La forteresse des pays riches

On en dit des beaux discours sur les droits de tous les hommes, égaux pour tous, aux tribunes les plus diverses dans le monde entier. Mais quels sont les droits, la valeur de la vie d'un clandestin, d'un migrant illégal, d'un sans-papier ? Cet été, un navire de l'OTAN, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, cette organisation active et militaire oeuvrant soi-disant pour des valeurs nobles comme la paix et les droits de l'homme, un de ses navires, donc, a ignoré, n'a pas bougé d'un mile quand une embarcation surchargée de centaines de migrants (dont souvent femmes et enfants) est passée à côté de lui. Plusieurs étaient morts de faim ou de soif, le reste agonisait. Laisser crever des êtres humains... Mais sont-ce encore des humains lorsque l'on observe le traitement que les pays les plus privilégiés leur réservent. Sont-ce des animaux ou des fantômes, des zombies déjà morts, déjà condamnés.
Scanner à camions sur le port de Calais Les pays riches, zone Europe ou Etats-Unis, sont devenus des forteresses que l'on n'a de cesse de perfectionner avec le high-tech le plus impressionnant. Car fortifier toujours plus la forteresse, c'est gagner des voix faciles au nom de la peur et de la haine ordinaires. La peur et la haine de « ces gens-là » considérés comme des envahisseurs voire même des barbares. Un mythe qui finalement remonte à loin et se perpétue dans la vieille Europe. Comment expliquer autrement le choix des mots, le verbe utilisé dans les médias pour désigner tout ce qui touche à « ces gens-là ». Les exilés, les clandestins vivent dans des « jungles » comme celle de Calais. Y règne la loi de la jungle confortant ainsi l'image du « sauvage ». Des constructions de fortune dangereuses et sans hygiène de base que les autorités détruisent sans pitié ni regard compatissant. Ce sont des camps, ceux des sans-papiers ou des Roms, tels ceux des tribus les plus primitives qui sont sous-entendus. Des endroits pour eux où le regard n'entre pas, où les yeux se baissent ou se ferment. Sont-ce des animaux comme ces abattoirs que l'on ignorent volontairement, des fantômes invisibles d'un commun accord, des morts-vivants déjà condamnés ? Même dans les centres de rétention administratifs, le gouvernement cherche à oter le droit de regard de la Cimade pour une autre organisation qui fermerait les yeux sur ces familles entières enfermées des semaines dans des conditions pénitentières avec des enfants et des bébés.
Les exilés fantômes de Calais Le monde moderne et occidental, du progrès et des richesses ne bâtit plus des ponts mais érige des murs longs et hauts, nouveau défi face à l'humain, comme la nouvelle tour de Babel. Les murs israélien et américain sont les plus évoqués. L'Europe fabrique le sien. Voyez les barrières de barbelés épaisses et les miradors de Ceuta et Melilla au Sud, où celui annoncé par le gouvernement grec en janvier dernier pour fortifier l'Est face à la Turquie... Athènes le prévoit long de 12 kilomètres, haut de 3 mètres. Détecteurs de toutes sortes, thermiques et mouvement, caméras de surveillance, etc. Ce monde qui se dit si-supérieur et donneur de leçon ne saisit-il pas le danger et la cruauté de construire des murs et des cimetières à ses frontières plutôt que des ponts et des portes ? On estime à 30 000 kilomètres de mur et de barrières érigés sur la planète. Ne voit-il pas le mamque de sagesse et l'appel aux bas instincts qui ne conduiront, comme la démesurée tour de Babel, qu'à la perte d'une telle humanité ?
Barrières de Ceuta

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