La campagne assassinée

A recueillir les témoignages des agriculteurs ou paysans de l'Ardèche sur une histoire de 50 ans, on comprend mieux l'exode rural, le libéralisme agricole ou encore la défiguration des campagnes les plus riches de France. Les fermes ont dû s'adapter à un monde qui allait trop vite et qui finalement leur demandait de disparaître complètement. La sacro-sainte rentabilité. Si ils voulaient survivre dans leur activité de paysans, il fallait d'abord accepter la monoculture, de manière intensive, industrielle. Des machines, des engrais, des produits intrants chimiques, polluants.
En Ardèche, ne pas oublier le tourisme en développement. Faire des dépendances des gîtes ruraux. Des campings. Du profit par tous les moyens, une pleine exploitation de l'environnement.
Au revoir la campagne, la vraie, celle d'un travail sur le temps long des campagnards dont l'interaction et la présence nourissaient. Bonjour à la campagne industrielle des grandes, des immenses exploitations. En 1955, il y avait 30 000 exploitations en Ardèche. En 2010, il en reste même pas 5 000.
Ce n'est pas une évolution normale et inéluctable de notre société moderne comme on pourrait le croire naïvement en se rendant à l'évidence. Non, c'est le fruit d'une politique bien volontaire et préméditée. Une politique européenne, celle des traités, du grand marché qui ne fait survivre que les gros, celle de la concurrence sur un marché de plus en plus continental. Une politique volontaire et calculatrice de "dégraisser" le monde rural par dissuasion. Les rares barges qui ont insisté, beaucoup se sont endettés jusqu'à perdre pied complètement, au grand bénéfice du Crédit Agricole qui en devient la première banque de France, sur les crédits de paysans dans l'oeil du cyclone, moribonds.
La mort de la campagne pour le désert sauvage forestier, c'est la prolifération des sangliers.
Il reste les maisons secondaires, les centres de loisirs et les maisons de retraite. Une petite activité à la saison puis le silence, la mort, l'attente... Les jeunes se barrent à la ville, loin, vite. Ici, c'est le chômage sauf les 3 mois des emplois saisonniers, mal payés, trimant. Ca fait pas un avenir. Certains tentent la débrouille de ce rythme saison/chômdu. C'est la démerde pure, récup' et relation, mais tout est fragile et dégringole bien vite. Les fins de mois de flip et de déprime. La plupart ne tient pas longtemps...
Une campagne qu'on assassine à petits feux mais qui arrivent à la fin de sa lente agonie ? L'Ardèche redeviendra-t-elle sauvage pour le seule plaisir des yeux en été ? Pour imaginer et créer un autre monde rural, ne faudrait-il pas d'abord renverser les principes idéologiques et libéraux qui règnent sur les cerveaux des dirigeants et puissants ? Encore une situation qui crie l'évidence d'un monde qui se marche sur la tête...
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