Retour vers le futur, une fable altermondialiste
Il y a quelques rares films dans notre DVDthèque dont on ne se lasse jamais et qu'on regarde au moins une fois l'an. « Retour vers le futur » est, pour moi comme pour pas mal d'autres, l'un de ces films. On peut se demander d'où vient la magie de ce film qui fait qu'à chaque visionnage on découvre un nouveau kif... Sans doute sue les chefs-d'oeuvre le sont grâce à leur profondeur permettant à chaque moment, à chaque âge de la vie, à chaque époque, une nouvelle lecture. Comme souvent pendant les fêtes, j'ai glissé le DVD dans le lecteur et voici une nouvelle interprétation étonnante de ce film décidément génial...

Le film de Zemeckis est prophétique. Il a tout compris à son époque de fin de siècle et ce bien avant le recul qui sera nécessaire à la plupart des intellectuels pour en faire une analyse claire et objective. L'une des grandes réussites et l'un des grands défis lors du tournage fut de renvoyer en miroir anamorphique deux époques que trente ans séparent : les années 1955 et 1985 dans une même petite ville américaine : Hill Valley. Une reconstitution par des lieux clés du scénario : la place principale, le lycée, l'intérieur d'une maison de classe moyenne, le lieu des recherches d'un scientifique, etc. Mais révisons d'abord ces deux époques aux USA...
1955, c'est le matin des Trentes Glorieuses, le temps d'une Amérique riche, faste, jeune, dynamique, positive, de plein emploi, de progrès technique et social. Après la Seconde Guerre mondiale, les leaders du monde libre ont retenu la leçon après le capitalisme sauvage et financier menant à la crise de 1929 puis au foisonnement des nationalismes pour aboutir au nazisme et au fascisme... Et ne serait-ce que pour combattre les idées communistes, il faut un monde plus juste, plus fraternel. L'Occident, les USA sont donc dans une écoinomie mixte que Keynes a inspiré : un capitalisme certes mais régulé, encadré, planifié avec de nombreux systèmes de redistribution au peuple le plus démuni des richesses produites en masse pour plus d'égalité. C'est le plein emploi, la qualité de vie, les salaires, le confort, tout augmente.
1985, C'est le retour du cauchemar libéral, du capitalisme dérégulé, de la loi dominatrice du marché : le néolibéralisme triomphant. Il s'impose partout après avoir été testé par le dictateur Pinochet dans le laboratoire qu'est le peuple chilien, les jeunes économistes US menés par Milton Friedman y font leurs armes avant le reste du monde. Reagan aux States et Tchatcher au Royaume Uni l'installent tranquillement. Cette dernière trouve même le slogan qui fera son succès jusqu'à aujourd'hui : TINA (There Is No Alternative – Il n'y a pas d'alternative). Destruction de toutes les aides et les systèmes pour la santé, l'éducation, le chômage, etc. Acquis de l'histoire oubliés pour les simples missions indispensables par des temps de révolte : la justice et la répression pour assurer l'ordre des plus riches. Les écarts de fortunes explosent entre les extrêmements riches et le reste. Tous les ménages font appel massivement au crédit pour continuer le paraître de « l'American Way of Life » (on voit où cela nous mènera avec la crise des subprimes récemment). L'important c'est le profit à court terme, la rentabilité maximum, finis les longs investissements, fini le progrès intelligent, fini le temps de la pais des Nations...

« Retour vers le futur » met en contratse ces deux époques et ça saute aux yeux. Prenez le centre-ville : dans les années 1980, c'est crade, délabré, non entretenu, de nombreux magasins sont fermés liquidés par le règne des grandes surfaces et des énormes centres commerciaux toujours à la périphérie de la ville, mort du commerce de proximité reste qu'un lieu de culte de l'individualisme narcissique, une salle d'aérobic. Dans les eighties, la voiture est devenue l'outil indispensable et ultra symbolique à tel point que la place principale devant la tour de l'horloge est devenue un parking bétonné. La nuit, on y trouve un SDF que l'on croise à la fin du film, rappel de l'explosion du nombre de homeless dans les années 1980 aux USA. En fait la ville, l'Etat n'assure même plus ses missions de nettoyage, de réparation, de restauration, de redynamisation, d'investissement. Les caisses sont soi-disant vides et même l'horloge ne peut être réparée, des citoyens doivent faire la quête pour la sauver... Le service public a été dévasté... Dans les fifties, la place est vivante, avec de nombreux piétons, un bel espace vert avec de magnifiques arbres entretenus comme toute les rues, une présence policière de proximité, des boutiques éclatantes presque magiques comme cette station-service où des employés en uniforme surgissent de nulle part au moindre client. Tout est propre, tout est nickel. La salle d'aérobic est en fait maintenant ce snack-bar Lou's Café où tout le monde se croise et communique, bondé même aux heures de pointe des jeunes... Et bien-sûr, l'horloge sonne.

