Chapitre 8 : L'accident industriel

Que ce soit les partisans naïfs des journalistes « courageux » faisant à l'humanité entière (comme si celle-ci était suspendue à leur lèvres) une morale condescendante sur l'urgence d'une prise de conscience collective, des images de vacances de M.Hulot (Nicolas) aux prises de vue aériennes, expérimentées pendant des années en suivant le Paris-Dakar par YAB (Yann Arthus-Bertrand). Ou que ce soit les décroissants intégristes décidant de vivre à l'écart du monde dans un sentiment de supériorité face à la « masse ignorante » au fin fond d'un trou perdu avec toilettes sèches et compagnie. On trouve à chaque fois un mépris du peuple qui serait responsable de ne pas pratiquer la « révolution de la brosse à dents » c'est-à-dire cette croyance qu'il suffirait que chaque citoyen ait les mêmes gestes éco-responsables pour sauver l'environnement comme couper le robinet pendant le lavage de mandibules, éteindre ses lumières, trier ses ordures ou consommer éthique et biodégradable...
Et pourtant, dans les faits historiques ou statistiques, les coupables sont connus. Qui a imposé cette société de consommation de masse jusqu'à la rendre inévitable surtout pour les prolos ? Qui a rendu la bagnole indispensable ? Qui polluent le plus sur cette planète ? On le sait, ce sont les industries, les multinationales. Du bâtiment en passant par les agro-alimentaires jusqu'aux pharmaceutiques, pétroliers et chimiques, etc. L'écologie reste un combat politique, une guerre confondue avec celle des classes, entre les classes dirigeantes et les classes populaires. Et comment s'étonner que tout soit orchestré dans les médias pour désamorcer cette lutte dans une ambiance d'éco-tartufferie où tout le monde est gentil et écolo ?



L'un des accidents industriels les plus connus reste Tchernobyl. Revenons sur cette catastrophe qui devrait toujours nous rester en mémoire dans notre bel hexagone où le nucléaire a une place prédominante comme dans nul autre pays à tel point que Kouchner a pu encore affirmer en 2008: « Le nucléaire, une énergie propre et peu coûteuse (…) synonyme de sécurité collective et de prospérité partagée. ». Le 26 avril 1986, suite à une explosion d'hydrogène, du gaz radioactif fuit de la centrale nucléaire soviétique. Sur le coup, 31 morts et 300 hospitalisés, 135 000 évacués, des dizaines de milliers de cancers prévus en URSS et en Europe, 100 millions d'Européens et de Scandinaves pourraient être contaminés ainsi que des terres, des végétations, des aliments. Mais les conséquences véritables avec le recul n'ont jamais été réellement publiées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pourtant des études menées montrent dans une large zone autour de la catastrophe – sur 3 pays Russie, Biélorussie et Ukraine un territoire reconnu contaminé de 155 000 kilomètres carré, soit 1/3 de la France - une nette hausse de tous les types de cancer, de la mortalité infantile et périnatale, des avortements spontanés, des difformités et des anomalies génétiques, des retards mentaux, des maladies neuropsychologiques, des aveugles, des maladies respiratoires, cardio-vasculaires, gastro-intestinales, uro-génitales et endocriniennes.
Financièrement, coût des dommages sur 30 ans : plusieurs centaines de milliards de dollars pour le sarcophage du réacteur, les programmes humanitaires au ralenti, une réhabilitation de la zone à peine entamée...
Le puissant lobby nucléaire manipule les études officielles, censurent celles les plus criantes sur la catastrophe et ses méfaits sur le long terme. Mais on sait tout de même en gros les effets horribles d'une simple fuite sur une centrale nucléaire depuis Tchernobyl.


Conséquences de la catastrophe sur l'Europe entière











Cahiers de Global Chance n°25 page 34 liste des incidents entre 1986 et 2006 sur les centrales françaises.
The Tchernobyl Catastrophe sur greenpeace.org résumé de 12 pages en français des impacts sanitaires de la catastrophe.

En France, les incidents sur les centrales ne sont pas rares et augmentent même ces derniers temps. Preuves cet été 2007 avec des évènements étouffés et vite oubliés notamment à l centrale du Tricastin.
Déjà à la centrale de Fessenheim, début 2004, 7 incidents s'y étaient produits avec 12 personnes contaminées. Etant donnée la culture du secret dans ce secteur énergétique, on peut supposer des pollutions multiples dont il est responsable. Attend-on le Tchernobyl français pour admettre la grande dangerosité de l'énergie nucléaire ? L'Etat, lui, rassure son monde en mettant à disposition de chacun le site www.mesure-radioactivite.com permettant de connaître les dernières mesures de taux de radioactivité près de chez soi. On peut ainsi y voir les effets des anciennes mines d'uranium de Vendée dans nos contrées seulement arrêtées dans les années 1990. Un site officiel réalisé avec la collaboration des labos d'Areva, d'EDF, de CEA, etc. c'est vous dire si c'est fiable...



