Chapitre 4 : L'océan

Ah l'océan ! Immensité, 71% de la surface du globe. C'est lui qui fournit 80% de la bouffe aquatique (20% provient de l'eau douce) pour le monde. De ces 110 millions de tonnes de matières vivantes, 80% viennent de la pêche et 20 de la mariculture (culture et élevage). Ca aura mis le temps mais les hommes ont réussi, là aussi, à faire de cet espace une usine à profit maximum et à rentabilité rapide. Dans les années 1950, on culminait à 20 millions de tonnes par an pour la pêche. On avoisine les 5 fois plus de nos jours. Tout ce qui touche à la pêche est accessible grâce au site www.onefish.org
On a « industrialisé » l'océan. Le poisson est ainsi massivement transformé pour des sous-produits type farine et huile pour alimenter les animaux terrestres et domestiques. Résultat, de cette course au profit grâce aux populations maritimes, l'océan est pillé par endroits. Crise des harengs dans l'Atlantique nord-est en 1968, crise des anchois au Pérou en 1972, etc. Pour suivre l'état des pêches dans les différents coins du globe, l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) met à disposition sur le Net grâce à son centre d'infos sur les pêches des statistiques précises réactualisées
Une carte des zones de surpêche en rouge dans le monde :

Et un moteur de recherche sur une anthologie des poissons
On a beau avoir délimité des frontières pour chaque pays selon ses côtes de 200 milles marins vers le large en zones économiques exclusives (ZEE) avec les responsabilités sur l'environnement qui vont avec, les problèmes persistent. Voire se compliquent vers des conflits comme « la guerre de la morue » en 1975 entre l'Islande et le Royaume-Uni. C'est toujours la tension entre Norvège et Russie à propos de ces ZEE aux limites difficilement « matérialisables ». Sur le site du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM), on trouve un moteur de recherche très précis dans ses localisations et ses espèces de poissons pour une estimation des populations restantes
D’après la moyenne mondiale, on mange tous 16 kg de poiscaille par habitant et par an. Mais bien évidemment, il y a une grande différence entre les pays riches et les pays pauvres. En France depuis 2000, la moyenne a dépassé les 25 kg par an et par personne. Quant aux beaux discours et belles promesses, elles ont cours dans notre bel hexagone aussi comme avec le nouveau plan Avenir pour la pêche du gouvernement et du ministère concerné. Des propositions utopiques tentant de concilier des obligations environnementales et des rêves de rentabilité et de croissance maintenus…
Les études scientifiques océanographiques montrent qu’il existe un rendement maximal durable (RMD), un calcul compliqué car il ne s’agit pas simplement d’éviter de pêcher les poissons jusqu’au dernier mais de connaître le milieu, de considérer les jeunes populations des mâtures, etc. Un exposé avec tableaux plutôt bien foutu est présenté sur le site pédagogique et passionnant d’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la mer) – bien que l’idée d’une « exploitation » de la mer soit un tant soit peu effrayante – pour expliquer la maîtrise du RMD
La mer pourrait être toutefois « exploitée » beaucoup plus intelligemment surtout au niveau de l’énergie. Elle est après tout un mouvement perpétuel. Evidemment cette idée de recycler cette force (vagues, houle, courants) existe depuis longtemps et des tentatives ont été faites dès les années 1960. Mais ça reste expérimental et dans pas mal de cartons… Pourtant une usine marémotrice fort convaincante existe en France depuis plus de 30 ans, celle de la Rance dont le bilan est positif au niveau de l’énergie produite, un véritable exemple pour le monde car la plus réussie à taille industrielle. Qu’est-ce qu’on attend ? Les difficultés écologiques rencontrées (envasement, écosystèmes bousculés) ne devraient pourtant pas être des casse-têtes si plusieurs cerveaux s’y penchaient réellement… Un site de bric et de broc refait le point sur ce beau projet et suit une photo de cette usine en forme de barrage :

L’océan est aussi envisagé plus sérieusement pour les énergies non renouvelables et particulièrement pour les hydrocarbures bien sûr, ceux qui nous font de plus en plus défaut. Les prospections des gisements devraient augmenter leur profondeur au-delà du kilomètre voir du 3 kms. Tout ce que l’on peut prendre de l’océan n’est pas encore prélevé et pourtant on peut en trouver des réserves de minerais et minéraux : fer, souffre, sables, graviers, galets, phosphorites, phosphates, etc. Mais les technologies ne sont soit pas encore au point, soit trop coûteuse pour la logique de rentabilité de notre marché mondialisé. Reste que l’océan, c’est aussi le chlorure de sodium de nos assiettes par les marais salants, la source de 80% du brome utilisé dans le monde et la plus belle promesse de réserve d’eau douce, comme l’actualité en a parlé (pas assez) en Espagne. En effet, vers Barcelone, la plus grande usine de désalinisation de l’eau de mer en Europe a été inaugurée au mois de juillet, un espoir pour toutes les régions manquant cruellement d’eau.
Et toute cette « exploitation » océanique devra avoir des règles strictes qui dans la toile anarchique et perméable des cargos et des commerces mondiaux ne sont toujours que peu appliquées. L’organisation maritime internationale ( http://www.imo.org/ ) a du pain sur la planche et son protocole de Londres qui annonce beaucoup (fonctionnement bancal par adhésion) paraît être un travail de Sisyphe contre la menace de faire de l’immensité bleue un dépotoir.
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