Le film tourne surtout autour de la création scientifique et artistique. Tout d'abord, évidemment, le créateur, c'est Doc Emmett Brown. On voit bien qu'il y une rupture entre ces deux époques de sa vie. En 1985, il habite dans un fatras limite taudis étroit et pendant le générique aux milles horloges on peut voir une coupure de presse ancienne du Hill Valley Telegraph qui évoque l'incendie du manoir Brown, manoir que l'on peut voir en 1955. Il vivait dans une demeure immense avec dépendances pour sa science. Cette science et cette technologie selon Doc, elle est humaniste, indépendante et désinteressée oeuvrant pour le progrès de l'humanité et non pour le profit des actionnaires. Dans les années 1950 on peut l'imaginer aidé par des subventions publiques et du mécénat, il est dans les beaux quartiers, il est le savant respecté de la communauté. Dans les 80's, il est le tocard selon le proviseur du lycée, il est même pauvre puisque que l'on devine un rappel de dette dans le générique chez lui, déjà évoqué. Pour ses expériences, il s'est ruiné et est obligé de truander des terroristes lybiens en vendant une bombe nucléaire pour obtenir des doses de plutonium. Faut-il que le scientifique soit donc au bord du gouffre pour en venir à de tels risques pour cette humanité qu'il en vient peut-être finalement à mépriser dans sa chute...?
L'artistique ensuite, central dans l'histoire. Mais un art populaire comme celui qu'exerce avec virtuosité M. Zemeckis. Dans ce scénario, on peut retrouver la longue lutte que Zemeckis a du mener pour que son script « Back to the future » soit enfin produit, comme la lutte des McFly pour leur art respectif. Heureusement Spielberg n'avait pas oublier ce scénar dément que son ami lui avait fait lire et le produira. Les McFly, père et fils, représentent des parts intérieures du réalisateur. Ils sont tout deux talentueux mais ne parviennent pas à s'exprimer. George écrit dans son cahier de la SF mais ne la fait pas lire de peur de l'humiliation de plus. Il n'ouvrira les portes de son destin d'écrivain de romans d'évasion à l'eau de rose qu'une fois qu'il aura contrarié la loi du plus fort et de la connerie que symbolise Biff Tannen par une droite légendaire à Hill Valley. Rien n'aurait été toutefois possible sans l'intervention de son fils Marty McFly. Bloqué lui aussi, stoppé et éliminé par des juges craignos qu'on imagine conservateurs et républicains et qui qualifient sa musique de bruit, on voit pourtant qu'il est excellent guitariste même si, dès les premiers plans du film, il veut jouer le plus fort possible pour, surtout, se faire entendre. Il ne se révèle qu'à une époque propice, 1955, époque où la jeunesse est ouverte, positive, prête à la nouveauté, quitte à ce que Marty, en imitant ses idoles laissant peu à peu sa passion prendre le dessus, révolutionne la musique rock...

Zemeckis exprime, lui, son envie de faire un cinéma populaire sans prétention mais avec du sens. Certes, il n'a pas conscience de ce message altermondialiste mais on peut parler d'une certaine lucidité immédiate, malgré lui, à dépeindre le monde et son mouvement. Et puis, il n'oublie pas non plus de nuancer le contraste car dans les années 1950 la lutte pour les droits civiques des Noirs, des femmes, etc. n'a pas encore eu lieu et le film n'omet pas de dépeindre cette réalité historique-là. Même si, là aussi, Zemeckis n'hésite pas à laisser quelques critiques à travers le personnage de Goldie Wilson. Il est balayeur dans les 50's et sera maire de Hill Valley en 85, mais sa campagne reprend les mêmes promesses jamais tenues du candidat blanc du passé. Et puis, entre les lignes de l'histoire de « Retour vers le futur », il y a le cinéma populaire. Ce cinéma que la salle étincelante et fréquentée du centre ville de 1955 projette, avec des titres de film d'aventures, avec des acteurs qui font rêver. En 1985, dans le centre, on ne trouve plus qu'un cinéma porno XXX jouant « Orgy american style » (ainsi qu'une librairie de cul aussi « Cupid Adult ») et le beau cinéma est devenu un lieu de rassemblement religieux à l'arrache, comme ils furent nombreux dans les années 1930 après la crise, pour « Assembly of Christ » avec une croix « Jesus saves » comme pour mieux symboliser la mort d'un cinéma, d'une culture. Zemeckis dénonce et ce n'est pas un hasard si la Delorean défonce ce cinéma détourné lors du retour final de Marty à son époque. Marty, et par extension Zemeckis, a changé le cours de l'hitoire (du 7ème art). La culture populaire retrouve un second souffle, le peuple doit suivre vers un mouvement populaire aussi. Hélas ce n'est, après tout, qu'un film de divertissement. La décennie 1980 et son rouleau compresseur néolibéral ont bel et bien existé. Retournons vers le futur. Où sont les clefs de la Delorean...?
To be continued...

