Ce que révèle l'affaire Karachi

Le 8 mai 2002, à Karachi (Pakistan), un bus militaire transportant les employés français de la Direction des Constructions Navales (DCN) fait un arrêt devant l'hôtel Sheraton. Dans un faux taxi, un kamikaze fait exploser son véhicule piégé. 14 morts, dont 11 Français, et 12 blessés. Très vite, on accuse les extrémistes islamistes terroristes Al Qaida et personne ne se questionne plus que ça. On est dans l'année qui suit les attentats du 11 septembre.
Les familles des victimes, aujourd'hui, demandent la vérité sur la disparition des employés. Et étant donné la portée de cette affaire, on pourrait tous la demander, la vérité, la lumière sur les mobiles et les coupables. L'affaire Karachi est ce genre d'affaire à plusieurs couches qui ramène à très haut et révèle une politique internationale loin des choix du peuple.
Parce que, d'abord, la piste Al Qaida est de moins en moins crédible. Il s'agirait plutôt d'un foutoir de commissions, de corruption et d'espionnage. Des paquets de thunes allant dans un sens, puis des pourcentages des paquets repartant d'où ils viennent (rétro-commissions) sans que le client soit au parfum. On parle de millions d'euros. Les Pakistanais, pas content du tout, donnent des avertissements (des bombes sans détonateurs retrouvées dans la voiture de fonctionnaires par exemple) mais la France s'en fout. Et le pire arrive... Il parait que la DGSE se serait vengés depuis en cassant les jambes de 3 amiraux pakistanais.
Les médias communiquent un peu plus cette partie de mauvais James Bond, mais les enjeux les plus nets, les plus grands, les plus dangereux ne sont pas abordés.
Interessons nous un peu plus à cette DCN, aujourd'hui DCNS. Cette société est le 18ème plus gros producteur d'armement au monde selon les chiffres de 2007. Spécialisée dans la conception de sous-marins, même et surtout nucléaires, et tout ce qu'il y a autour et qui fait beaucoup de dégâts et de morts : torpilles, etc. C'est la deuxième principale société vendeuse d'armes en France après Thales (n°11 mondial) dont une partie a fusionné avec DCN. Dans ce classement, on retrouve les grandes fortunes de France, amis de Sarkozy, comme EADS (n°7) de Lagardère, Safran (n°22), Dassault (n°28)...
Quant à DCNS, elle est à 75% détenue par l'Etat. Et c'est là qu'on rebondit sur la politique de vente d'armes de la France. Une politique peu réfléchie et dangereuse, semblant uniquement motivée par l'argent. En 2007, la France est le 4ème pays le plus dépensier en achats militaires après les USA, le Royaume Uni et la Chine. Et c'est surtout le 3ème plus gros exportateur d'armements dans le monde sur la décennie 1997 - 2007 derrière les USA et la Russie. La vente d'armes dans le monde est devenue une spécialité, pour 18,28 milliards $ sur ces 10 ans. Mais on pourrait se dire que le fait que l'Etat garde la mainmise sur la DCNS par exemple peut permettre de choisir des clients fréquentables et fiables dans le maintien de la paix. Ben, pas du tout. C'est ce que nous révèle aussi l'affaire Karachi. Le Pakistan est le 14ème plus gros importateur d'armement au monde. Et dans la décennie 1997-2007, son principal fournisseur, après la Chine, c'est la France. Plus d'un milliard de dollars de ventes dans cette période. Et la France a voulu entuber un de ses plus gros clients. Le Pakistan dans sa grande finesse diplomatique a réagi dans la violence aveugle. Mais, on peut se demander si cette échange commerciale "de mort" était vraiment une chose sensée. Surtout quand on sait que le Pakistan se trouve au coeur d'une région fort turbulente, avec guerres et terrorismes, qu'elle est au bord de la guerre cycliquement avec l'Inde à propos de son différend sur le Cachemire, et que, cerise sur le gâteau, le Pakistan fait partie du club très fermé des pays détenteurs de l'arme nucléaire...
Et si l'affaire Karachi permettait de mettre le doigt sur les choix fondamentaux de la politique internationale de notre pays ? Veut-on vraiment être un des pays qui vend le plus d'armements dans le monde ? Et ne pourrait-on pas vendre ces armements avec plus de précaution et de prudence ?
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