Le crédit, camisole du peuple


En découvrant le plan de relance de Sarkozy suite à la crise, on constatait que l'idée générale de la stratégie du gouvernement pour contrer les dégats attendus, c'était faciliter le crédit des ménages à la consommation. Crédit pour la maison, une nouvelle voiture, du nouvel équipement TV ou informatique, etc. Sarkozy, comme à son habitude, s'inspire de la politique made in USA, c'est-à-dire que toute hausse des salaires est exclue en accord avec le Medef et les gens de sa caste des seigneurs (Lagardère, Bouygues, Dassault, Bolloré et Cie). Donc, comme aux States, relancer la consommation des ménages, c'est faciliter voire pousser à l'endettement par des taux d'intérêt attrayants, des primes sous tous les prétextes, même l'environnement, des programmes dits sociaux comme la maison à 15 euros par jour mesure phare de Mme Boutin.
Frédéric Lordon, économiste, résume cette politique par une image très parlante : nous venons d'assister au spectacle de la locomotive états-unienne se jetant dans le précipice suite à sa politique du « tous endettés », mais nous nous empressons de la rejoindre à présent (entretien à la radio à télécharger gratuit ici. Mais pourquoi cet entêtement à l'endettement ? Car il n'y a pas qu'éviter à tous prix l'augmentation de la part des salaires dans la production de richesse (PIB), ce qui est déjà extrêmement important pour les puissants, il y a aussi toute une tactique de « dressage du peuple »... Faire du pays une « nation de propriétaires » est un premier objectif cher à Bush pendant 8 ans. La raison est tout simplement venu dans la bouche d'Alan Greenspan, ancien président de la Fed, la banque centrale des USA de 1987 à 2006, donc l'un des principaux responsables de la crise mondiale actuelle dûe à la bulle immobilière américaine. Dans l'un de ses derniers bouquins, il affirme franchement que « l'augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien au capitalisme de marché » et que la politique conservatrice et néolibérale « requiert une masse critique de propriétaires pour conserver un soutien politique » . On comprend que le président français, se surnommant lui-même l'Américain, soit très intéressé par cette stratégie...
D'ailleurs en pleine campagne pour les présidentielles, il l'affirmait déjà, dans un discours devenu culte puisque complètement obsolète au vu de la situation économique mondiale, quoique... Dans cette vidéo de 2006, Sarkozy vante les mérites des crédits hypothécaires pour tous, y compris les ménages les plus modestes, soit ce qu'on connait bien sous le nom fameux des « subprimes » qu'il veut importer en France. Le fonctionnement est on ne peut plus simple, à savoir chacun peut devenir propriétaire sans apport d'argent car il suffit de l'hypothèque même de la maison dont on veut devenir le possesseur comme gage pour que le crédit soit valable. Bien sûr, c'est bancal et on constate aujourd'hui que les conséquences de cette surenchère de vaste politique nationale d'endettement des ménages les plus modestes sont mondiales. Ces dettes déjà fragiles par le fait de la non-assurance du remboursement ont été ensuite échangées entre agents du marché comme des bons du trésor, titrisées pour pouvoir les « jouer » en bourse, les fractionner en petits morceaux plus faciles à écouler, etc. Elles sont devenues aujourd'hui des titres dits « toxiques » tellement dispersés qu'ils ont contaminé tout le marché. La crise est devenue systémique et les plans pour les banques enchaînent les échecs à « laver » le capitalisme financiarisé.
C'est une véritable politique de camisole qui se cache derrière cette bulle immobilière et spéculative qui ne pouvait qu'exploser. Un citoyen propriétaire est un plus sûr allié de la droite néolibérale, mais un proprio endetté, prisonnier de ses traites, c'est un citoyen qui se soumet, ne se rebelle pas, à peur de l'avenir, et qui donc obéit et baisse la tête pour ne pas complètement se noyer. Encore mieux qu'un volant de chômage menaçant, meux que la menace d'être sans emploi, celui d'être surendetté et... SDF. Et si on y regarde de plus près dans l'histoire, on peut voir que les dirigeants des pays occidentaux avaient déjà fait leurs premiers essais gagnants sur le Sud, les PVD, Pays en Voie de Développement. Eux aussi sont prisonniers d'une dette qui les soumet. Ce calcul de la camisole pour les « pays émergents » comme on dit, le tiers-monde quoi, l'excellent Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM, site) l'a révélé depuis belle lurette et travaille à son annulation pure et simple. Une position non seulement justifiée par des lustres de colonisation et de pillage par les nations riches du Nord mais aussi par le cercle vicieux de la dette qui ne s'arrêtera jamais, qui pousse à s'endetter encore plus. Un cercle vicieux diaboliquement exploité par les banques et les fonds pour imposer leur vision du monde moderne. Mais cette fois, ce sont des banques et des fonds beaucoup plus institutionnels : la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI). Ces deux monstres créés par les pays insdustrialisés du nord prêtent donc endettent mais en contre partie ils imposent une politique d'ajustement structurel aux pays, à savoir un virage vers le néolibéralisme le plus sauvage (privatisation de tous les secteurs y compris santé, éducation, etc.; monoculture; mainmise des grandes multinationales; etc.). C'est une sorte de prolongation de la colonisation par l'endettement. Les pays du Tiers-Monde sont certes devenus indépendants mais leurs élus sont menés à la baguette par les mêmes maîtres qu'autrefois.
Bref l'endettement est non seulement un leurre mais aussi une camisole, une laisse, choisissez l'image qui vous plait, pour contrôler un peuple et le maintenir dans une peur, une menace permanente qui lui évitera toute envie d'émancipation, de rebellion, de justice, etc. Ca a bien marché à l'échelle internationale, ça se propage sur les individus des pays riches et surtout sur le Quart-Monde classe moyenne comprise (bien que petit à petit sans qu'on s'en rende compte la classe moyenne soit devenu une classe de smicards, donc salaire minimum, mais bon). Mais la crise financière mondiale est une grosse fausse note qui cause la misère, la faillite de milliers de ménages, qui, n'ayant plus rien à perdre, redevient un peuple de « misérables » type 19ème à la Victor Hugo, au bord de l'insurrection... Il paraît que certains profitent de la crise sur le marché d'après un des derniers numéros de l'Express, mais, ils devraient se méfier, le peuple pourrait bien en profiter aussi pour se révolter contre la « pwofitasyon », mot créole qui mélange profit et exploitation, beaucoup employé en Guadeloupe ces dernières semaines.

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