Ne laissons pas la sarkophobie tuer la résistance


Je n'ai pas de haine particulière pour Nicolas Sarkozy. Je ne suis pas choqué par sa politique ou sa vie privée. Je connais sa personnalité et ses idées depuis longtemps, sa dangerosité, ses penchants à la trahison. Tout a été très clair lorsque je l'ai véritablement découvert il y a quelques années dans la décennie 1990. C'était le 17 septembre 1997 pour être précis, ouverture de Nulle Part Ailleurs, époque Guillaume Durand qui avait lancé l'invité politique dans l'émission de divertissement. Et le speech du début, la présentation de l'invité, Nicolas Sarkozy donc, c'est Bruno Gaccio qui l'assure, et qui, en ce début d'année, n'a pas sa langue dans sa poche. Le portrait est excellent, drôle et vise direct dans le mille avec cette image de « traître ». Mais le meilleur est encore la tête de l'interessé qui rit jaune et qui envoie des poignards dans son regard. On lit dans ses yeux : « Toi, mon coco, tu sais pas à qui tu as à faire, tu vas le regretter amèrement, on ne touche pas à mon image, petite merde ! ». Il aura sa vengeance, par ses relations au sein des médias via sa mairie de Neuilly où habite tous les PDG français de la communication en particulier, et puis par sa grande amitié avec Michel Denisot (puisque dans le speech, il égratigne Denisot, qui a déjà de grosses responsabilités dans la maison Canal comme le « biographe officiel » du politique de Neuilly). Bruno Gaccio sera interdit d'antenne pendant 2 ou 3 semaines, sorte de punition médiatique... Tendance à la vengeance, tendance à la censure. En un épisode télévisuel, M. Sarkozy est révélé...
Il faudrait un livre en plusieurs tomes pour raconter les trahisons faites par notre président au cours de sa vie. Pour ce que l'on connait à peu près, il y a Pasqua pour chiper la mairie de Neuilly, Jacques Martin pour lui piquer sa femme, Chirac pour briguer un ministère, Balladur pour revenir vers Chirac, etc. Aujourd'hui, ce sont les Français qui sont trahis, tous les jours un peu plus. Il a promis qu'EDF ne serait pas privatisé, qu'il serait le président du pouvoir d'achat, que les ouvriers d'Arcelor Mittal de Gandrange ne seraient pas licenciés, que la France retirerait ses soldats d'Afghanistan et ne ferait pas partie de l'OTAN, etc... Pour toutes ces promesses et bien d'autres, il ne les a pas tenu, il a même fait le contraire pour certaines. Il est l'incarnation de la trahison politique dans tous les sens. Mais, une fois de plus, les choses étaient claires dès le début, dès 1997. Et les Français l'ont élu 10 ans plus tard.
Nicolas Sarkozy est un libéral, un ultra même. En avril 2004, en déplacement en tant que ministre, il fait un discours d'amour aux States : « Call me Sarkozy, the American ». Le dernier des amis de W Bush même quand celui-ci n'en avait plus sur le plan international. Quitte à aller passer des vacances dans son ranch... Comment s'étonner aujourd'hui de sa politique droitière en tous sens ? Conservatisme, économie de marché dans tous les domaines, sécuritarisme, etc. Je ne hais pas l'individu, pas plus que tous les matérialistes m'as-tu-vu de la planète adeptes des signes ext&rieurs de richesse. Qu'on en soit là aujourd'hui n'a rien de surprenant, que Sarkozy ait amené le pays à cette situation non plus.
Plus Nicolas a eu du pouvoir plus il a été loin et rapidement dans sa vision du pouvoir, de la France et de la société. Censurer des livres (sur Cécilia ou sur lui avec une poupée vaudou) sans y arriver complètement, faire virer des directeurs de médias qui le gènent un tant soit peu (directeur de Paris Match pour une photo de Cécilia et son amant, directeur de RFI, et prochainement le directeur de Radio France pour y mettre quelqu'un de docile et obéissant qui virera le « méchant » Stéphane Guillon ou le « gauchiste » Daniel Mermet, etc.), détruire tous les services publics pour assurer la domination du privé sur des secteurs cruciaux comme l'énergie, les transports, la santé ou l'éducation, se ranger sous la politique agressive des USA sur le plan diplomatique et augmenter le budget défense au détriment des autres (envoi de plus de soldats en Afghanistan, retour dans l'OTAN le club des moutons des Etats-Unis, vente d'armes multipliée à des gouvernements douteux, etc.). Je hais sa politique, ses idées, mais il n'est pas le seul à défendre cette vision puisqu'elle est dominante et partagée par les puissants de ce monde mais aussi par des masses de peuple qui sont « envoûtées », « endormies », broyées par le fabrique du consentement, principe théorisé par Noam Chomsky.
Enfin, beaucoup s'éveillent mais confondent avec cet éveil une haine personnelle contre Sarkozy qui n'est qu'une impasse politique et philosophique. Le meilleur exemple, c'est « l'appel des appels ». Voilà donc la charte :

