Yann Barthès, du Voici à la télévision

De nombreuses tentatives furent tentées pour réussir à faire du tabloïd à la télévision, du Voici, du Gala sur petit écran. C’était presque une évidence de l’importer en TV mais ce ne fut que des échecs, l’audimat n’était pas au rendez-vous, les programmateurs ne comprenaient pas que la sauce ne prenne pas. TF1 avait importé le magazine quotidien Entertainment Tonight des States mais dut le supprimer malgré la belle blonde de service à la présentation : Flavie Flament. On tenta même la chaîne des rumeurs et des scandales avec Match TV mais elle déposa le bilan ne trouvant pas son public.
Aujourd’hui, le fouille-merde Morandini réussit de bons scores sur la chaîne TNT de Bolloré, Direct 8, sur ce même créneau. Mais c’est surtout sur Canal Plus que le pari est gagnant, en access-prime-time. De quoi effacer le passé glorieux d’un Nulle Part Ailleurs qui chiait sur les paillettes et les peoples du temps des Nuls ou des De Caunes – Garcia. Car dorénavant Canal en clair le soir célèbre les peoples dans leur soirée VIP, dans leurs connivences et leur ghetto du gotha, et même s’occupe de pipoliser le sérieux, le politique, le tant soit peu médiatique…
Ariane Massenet a participé à cette réussite de la Voici TV avec ces questions ras des pâquerettes, au fond des paillettes et des strass, capable de rendre sympa et drôle le moindre agent UMP. Mais c’est surtout Yann Barthès le winner. Avec son petit journal qui cartonne en audience et en popularité.
Je me souviens d’une époque où les parutions type Voici ou Point de Vue n’intéressaient que ma grand-mère. N’y étaient évoqués que les têtes couronnées et des stars friandes de paraître dans ces torchons. Mais de nos jours, c’est top tendance, plus aucune honte d’acheter toutes les semaines cette presse puante et racoleuse, humiliante et vicelarde. Maintenant, l’étendue des cibles a augmenté : plus de stars même discrètes, plus de people éphémère de TV poubelle à souiller, plus de riches avec leurs extravagances et leurs fortunes affichées, et même (surtout limite) des politiques dans leur intimité (Sarko et Royal en maillot de bain) ou affichés dans des soirées médiatiques et de richissimes (le mariage de la fille du PDG Arnault de LVMH avec pas moins de 6 ministres en fonction invités sur lequel Paris Match fait plus de 20 pages)… Aujourd’hui le pauvre de base se fascine pour les riches, rêvant d’en être un jour en grattant ou en jouant les bons numéros, même pas outré par leur train de vie se persuadant qu’il en ferait autant à leur place. Quelle époque !
Un trait de notre époque qui est donc arrivé dans l’émission à succès de 19h de Canal, le Grand Journal. De la même façon que cette presse PQ, Barthès nous donne des infos moqueuses mais croustillantes sur les peoples. Ici on ne parle pas du talent, des œuvres, de l’art mais des sales têtes prises à la dérobée, des mauvaises humeurs, des rumeurs, des pétages de plomb, des kilos en trop, etc. La carrure musclée de Madonna ou de Kathleen Turner mise en relief par un klaxon de camion, la moquerie sur Amy Winnehouse, maigre et abîmée, qui se bat contre la drogue et l’alcool, le foutage de gueule d’une pauvre jeune persuadée d’avoir un tube, Cindy Sander, allant loin (trop ?) pour lui faire miroiter la réussite alors que la France entière se bidonne. Cette dernière est en dépression.
Alors, on va me dire c’est du second degré, c’est pour la marrade. J’ai du mal à croire que tout ceci soit vraiment très sain pour notre société de consommation et de divertissement sans l’ombre d’un sens ni d’une réflexion. Et, de plus, parfois, cela va trop loin. Car, chez Barthès, le politique est pipolisé aussi. Dans une première partie de l’émission dite plus sérieuse, il y a le Petit Journal dit Actus. Qui pourra estimer les dommages que peuvent causer cette mise en scène des politiques sur cet axe people lorsque vient le temps de voter, de choisir l’avenir du pays ? Alors, on n’évoque plus les lois passées, le fond des discours, les conséquences des choix politiques. Non, maintenant on s’intéresse aux bijoux de Dati, aux chaussures roses de Bachelot, aux chaussettes rouges de Fillon, etc. Va-t-on arriver à des situations incroyables où des électeurs voteront Fillon car on aime ses socquettes ? On va sans doute continuer à me dire mais c’est pour se fendre la gueule, détends-toi 5 minutes… Ben je peux pas. La semaine dernière, Barthès nous a fait tout un cinoche sur Sarkozy qui signait un papelard officiel. La question super intéressante du « petit journaliste » était de savoir si le président allait chourer le stylo comme il l’avait fait précédemment … L’autre jour, il nous avait fait la même chose sur le nombre de biscuits ou de chocolats mangés par Sarko lors d’une conférence. C’était sur quoi la conférence, un truc sur l’environnement mais on s’en fout. Car la caméra du Petit Journal est là pour surveiller les politiques lors des assemblées ou des conseils municipaux mais pas pour surveiller les lois passées, les prises de positions ou les révélations, les combats, non, non, non, mais pour balancer les doigts dans le nez, les endormis, ceux qui jouent à la réussite sur leur portable, ceux qui s’envoient des SMS, etc… Syndrome d’une époque caméra de surveillance et délation. Mais pour en revenir au suspense du stylo pris ou non par Sarkozy la semaine dernière, j’ai trouvé que ça allait bien trop loin encore. Le président français était en déplacement pour rencontrer l’autorité palestinienne afin d’obtenir, en vain, un cessez-le-feu dans l’invasion dévastatrice et criminelle d’Israël dans la bande de Gaza. Déjà des jours depuis le 27 décembre 2008, début des opérations ignobles israéliennes, que les médias nous abreuvaient d’images de civils en charpie, de femmes ensanglantées, de mômes agonisants. Alors, de voir Yann Barthès tenter de nous faire marrer sur le vol ou non du stylo palestinien par Sarko, c’était déplacé, indécent, de la merde au vue de l’enjeu de la rencontre. Mais le public, sans doute le cerveau débranché comme on se doit de plus en plus devant la TV, était bel et bien mort de rire… Triste époque.
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