Le cas DSK, queutard de droite

Dans cette grande affaire dont les médias font leurs choux gras ad nauseam, ce genre d'affaire de mœurs dont les politiques ne se remettent pas (alors que pour des millions détournés, des biens sociaux abusés, des boulots fictifs, des magouilles de financement et compagnie, on peut toujours revenir avec du sursis à peine handicapant pour leur carrière), dans cette affaire, donc, qui a fait jacter tout le monde, de la blague salace à la machine à café au débat bas de gamme au bar du Commerce, deux grosses « réflexions » clichés-préconçues-prémachées m'ont sévèrement titillé la rate. La première, la plus naïve :
« C'est quand même bien trop bizarre, m'étonnerait pas que ce soit un coup monté de toutes pièces, il gênait trop de monde, ça doit venir d'en haut et c'est rudement bien orchestré... »
Et voilà une théorie du complot qui fait son chemin, reprenant la tradition de l'assassinat JFK, pour l'assassinat politique de DSK. Mais Strauss-Kahn est-il si innocent que ça, lui, qui après tout, on le verra dans la deuxième partie, ne gênait absolument personne, bien au contraire ?
Cet égarement violent d'obsédé sexuel de la part de Dominique, le French economic Doctor est-il si invraisemblable que ça ? Ben, pas trop finalement. Un secret de polichinelle que celui des sales tendances de la bête. Télérama fait cette semaine une enquête dans ses pages, un article sur la culpabilité voire la complicité des journalistes qui savaient et ont dissimulé la maladie du président du Fonds monétaire international. L'hebdo le révèle, on n'envoyait plus depuis des années une journaliste seule l'interviewer suite à de nombreux dérapages, harcèlements à peine voilés voire agressions. En 2008, scandale au FMI, une subordonnée accuse le président DSK d'avoir utiliser sa position hiérarchique pour l'obliger à coucher. Tassement de l'affaire mais la victime fait tout de même tourner chez les chefs une lettre-avertissement, sorte de prédiction bien embarassante aujourd'hui. Extrait : « M.Dominique Strauss-Kahn a un vrai problème, qui le rend inapte à diriger une institution où les femmes travaillent sous ses ordres. » Bref, jursqu'à ces derniers jours, il sera passé entre les mailles mais l'on savait. Le queutard, cette fois, plonge. Sa chance et ses influences ne pourront pas cette fois le ramener à la surface semble-t-il. En tous cas, le réseau ose tout pour leur champion. A gerber. Pas grave, selon Jean-François Kahn, « un troussement de domestique ». Jack Lang relativise, odieusement, « il n'y a pas mort d'homme ». Bernard-Henri Lévy sur son blog construit la « défense de DSK » par la théorie imbécile du complot de l'homme providentiel, « il serait bon que l'on puisse savoir sans tarder comment une femme de ménage aurait pu s'introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des brigades de ménage composées de deux personnes, dans la chambre d'un des personnages les plus surveillés de la planète. »
Comment ne pas voir dans toute cette affaire un symbole politique de lutte de classes sur deux niveaux ? Exploités/exploiteurs et Sud/Nord. Le droit de cuissage sur les subordonnés n'est vraiment pas mort. En plus de cette affaire DSK, éclatent également celle du gouverneur Schwarzenegger qui a reconnu avoir fait un enfant illégitime à une employé de maison, dans le New York Times on le surnomme dorénavant « Sperminator », ou encore le secrétaire d'Etat George Tron qui caressait et lèchait les pieds de ses assistantes. Et que dire des frasques avec des prostituées mineures de Berlusconi... La hiérarchie sociale des démocraties développées, comme on dit, a quelque chose de moyenâgeux. Il y aurait une classe des intouchables comme le résume assez bien BHL lui-même, innocent benêt les mains pleines, même plus conscient des âneries indécentes qu'il écrit, dans son blog de défense du queutard : « J'en veux, ce matin, au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d'images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu'il était un justiciable comme un autre. » Quant au symbole évident du président du FMI, blanc, riche et européen, voulant disposer sexuellement du corps d'une travailleuse précaire d'origine africaine, il est plus que parlant. Tout persiste d'ailleurs dans ce rapport géographique dominant/dominé lorsque le vieux continent entier se démène pour imposer un nouveau directeur du FMI dans un anachronique schéma post-colonialiste sur les « pays émergents ».
La deuxième « grosse réflexion » crétine à souhait est de ce type :
« C'est affreux, notre seule et unique chance de battre Sarkozy vient de disparaître, la gauche vient de perdre son champion, son héros... »
Mais, reprenons les faits et actes de l'animal, est-il vraiment un politique de gauche ? Son arrivée programmée aurait-elle gêner le système ?
Economiste de référence depuis les années 1980, DSK s'est souvent retrouvé aux affaires. De secrétaire d'Etat à ministre de l'économie sous Jospin, il a montré comment ses idées « de gauche » se développaient... Il détient le record du nombre de privatisations en un temps limité, personne ne l'a égalé. Un vrai champion, donc, mais de l'ultra-libéralisme, sans aucun doute. Il s'est battu farouchement pour favoriser les fonds de pension pour préparer la destruction du système solidaire des retraites. Il a permis la valorisation des fameuses stocks-options pour les dirigeants d'entreprises et les gros actionnaires. Il s'est acharné à bloquer toute création de la taxe Tobin, quitte à débarquer tard dans la nuit dans l'hémicycle de l'Assemblée, cette taxation infime des transactions financières qui aurait permis de redistribuer de l'argent à ceux qui en ont besoin.
Le queutard connut une traversée du désert, loin du pouvoir selon la couverture médiatique mais en fait il était toujours pas très loin des plus grosses influences, nourissant son carnet d'adresses pour l'avenir. De 1993 à 1997, il crée avec d'autres le Cercle de l'entreprise, un groupe de pression patronal représentant les plus grosses entreprises françaises, lobby au niveau européen à Bruxelles. L'ami du Médef. Il fait bel et bien partie de ces hautes sphères, ses amis avec qui il fait du golf, dîne, rit, etc. DSK ne se bat pas pour le peuple mais pour les intérêts des membres de son carnet d'adresse. Voilà pourquoi il ne gênait personne à se trouver à quelques pas du trône présidentiel, bien au contraire. Un mec de droite caché à gauche. Et encore, il reste de sacrées valises, tout ceci n'est qu'un résumé d'un combattant du marché et du capital.
Quant au peuple ? Strauss-Kahn aime-t-il au moins le « bas peuple », « le tiers-Etat » ? Terminons donc par un extrait de son livre « La Flamme et la Cendre » de 2002, dans lequel tout le mépris qu'il voue au populos, aux prolos, aux pauvres apparaît gros entre les lignes. Pour le queutard, c'est une masse d'ignorants, de pequenauds ne connaissant que la violence et que l'élite doit dompter, dresser parfois à coups de trique. Extrait : « Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu'il se désintéresse de l'Histoire, mais ses irruptions s'y manifestent parfois dans la violence. » Et ben, mon queutard, t'y es entré dans l'Histoire et ton irruption de la salle de bain totalement manifestée dans la violence te rapproche du « bas peuple »... Tant mieux.
Commentaires
Une petite pensée pour les "putains"du tiers monde qui pour survivre se font passer dessus par des occidentaux: beaufs frustrés qui savent pas faire autrement.
Des DSK,y'en a plein la planète...