Irak ou l'Afghanistan. Là, c'est sur des terres ancestrales italiennes de toute beauté. Mais l'Américain ne les voit pas, ne les comprend même pas. Il est uniquement dans le temps présent, sans conscience historique. D'ailleurs il est le « signore farfalle », Monsieur Papillon, l'insecte éphémère par excellence, il en a même le tatouage sur la nuque. La Jeune Amérique, l'éternel nouveau monde, se confronte au centre du film au monde plus ancien, la Vieille Europe, lorsque le tueur se retrouve face au prêtre du village. Il y a tentative de confession. Mais que fait l'Américain lorsqu'on lui fait la morale ? Il entre dans une joute, il contre en faisant la morale au prêtre. Un enfantillage qui lui permet d'endormir l'homme d'église et de contourner ses démons. Il n'a plus qu'à vivre avec ceux-ci, ses obsessions, ses cauchemars. L'histoire du Ricain, c'est aussi et surtout une tentative de revenir vers une vie sociale, normale, une réinsertion. Les USA essayant vainement de se rebâtir une société sur de vraies valeurs profondes à l'européenne. Mais The American ne pourra échapper à la responsabilité de ses actes, rattrapé au dernier instant par ses crimes. Une sorte d'effet papillon en cercle vicieux, une ironie du sort, la sentence du signore Farfalle...
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