Le film de Zemeckis est prophétique. Il a tout compris à son époque de fin de siècle et ce bien avant le recul qui sera nécessaire à la plupart des intellectuels pour en faire une analyse claire et objective. L'une des grandes réussites et l'un des grands défis lors du tournage fut de renvoyer en miroir anamorphique deux époques que trente ans séparent : les années 1955 et 1985 dans une même petite ville américaine : Hill Valley. Une reconstitution par des lieux clés du scénario : la place principale, le lycée, l'intérieur d'une maison de classe moyenne, le lieu des recherches d'un scientifique, etc. Mais révisons d'abord ces deux époques aux USA...
1955, c'est le matin des Trentes Glorieuses, le temps d'une Amérique riche, faste, jeune, dynamique, positive, de plein emploi, de progrès technique et social. Après la Seconde Guerre mondiale, les leaders du monde libre ont retenu la leçon après le capitalisme sauvage et financier menant à la crise de 1929 puis au foisonnement des nationalismes pour aboutir au nazisme et au fascisme... Et ne serait-ce que pour combattre les idées communistes, il faut un monde plus juste, plus fraternel. L'Occident, les USA sont donc dans une écoinomie mixte que Keynes a inspiré : un capitalisme certes mais régulé, encadré, planifié avec de nombreux systèmes de redistribution au peuple le plus démuni des richesses produites en masse pour plus d'égalité. C'est le plein emploi, la qualité de vie, les salaires, le confort, tout augmente.
1985, C'est le retour du cauchemar libéral, du capitalisme dérégulé, de la loi dominatrice du marché : le néolibéralisme triomphant. Il s'impose partout après avoir été testé par le dictateur Pinochet dans le laboratoire qu'est le peuple chilien, les jeunes économistes US menés par Milton Friedman y font leurs armes avant le reste du monde. Reagan aux States et Tchatcher au Royaume Uni l'installent tranquillement. Cette dernière trouve même le slogan qui fera son succès jusqu'à aujourd'hui : TINA (There Is No Alternative – Il n'y a pas d'alternative). Destruction de toutes les aides et les systèmes pour la santé, l'éducation, le chômage, etc. Acquis de l'histoire oubliés pour les simples missions indispensables par des temps de révolte : la justice et la répression pour assurer l'ordre des plus riches. Les écarts de fortunes explosent entre les extrêmements riches et le reste. Tous les ménages font appel massivement au crédit pour continuer le paraître de « l'American Way of Life » (on voit où cela nous mènera avec la crise des subprimes récemment). L'important c'est le profit à court terme, la rentabilité maximum, finis les longs investissements, fini le progrès intelligent, fini le temps de la pais des Nations...

« Retour vers le futur » met en contratse ces deux époques et ça saute aux yeux. Prenez le centre-ville : dans les années 1980, c'est crade, délabré, non entretenu, de nombreux magasins sont fermés liquidés par le règne des grandes surfaces et des énormes centres commerciaux toujours à la périphérie de la ville, mort du commerce de proximité reste qu'un lieu de culte de l'individualisme narcissique, une salle d'aérobic. Dans les eighties, la voiture est devenue l'outil indispensable et ultra symbolique à tel point que la place principale devant la tour de l'horloge est devenue un parking bétonné. La nuit, on y trouve un SDF que l'on croise à la fin du film, rappel de l'explosion du nombre de homeless dans les années 1980 aux USA. En fait la ville, l'Etat n'assure même plus ses missions de nettoyage, de réparation, de restauration, de redynamisation, d'investissement. Les caisses sont soi-disant vides et même l'horloge ne peut être réparée, des citoyens doivent faire la quête pour la sauver... Le service public a été dévasté... Dans les fifties, la place est vivante, avec de nombreux piétons, un bel espace vert avec de magnifiques arbres entretenus comme toute les rues, une présence policière de proximité, des boutiques éclatantes presque magiques comme cette station-service où des employés en uniforme surgissent de nulle part au moindre client. Tout est propre, tout est nickel. La salle d'aérobic est en fait maintenant ce snack-bar Lou's Café où tout le monde se croise et communique, bondé même aux heures de pointe des jeunes... Et bien-sûr, l'horloge sonne.