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. »
Cette union des professionnels était nécessaire, indispensable car les attaques du gouvernement vont en tous sens, nous assenant tellement de coups dans nos acquis, que nous sommes tous sonnés, dans les pommes. Seulement ce mouvement de résistance est né au début de l'année 2009, cette charte datée du 29 février... Tous ces gens ne se rendent compte que maintenant de la destruction du lien social et des biens publics ? Ils sont des psychiatres, des enseignants supérieurs, des directeurs de journaux et des journalistes, etc. Des gens d'une classe élevée. Ils réagissent, enfin, face aux attaques brutales de Sarkozy et son gouvernement, mais ce n'est qu'une version plus forte de la politique que l'on subit depuis plus de 20 ans. La même mais à un degré bien plus élevé. Au lieu d'un détricotage des mailles du tissu lien social, on assiste à la coupe au cutter. Le combat est juste, c'est sûr et certain. Mais pour l'essentiel de cette résistance de cette frange de la société, c'est surtout une haîne farouche de Nicolas Sarkozy qui les motive. Ils le voient comme un « gros pequenaud arriviste inculte et americanophile primaire » (chose qu'il est, on l'a vu) quil faut évincer, mais n'est-ce pas pour nous remettre un gouvernement plus distingué et centre mou pour au final nous faire la même politique mais qui ne sera terrible et fatale qu'aux classes populaires.
Il faut voir tout d'un coup ces journalistes et ces directeurs se lever contre des situations dans l'info et les médias que d'autres (acrimed.org, Monde Diplomatique, Plan B, CQFD, etc.) dénoncent depuis des années. Les voir, ces représentants de Nouvel Obs, Charlie Hebdo, Marianne, etc. nous parler de la concentration des détenteurs de médias par une poignée de patrons de trusts (Lagardère, Bolloré, Bouygues, Dassault, etc.), les faits divers devenus les gros titres et faisant diversion des infos les plus inmportantes à communiquer car qu'y a-t-il à dire sur un crime atroce à part faire du sentiment facile, la pensée unique dominant tous les sujets d'actualité par une poignée d'experts champions das médias qui pensent tous la même chose (Aphatie, Duhamel, Barbier, FOG, BHL, JFKhan, Minc, Attali, etc.). Voyez cette vidéo de ces journalistes et directeurs découvrant cette évidence depuis 10 ans voire plus comme des Bambi découvrant la pluie.
De même, Les intellectuels de l'enseignement supérieur découvrent maintenant les conséquences désastreuses de la loi LRU et des nouveautés apportées par Pécresse. Car au début, l'autonomie des universités, ils étaient un bon nombre à trouver ça plutôt bien. Maintenant ils comprennent, même les directeurs, que, au final, seules quelques universités sortiront prestigieuses. La majorité devront se sponsoriser, faire des concessions immondes pour une idée d'éducation pour tous, ou mourir. Alors, certes il est temps que chacun rejoigne les rangs de la résistance mais pas seulement contre Sarkozy et ses sbires, mais contre cette idée qui nous pourrit la vie depuis des années faite de modernisation par le libre-échange, de concurrence non faussée, de libéralisation de tous les secteurs de la vie... Toutefois, il y a encore des erreurs de stratégie, comme l'attaque personnelle du président Sarkozy, qui sont des litres d'eau pour son moulin à se victimiser, façon Le Pen il y a quelques années, et à regagner la sympathie d'un public qui prendra toujours la défense des martyrs. Il y a, certes, de la jubilation à égratigner le « nabot de Neuilly », le « Napoléon des Bacs à sable » comme cette exquise analyse du parcours universitaire plutôt bidonné de Sarkozy et sa tendance au plagiat et qui explique sans doute pourquoi Sarkozy hait les intellos et les universitaires, lui qui fut tout juste passable voire médiocre, de la jubilation à piquer la poupée vaudou ou à se filer le lien de la vidéo 3D où Sarko devient rapper bling-bling mais cela reste une erreur de stratégie. A se demander même si ça le rend pas sympathique comme l'est devenu Chirac avec les Guignols en super-menteur. Bref ne laissons pas la sarkophobie tuer la résistance...

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