L'enjeu iranien, enjeu du monde




Des intellectuels mégalomanes et bellicistes, avec en tête Samuel Huntington, ont théorisé le « clash des civilisations », une sorte de promesse de nouvelle guerre planétaire entre l’islam et l’occident. Il fallait bien un nouvel ennemi depuis l’effondrement de l’URSS. L’attaque du 11 septembre 2001 a permis d’élever cette nouvelle confrontation manichéenne à l’échelle mondiale, et dans tout l’Europe, des élites politiques et médiatiques ont épousé cette analyse pro-guerre de la géopolitique mondiale. De Kouchner à Finkielkraut (pour exemples voici quelques perles islamophobes de l’intello datant de 2005 après les émeutes dans les banlieues), de Zemmour à BHL, dans notre bel hexagone, le choc des civilisations fait des adeptes dans les plus écoutés par les médias dominants. C’est pourquoi la situation en Iran est préoccupante voire carrément flippante. Si le pays en vient à s’écrouler, tous les pires scénarios sont imaginables pour précipiter le monde entier dans le chaos de la guerre globale.

Pourtant on avait tourné la page de W. Bush qui, en 2002, plaçait l’Iran avec l’Irak et la Corée du Nord dans l’axe du mal. Avec Obama, les relations se radoucissent surtout avec son discours du Caire, appel vers un islam sans diabolisation ni caricature. « Un nouveau départ » avec une nouvelle lecture des points chauds du globe comme la Palestine, l’Irak ou l’Afghanistan.
Intégralité du discours traduit 
On a envie de croire en la sincérité du président étasunien. Mais le mal causé par les deux mandats agressifs et prétentieux de W. n’est pas prêt de s’effacer comme ça… Le mal aussi causé par les interventions occidentales dans le pays alors qu’il était encore la Perse. Les Anglais et les Russes se sont chamaillés ces terres riches en pétrole au cours de la première moitié du 20ème siècle. Et quand enfin un dirigeant fort iranien, Mossadegh, en 1951 a nationalisé l’or noir, dès 1953 la CIA est intervenu en douce pour remettre la monarchie du chah au pouvoir au prix de milliers de morts exécutés. Les Américains ne sont pas venus pour rien, ils accaparent 40% du pétrole. Du coup, on peut comprendre que le peuple iranien ne fasse pas confiance aux Occidentaux. En 1978 - 1979, avec à nouveau des milliers de morts, c’est la Révolution islamique qui s’installe… Voici les documents déclassifiés sur l’implication des services secrets américains et britanniques dans le coup d’Etat de 53 

Président Mossadegh renversé avec la complicité de la CIA










Aujourd’hui, c’est la ligne dure qui est aux commandes dans la république musulmane iranienne, mais cela n’a pas toujours été le cas. Certes depuis la Révolution, la République reste sous une tutelle religieuse forte avec contrôle important sur le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Cette tutelle, c’est le guide de la révolution, l’ayatollah, celui qui déclare les guerres, les référendums, qui nomme les membres des conseils les plus puissants, les directeurs des médias, les chefs d’armée, bref quasi le grand omnipotent. Toutefois, il s’agit d’une République avec un président élu au suffrage universel et s’il n’est qu’un intendant sur l’économie et le social du pays, il reste le représentant le plus légitime du peuple iranien. Ainsi, avant 2005, le président élu par deux fois sans le soutien du guide religieux mais avec une forte participation, Khatami, avait réussi à faire des réformes pour plus de libertés même si les problèmes de santé économique et sociale du pays s’accumuleront.

En 2005, les frasques agressives diplomatiques de Bush junior aidant, c’est le retour de la ligne dure au pouvoir avec le protégé de l’ayatollah Khamenei, élu président de justesse, le célèbre nationalo-populo-xénophobe Mahmoud Ahmadinejad. En plus d’être le pendant du président cow-boy US côté Perse, il va complètement planter sa politique économique qui promettait pourtant beaucoup… Tant et si bien que pendant la campagne présidentielle de cette année, c’est Khatami qui, se représentant à ce même poste, a le plus gros soutien populaire.

Mais pour l’ayatollah et les plus conservateurs, il n’est pas question de retrouver un réformateur comme président. Les candidats progressistes vont donc avoir des bâtons dans les roues lors de toute la campagne : absence dans les médias, inscription acceptée au dernier moment, etc. Mais le protégé Ahmadinejad ne peut échapper à un débat à la télé contre Khatami, un débat qui va faire un audimat rarement connu et où le président sortant va se faire humilier sur ses chiffres désastreux (inflation, chômage, croissance, etc.). Alors le 12 juin, le jour du vote, par peur de voir ce réformateur réélu et pour assurer une fraude électorale dans les règles de l’art, l’armée est dans les rues dès 17 heures. On annonce ensuite sans un pet de remords des résultats complètement impossibles qui deviennent officiels le lendemain : 63% pour Ahmadinejad et une opposition qui fait 10 à 15 fois moins qu’aux dernières élections (!!).

La réaction du peuple est presque immédiate : grosse mobilisation dans les rues qui sera réprimée dans le sang. Depuis, tous les actes se jouent vers la tragédie, la mort d’une démocratie : interdiction de manifester, rupture avec le monde extérieur, procès staliniens, etc. Certains diront que c’est la logique d’une république islamique de vaciller vers la tyrannie mais le mélange démocratie/religion fonctionne bien dans d’autres pays comme Israël se présentant comme un Etat juif (qu’il est loin d’être exclusivement) ou même, pourquoi pas, les States qui signent chacun de ses objets les plus sacrés, le billet vert, d’un « In God We Trust »… L’Iran sombrant dans une telle impasse totalitaire, c’est une véritable poudrière et l’on sait que cette partie du monde déchaîne déjà les tensions voire les guerres. Car l'heure y est déjà à la radicalisation avec l'alliance droite-extrême droite au pouvoir en Israël, les guerres au Soudan, en Irak, en Afghanistan, au Soudan, en Ethiopie...
Voici une carte de la poudrière et du chaos de cette zone du monde :














Alors stop à la diabolisation de ce pays ou à une vision hautaine ou postcoloniale, il est important pour tous de soutenir ce peuple, celui de Persepolis, celui de plus de 70 millions d’âmes issues de tant de groupes différents (perses, azéri, kurdes, pachtounes, talysh, arabe, etc.) et de le respecter comme une civilisation ancestrale. Voici un atlas réalisé par des chercheurs français consacré à l’Iran 
Et pour son histoire ancestrale

L'Iran doit se relever porté par son peuple uni, il en va de la santé du monde...

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