Le chaos et le trou noir

On a vite fait de considérer l’économie comme quelque chose de bien trop complexe pour le profane, l’amateur, le quidam. Et finalement c’est exactement ce qu’ils veulent, rendre ce domaine tellement hermétique voire ésotérique (soit nécessitant une initiation) car ça sert la cause des dominants sur la majorité des dominés. On le voit par exemple avec la Crise actuelle. La plupart croit que cette crise, c’est la faute à pas de chance, ça arrive, comme disent les pare-chocs des bagnoles ricaines : « Shit happens ».
Mais en réalité, tout est simple et selon un même plan qui tient depuis des siècles. Pour mieux comprendre, il y a quelques types qui vulgarisent, éclairent comme il faut, encore faut-il les lire, et il y a aussi des métaphores plus fortes que de nombreux exposés et plus parlant que les discours incompréhensibles et crétins des chroniqueurs en bourse des télés et radios du monde.
Marx l’avait déjà bien expliqué et éclairci mais se farcir « Le Capital » n’est pas vraiment la fête. Toutefois, tout est d’actualité dans la vision marxienne des choses. La lutte des classes n’a jamais cessé même si tous les bien-pensants nous disent que c’est une expression obsolète et même vulgaire. Il y a toujours ce combat entre Capital et Travail. Mais commençons par présenter François Ruffin, ce géniallissime journaliste qui a eu un jour cette idée folle de faire son boulot car ce sont ses écrits et articles qui m’ont permis de, tout d’un coup, y voir bien plus clair (et pourtant j’ai un bac Eco et Social) dans l’économie actuelle…
Ruffin a à peu près le même âge que moi, trentenaire de 1975, même génération, même référence, même langage à l’oral. Il a fait la plus prestigieuse école de journalisme de France, où sont passés des mecs comme PPDA, Lescure ou encore Pujadas. Mais la débilité des connaissances transmises et l’abrutissement en 2 ans de l’apprentissage dans l’école parisienne l’oblige à en écrire un bouquin excellent, qui dévoile ainsi tout ce qui explique le vide et l’impuissance des journalistes actuels, de TF1 à Itélé. C’est « Les Bons Soldats du Journalisme » (Editions Les Arènes).
Evidemment, le Ruffin est plutôt grillé dans les grands médias dominants. Il trouvera tout de même où travailler dans l’un des meilleurs journaux du monde Le Monde Diplomatique et dans l’émission de Mermet sur France Inter, dernier souffle de gauche dans les médias audiovisuels, « Là-bas si j’y suis ». Et il va créer son propre canard dans sa ville, Amiens, le journal Fakir. Ca va tellement déménager et bousculer que depuis 2 mois, Fakir est devenu périodique national. Achetez-le, vous ne serez pas déçus…
Site de Fakir
Bon, portrait rapide terminé, pourquoi je parle de Ruffin ? Parce que ses travaux/enquêtes sur l’économie et la société permettent d’y voir nettement plus et avec simplicité. Tout est d’ailleurs réuni dans on dernier ouvrage : « la Guerre des Classes ». En particulier cet article paru dans le Diplo.
Il y explique comment on nous truande depuis 25-30 ans. En prenant simplement la totalité des richesses produites, soit le PIB (Produit Intérieur Brut), on sait qu’il se redistribue à deux grands groupes, le Capital et le Travail. Et c’est là que ça saute aux yeux, depuis plus de 25 ans, ça va dans le sens inverse, le Capital grignote jusqu’à avoir repris 9.3% sur ce qui devrait être redistribué aux travailleurs. Ca représente plus de 100 milliards d’euros ! Soit plus que le trou de la sécu, le déficit des retraites et de l’ANPE additionnés ! L’argent a toujours été là, on nous l’a juste piqué à la source, et comme toujours par la classe ennemie, la classe possédante du capital… Et comment ? Par un stratagème en longueur que même les dirigeants sont dans l’obligation d’admettre depuis le mois de mai 2009. En effet le 13 est paru officiellement le rapport Cotis à le demande du président sur le partage des profits et les écarts de rémunérations en France. Dedans, on peut y lire toute la lente prise des productions de richesses du travail vers le capital par le basculement des cotisations sociales patronales vers les cotisations salariales par un jeu de baisse/augmentation parallèles ou encore par la précarisation des travailleurs dans le jeu de baisse des CDI /augmentation des intérimaires – CDD – temps partiel de l’autre, etc.
Dans ces 25 ans où le rapport capital - travail a lentement changé pendant qu’on s’endormait, ils ont aussi changé l’économie vers la complexité, bref vers l’écran de fumée. Il n’y pas seulement UNE économie, il y en a maintenant TROIS qui se superposent. L’économie réelle est parasitée par l’économie financière, vous savez, celle des titres, des actions, des obligations. Qui elle-même a produit l’économie virtuelle, celle des produits dérivés, de la spéculation sur la spéculation, le cercle vicieux de l’assurance sur les risques, encore plus de moyens de se faire des thunes. Le marché est bel et bien devenu le paradis des traders, le casino planétaire, capable de krachs toujours plus destructeurs que le précédent… Le monstre prend des proportions gigantesques. De 1992 à 2007, la taille du marché va se multiplier par 150, passant de 4000 milliards à 596000 milliards de dollars. Et pour finir de s’achever voici une carte pour bien constater où est le capital financier, au Nord, et le nombre de paradis fiscaux, refuge du fric :

Cette taille démesurée sur une base virtuelle, c’est un inimaginable château de cartes où la théorie du chaos est comme une règle de vie quotidienne. Cette théorie scientifique vaste et continuellement en évolution et particulièrement celle de Lorenz avec son fameux effet papillon s’applique aisément au monde économique actuel. D’ailleurs d’autres l’ont déjà appliqué.
La crise, comme celle que nous vivons en ce moment, est devenue systémique, le concept illustré par la rangée de dominos sauf que la rangée, c’est le monde entier, et si un domino tombe, il emporte tous les autres avec lui… Bref, le domino ou le battement d’ailes de papillon, peu importe la métaphore, le phénomène et sa dangerosité apocalyptique sont comprise. Reste le trou noir, celui où se perdent les spécialistes, les économistes ou les éditorialistes, ceux qui se sont déjà plantés, nous menant gaiement vers cette situation d’un capitalisme néolibéral sauvage financier, et qui aujourd’hui ose à peine une prévision, la sachant impossible… Incapables de savoir quand viendra la reprise ou s’il y aura une réaction violente du peuple. Aveugles économiquement et socialement, dans le trou noir.
Quand la science exacte la plus récente et moderne, la science dure, rejoint la science économique de la société moderne, on a de quoi s’inquiéter sérieusement…
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