L'un des accidents les plus révélateurs du système industriel mondialisé majoritairement coupable des pires atteintes à la nature, c'est Bhopal. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un gaz ultra toxique à base de phosgène, le fameux gaz moutarde des champs de bataille, s'échappe de l'usine américaine de la multinationale Union Carbide, à Bhopal en Inde. Pas un des systèmes de sécurité pour l'évacuation n'est opérationnel dans un souci d'économie. 42 tonnes de gaz vont se disperser dans la ville alentour. Officiellement, à peine 8 000 morts au dernier décompte de 1995. Mais il y aurait plus vraisemblablement autour de 20 000 morts et plus de 350 000 personnes atteintes à des degrés divers. C'était une usine de pesticides produisant près de 5 000 tonnes par an. Dans ce tristement célèbre exemple, on trouve tous les ingrédients de la pollution massive des multinationales : délocalisation dans le sud moins regardant sur les rejets et les atteintes à l'environnement en plus des conditions de travail idéales pour les employeurs, réductions à tous les étages favorisant la catastrophe, production de produits chimiques dont les effets sur les terres, les eaux et les aliments à long terme seront dévastateurs pour les générations futures (les premières révélations commencent déjà à paraître entre les affaires des algues vertes et l'augmentation du nombre des cancers dans le monde... ). Ajoutons l'impunité puisque la boîte américaine a à peine dédommagé les victimes par des sommes insultantes et n'a même pas nettoyé le site contaminé. Les eaux et le sol sont infestés mais pourquoi Union Carbide, Dow Chemical depuis une fusion en 1999, devrait-elle y faire quelque chose car, après tout, cette pollution s'est faite surtout pendant ses activités quotidiennes de production ?
http://www.bhopal.net/

Quelques images de la tragédie sur youtube

Car ce ne sont pas seulement les accidents qui polluent massivement, c'est aussi tout simplement les activités normales. Dans le secteur du pétrole ou des mines, c'est très parlant. Dans les médias, relayant uniquement les évènements, donc le fait ponctuel et exceptionnel, avec émotion et sans recul ni analyse posée, on va parler surtout des accidents : marée noire, mine effondrée, explosion, etc. Prenez le cas Erika. Le 12 décembre 1999, le pétrolier parti de Dunkerque pour l'Italie se brise et coule au large de Penmarch. On peut innocemment pensé que c'est la faute à la tempête, la faute à pas de chance. Mais quand on sait que le bateau avait 24 ans, qu'il avait changé 7 fois de nom, 9 fois de gestionnaire et 5 fois de pavillon, on peut trouver d'autres raisons bien plus vraies : recherche du profit maximum, intraçabilité des coupables, montage véreux, etc.
Rapport complet des faits



Thierry Desmarest PDG de Total peut tranquillement rejeter la responsabilité sur l'armateur selon le droit international. Un PDG qui, le 5 janvier 2000, sera même élu « manager de l'année 1999 ». Cette pratique est courante dans ce merveilleux monde des pavillons de complaisance. Erika ne sera ni le premier, ni le dernier de ces cas de marée noire. Sans oublier, ces transports maritimes et autres plate-forme et leur pollution « ordinaire ». Dégazage, fuite, forages, etc. Les deltas des fleuves endommagés sur les fleuves Niger au Nigeria ou Mahakam à Bornéo. A-t-on déjà effacé des mémoires les « galettes » de mazout échouées par milliers sur nos côtes il y a quelques mois... Evident lorsque l'on sait que, chaque année dans le monde, 600 000 tonnes de pétrole sont rejetées en mer : 30% des installations pétrolières, 60% des bateaux qui dégazent ou fuient et seulement 10% des marées noires.

Article sur boulettes de pétrole sur les plages de Loire-Atlantique et de Vendée. (article de fin 2009)

Les statistiques montrent une nette augmentation des rejets sauvages d'hydrocarbures dans les mers
L'état des cours d'eau dans le monde en 2009 suite aux actes industriels, lourds de conséquences dramatiques y compris sur les populations dans un rapport en anglais de International Rivers Network
Un documentaire aux belles images de 20 mn en anglais sur le site du Conseil de défense des ressources naturelles, bilan de l'acidification des océans dû à l'explosion des émissions de CO2 par les hommes, narré par Sigourney Weaver
Un site dédié à la défense du monde et de la vie sauvage sur le continent américain notamment l'Alaska où grâce à W.Bush se construisent des puits de pétrole...


Les rejets dans l'atmosphère ou dans les cours d'eau et les terres par les industries ne sont pas autant affichés que ceux des transports. Il est vrai que ceux-ci sont coupables des trois quarts des rejets d'oxydes d'azote mais pour ce qui est du souffre, d'ozone, de suies, et de bien d'autres, ce sont bien des rejets industriels en majorité. Les lois pour encadrer ces souvent grandes multinationales tardent à être votées et sont rares par rapport à celles concernant tous les citoyens.
Pourtant, à travers ces trois exemples symboliques et en poussant la réflexion, on peut vraiment se demander si, finalement, les principaux fautifs n'étaient pas ces industries, trusts ou multinationales, immensément riches, intouchables, manipulatrices, détentrices de capitaux et de pouvoirs infinis devant lesquelles les politiques du monde entier se couchent. Elles disent se plier au choix des consommateurs et des clients mais nous consulte-t-on vraiment dans les décisions qui sont prises ? Depuis le règne tout-puissant de la bagnole individuelle jusqu'à l'omniprésence de la publicité où que l'on regarde ou que l'on lise, depuis le règne du tout « fast » (de la bouffe à la santé, de l'éducation à la culture, etc.) jusqu'à la prédominance du profit et de la rentabilité au mépris de la qualité de vie, de la gestion des risques et des dangers, de la catastrophe aux effets sur le long terme. A-t-on vraiment choisi cette situation du monde dans tous les domaines de nos vies ? Et, pire encore, a-t-on encore la possibilité de faire entendre la voix des gens pour changer les choses, maintenant que pratiquement tous les secteurs appartiennent au privé, a-t-on encore ce pouvoir, qu'on appelle comment déjà ?... Ah oui ! La démocratie, j'oublie à chaque fois...

Commentaires

Michelle a dit…
article génial merci!=)

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