Le film tourne surtout autour de la création scientifique et artistique. Tout d'abord, évidemment, le créateur, c'est Doc Emmett Brown. On voit bien qu'il y une rupture entre ces deux époques de sa vie. En 1985, il habite dans un fatras limite taudis étroit et pendant le générique aux milles horloges on peut voir une coupure de presse ancienne du Hill Valley Telegraph qui évoque l'incendie du manoir Brown, manoir que l'on peut voir en 1955. Il vivait dans une demeure immense avec dépendances pour sa science. Cette science et cette technologie selon Doc, elle est humaniste, indépendante et désinteressée oeuvrant pour le progrès de l'humanité et non pour le profit des actionnaires. Dans les années 1950 on peut l'imaginer aidé par des subventions publiques et du mécénat, il est dans les beaux quartiers, il est le savant respecté de la communauté. Dans les 80's, il est le tocard selon le proviseur du lycée, il est même pauvre puisque que l'on devine un rappel de dette dans le générique chez lui, déjà évoqué. Pour ses expériences, il s'est ruiné et est obligé de truander des terroristes lybiens en vendant une bombe nucléaire pour obtenir des doses de plutonium. Faut-il que le scientifique soit donc au bord du gouffre pour en venir à de tels risques pour cette humanité qu'il en vient peut-être finalement à mépriser dans sa chute...?
L'artistique ensuite, central dans l'histoire. Mais un art populaire comme celui qu'exerce avec virtuosité M. Zemeckis. Dans ce scénario, on peut retrouver la longue lutte que Zemeckis a du mener pour que son script « Back to the future » soit enfin produit, comme la lutte des McFly pour leur art respectif. Heureusement Spielberg n'avait pas oublier ce scénar dément que son ami lui avait fait lire et le produira. Les McFly, père et fils, représentent des parts intérieures du réalisateur. Ils sont tout deux talentueux mais ne parviennent pas à s'exprimer. George écrit dans son cahier de la SF mais ne la fait pas lire de peur de l'humiliation de plus. Il n'ouvrira les portes de son destin d'écrivain de romans d'évasion à l'eau de rose qu'une fois qu'il aura contrarié la loi du plus fort et de la connerie que symbolise Biff Tannen par une droite légendaire à Hill Valley. Rien n'aurait été toutefois possible sans l'intervention de son fils Marty McFly. Bloqué lui aussi, stoppé et éliminé par des juges craignos qu'on imagine conservateurs et républicains et qui qualifient sa musique de bruit, on voit pourtant qu'il est excellent guitariste même si, dès les premiers plans du film, il veut jouer le plus fort possible pour, surtout, se faire entendre. Il ne se révèle qu'à une époque propice, 1955, époque où la jeunesse est ouverte, positive, prête à la nouveauté, quitte à ce que Marty, en imitant ses idoles laissant peu à peu sa passion prendre le dessus, révolutionne la musique rock...

Zemeckis exprime, lui, son envie de faire un cinéma populaire sans prétention mais avec du sens. Certes, il n'a pas conscience de ce message altermondialiste mais on peut parler d'une certaine lucidité immédiate, malgré lui, à dépeindre le monde et son mouvement. Et puis, il n'oublie pas non plus de nuancer le contraste car dans les années 1950 la lutte pour les droits civiques des Noirs, des femmes, etc. n'a pas encore eu lieu et le film n'omet pas de dépeindre cette réalité historique-là. Même si, là aussi, Zemeckis n'hésite pas à laisser quelques critiques à travers le personnage de Goldie Wilson. Il est balayeur dans les 50's et sera maire de Hill Valley en 85, mais sa campagne reprend les mêmes promesses jamais tenues du candidat blanc du passé. Et puis, entre les lignes de l'histoire de « Retour vers le futur », il y a le cinéma populaire. Ce cinéma que la salle étincelante et fréquentée du centre ville de 1955 projette, avec des titres de film d'aventures, avec des acteurs qui font rêver. En 1985, dans le centre, on ne trouve plus qu'un cinéma porno XXX jouant « Orgy american style » (ainsi qu'une librairie de cul aussi « Cupid Adult ») et le beau cinéma est devenu un lieu de rassemblement religieux à l'arrache, comme ils furent nombreux dans les années 1930 après la crise, pour « Assembly of Christ » avec une croix « Jesus saves » comme pour mieux symboliser la mort d'un cinéma, d'une culture. Zemeckis dénonce et ce n'est pas un hasard si la Delorean défonce ce cinéma détourné lors du retour final de Marty à son époque. Marty, et par extension Zemeckis, a changé le cours de l'hitoire (du 7ème art). La culture populaire retrouve un second souffle, le peuple doit suivre vers un mouvement populaire aussi. Hélas ce n'est, après tout, qu'un film de divertissement. La décennie 1980 et son rouleau compresseur néolibéral ont bel et bien existé. Retournons vers le futur. Où sont les clefs de la Delorean...?
To be continued...
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