Chapitre 9 : les déchets

La religion de la Croissance, nouvelle divinité des temps modernes, à l'image des politiques qui, pour tous les problèmes qui les dépassent, l'invoquent devant les caméras. Mais cette foi aveugle dans le « toujours plus » a un prix que nous payons tous, de plus en plus. Toujours plus de production pour plus de consommation et vice-versa. Productivisme et consommation de masse dont la plus excellente des métaphores cinématographiques reste « la Grande Bouffe »
La population augmente et ainsi les déchets de nos sociétés modernes s'amoncellent en une montagne toujours plus haute. Et dans cette même quête infinie de croissance, la durée de vie des objets diminue pour des rééquipements plus fréquents. Téléviseurs, frigos, machines à laver, ordinateurs ont leur longévité raccourcie. On remplit les caddies, puis les coffres, puis les placards dans un délire de stockage. Alors les emballages deviennent des « suremballages », des packs aux étuis fraîcheur. On arrive dans le tout-jetable, des lingettes aux portables. On nous vend tout cela comme un progrès alors que l'on jette de plus en plus, les poubelles surchargées et très peu de recyclage...


Décharge électronique au Nigéria


L'emballage, c'est un tiers de nos déchets dans nos poubelles. Des emballages en abyme (le produit dans un sac, le sac dans du papier bulle, le papier bulle dans une armature de polystyrène, le polystyrène dans un carton, le carton transporté dans un film, etc. ), dans des matières de moins en moins biodégradables, des plastiques de plus en plus complexes. Evidemment, c'est bien plus facile de tout gérer dans la production de biens avec packaging chiadé, d'inonder des marchés, d'écouler les marchandises, mais pour le P.A.V. (pollution après vente), plus personne n'est là, des véritables responsables. Pourrait-on imaginer des enquêtes bien terribles, genre « les Experts », pour retrouver les coupables d'origine à partir des tas et des monceaux qui s'élèvent dans les recoins de la planète, rejetés sauvagement ou déposés sans remord ou encore que les vents ou les vagues ramènent...




Production, commerce, consommation, pour ça, pas de problème on trouve des chiffres bien précis, à la virgule près, à commencer par ce fameux taux de croissance bienfaiteur... Mais pour ce qui est des déchets, les données sont plus floues, estimations approximatives, comme si les chiffres précis dans cette « production poubelle » pouvaient trop foutre la trouille. En 1989, on a bien créé une autorité internationale dans le domaine par le biais de l'ONU : la Convention de Bâle. Mais qui dit Convention, dit donc signature des pays qui jouent le jeu et là, une bonne trentaine ne l'a pas ratifié. D'où trou dans les stats... Bon, ça fait quand même 165 pays mais pas de bol, y'en a 110 qui ne veulent pas donner les chiffres. Ce serait trop compliqué à mettre en place, faut faire faire des déclarations, appliquer des méthodes, bref faut du fric, des gens, faut pas pousser. Ils sont dans la Convention pour faire bien mais juste pour faire bien...
Alors, tout en gardant quelques réserves sur les chiffres partiels de la Convention de Bâle, que voit-on ? Que de plus en plus de déchets se baladent dans le monde, traversent des frontières, sont transportés d'un pays à un autre. Et surtout les plus dangereux, les toxiques, les nucléaires, etc. Dans les années 1980, les industriels réagissent aux lois écologiques de plus en plus contraignantes sur ces déchets dangereux en développant une idée comme ils en ont souvent : décharger tout ça chez les pauvres, au Sud. Il y aura alors plusieurs scandales du style celui du cargo Zanoobia en 1988 (2 200 tonnes de déchets italiens que le navire devait discrètement décharger en Afrique ) et des accords internationaux seront enfin signés pour empêcher ces dérives, ces pratiques dégueulasses de faire des nations les plus démunies des poubelles pour les riches.

Aaah ! Des Conventions et des protocoles, ça, on sait les faire, mais quant aux résultats concrets, on peut être plus sceptiques. Il y a le Protocole de Londres sur les rejets en mer créé en 1996 – 86 Etats à l'heure actuelle sont signataires – la brochure de la Convention en français
Site officiel : www.londonconvention.org
Sur les exportations des produits chimiques, depuis 1998, la Convention de Rotterdam – Le site officiel étant toujours en reconstruction, lien vers la page Wikipédia – Elle réglemente le commerce de 22 pesticides et 5 produits chimiques. Un peu modeste comme objectif depuis sa création.
Enfin, sur les polluants organiques permanents dits les POPS, la Convention de Stokholm depuis 2001 – 152 signataires – site officiel
Au mois de février dernier, il y a eu la bonne idée de faire une réunion simultanée des 3 conventions (Bâle, Rotterdam et Stokholm) en Indonésie à Bali ce qui devrait permettre une meilleure action. Mais, comment s'en convaincre quand on sait que seuls quelques pays sont signataires des 4 traités internationaux comme la France, l'Allemagne ou la Suisse, essentiellement en Europe. Et de nombreux pays ne sont signataires d'aucuns comme les ¾ de l'Amérique du Sud, la moitié de l'afrique, mais surtout des superpuissances comme l'Inde, la Russie et le plus incompréhensible (quoique) les USA... Comment y arriver dans ces conditions ?

Les déchets sont devenus un business, le recyclage une course au profit où tous les moindres coûts sont permis au prix de trafics plus que douteux ou de principes primaires et très pollueurs pour faire disparaître les ordures. L'incinération par exemple le plus courant près de chez vous avec son lot de pollutions atmosphériques et autres, dénoncée grâce au site pratique et précis « la France de l'incinération »
La Terre connait plusieurs endroits poubelle des déchets électroniques, ceux des ordinateurs, des portables, etc. dont les durées de vie s'écourtent d'année en année comme si c'était le symbole ultime du progrès du monde moderne. Voici le lien vers une gallerie de photos prises à travers le monde sur un site suisse tentant d'agir . On les envoie dans le Sud, chez les pays les plus pauvres sous l'alibi d'un recyclage plus que minime, renvoyant loin des composants toxiques comme le cadmium, le plomb, le mercure, etc. Tout le monde trinque en Chine, en Inde, en Afrique du Sud, que ce soient les travailleurs dont les conditions les exposent directement à des maladies immondes, et par extension toute la population puisque les substances contaminent sol, air, eau. On hésite pas longtemps non plus à leur envoyer nos vieux cargos-poubelles à démanteler voire nos navires de guerre périmés et amiantés de partout comme la France avait failli le faire avec le Clémenceau si l'info révélée n'avait pas fait scandale... Heureusement.


Travailleuse chinoise dans une décharge d'ordinateurs



Il est grand temps de repenser tout cet enchaînement de bout en bout. Surtout que dans moins de 40 ans, nous serons 9 milliards sur la planète. Est-ce vraiment un bienfait de la mondialisation que nous exportions de l'autre côté de la planète nos déchets divers les plus dangereux ? La production-consammation de masse à grande vitesse ne va-t-elle pas droit dans le mur ? Ne devrions-nous pas réflechir dès sa production au recyclage des objets dans notre environnement ? Ces pistes de réflexion sont évidentes et il n'y a pas besoin d'être un cerveau surdiplômé pour les suivre, les partager. Un espoir pédagogique pour petits et grands, comme une note d'optimisme, avec le projet « The Story of Stuff » pour finir . Il faudrait le traduire dans toutes les langues autant les animations que les bouquins, cette initiative toute simple mais qui pose les questions à se poser pour ne pas laisser une poubelle planétaire derrière nous. A regarder d'urgence et à faire tourner... Mais surtout prendre conscience que l'issue reste politique car ça reste le seul moyen pour chaque citoyen de freiner la machine productiviste qui ne nous voit que comme des moutons consommateurs et mène le monde soit disant pour « notre bonheur ». Car, sachez-le quand vous verrez les messages de sensibilisation bien pensante dans les médias, en 2000 en France, les déchets ménagers c'était à peine 30 millions de tonnes alors que ceux de l'industrie et de l'agriculture dépassaient les 750 millions de tonnes, graphique de l'ADEME à l'appui... Attaquons-nous au gros du problème.


Déchets en France par secteur en 2000

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