Portrait au chatardland : Robert Mugabe

Le président du Zimbabwe l’a dit et même clamé au monde entier : « Je ne me rendrais jamais et ce pays m’appartient » . Dans le genre mégalo au plus haut point, il faut tout de même le faire. Comment un homme peut-il encore se croire propriétaire d’un pays qu’il détruit, qu’il pille, qu’il affame depuis presque 30 ans de nos jours ? Retraçons donc l’itinéraire de M. Mugabe…
Il est né en 1924 à Zimba et fait partie de l’ethnie dominante shona du pays, à l’époque colonie britannique, la Rhodésie du Sud. D’où sa réputation d’homme du peuple. Champion des diplômes académiques (sept en tout), Robert est cultivé et fait partie du coup d’une certaine élite intellectuelle africaine. Il se dit lui-même diplômé en violence car il devient guérillero luttant pour l’indépendance de son pays parmi les combattants d’extrême gauche. Au sein du ZANU (Union Nationale Africaine du Zimbabwe), parti à branche militaire dans les années 1960, qui se réclame du marxisme-léninisme, Mugabe se fait sa place et participe à la lutte. En fait, la lutte se faisait dans l’union des ethnies shona et ndébélé au départ mais une scission va provoquer deux partis qui aiment se taper aussi sur la gueule, le ZANU et le ZAPU (Union du Peuple Africain de Zimbabwe) de Joseph Nkomo. Premières nuances conséquentes, premières luttes intestines avec les autres leaders suivant leur sang et leur fondamentalisme.
En 1980, les Blancs accordent enfin l’indépendance au Zimbabwe mais sous condition d’accords de Lancaster House qui donnent certains avantages aux toubabs notamment 20 sièges réservés au Parlement aux visages pâles et des protections pour les 5000 fermiers blancs qui détiennent la quasi-totalité de la production agricole, ainsi que les puissants groupes étrangers qui tiennent 80% de l’économie nationale. Alors, ZANU triomphe dans les urnes. Mugabe devient le premier ministre. Tout s’annonce pour le mieux, le pays africain est alors considéré comme le grenier à blé du continent (il y a des routes, des chemins de fer, des cultures riches de fruits tropicaux et autres, du maïs, de l’or, du platine, de l’amiante, du chrome, etc.)… En 1983 tout part en couille dans une guerre civile sur fond ethnique, la bombe à retardement shona/ndébélé vient d’éclater. On estime à 10 000 morts le bilan, surtout dans l’ethnie minoritaire bien-sûr… Mugabe en profite pour créer une garde rapprochée redoutable, effrayante : la 5ème Brigade composée de brutes venues de Corée du Nord pour exécuter. Le baptême du 1er massacre pour Robert, un dictateur sans pitié se découvre. En 1987, abolition du poste de Premier ministre, seulement un président aux commandes et ce sera Mugabe. Fin des 20 sièges des Blancs.
1990, le ZANU après avoir mangé le ZAPU devient le parti unique. Il accorde l’asile à son pote brutal tyran éthiopien Mengistu. Dans le début des années 1990, au cours d’une sécheresse terrible, son gouvernement va vendre en s’en mettant plein les fouilles les stocks nationaux de céréales. En 1997, le Zimbabwe s’implique dans la guerre des Grands Lacs en s’associant au Congo de Kabila avec l’Angola et la Namibie face à la rébellion soutenue par l’Ouganda et le Rwanda… Bref 20 000 hommes envoyés mais surtout des combines fructueuses avec le Congo puisqu’il récupère des billes dans les mines de Cobalt et le trafic de diamants. Doris Lessing, célèbre écrivain Nobel 2007 et qui a vécu en Rhodésie lors de sa jeunesse signait un long texte de tristesse face au devenir du Zimbabwe dans le Monde Diplomatique. Elle signalait l’exemple du livre, si prisé dans les villages où l’on a tous appris à lire dans les premières années de l’indépendance dans un souffle marxiste, qui en 2000 coûtait plus, en Livre de Poche pourtant, que le salaire mensuel moyen. Quand la culture devient inaccessible, l’heure est grave.
Et les années 2000 ne seront guère mieux, les superlatifs vont même manquer. C’est du lourd. Car on sait que Mugabe a une jalousie maladive de Mandela, héros de l’Afrique libre. Il veut être le grand dirigeant du continent noir et porter la fierté noire, peu importe le coût. Et le coût sera lourd, une fois de plus, pour son pays. Il va instrumentaliser une réforme agraire pour redistribuer les terres des Blancs aux Noirs. Une idée noble sur le papier mais qui va devenir un chaos de haine, de racisme hypertrophié, une guerre violente qui va jeter dans le précipice un peuple qui y était déjà au bord. Et ne croyez pas que au final les terres vont être redistribuées aux plus pauvres, non, c’est encore le clan autour du président qui se sera servi le mieux, permettant d’acheter les hauts militaires, bref l’armée dans la poche. Et puis, le chômage explose, des milliers de pauvres malheureux dans toutes les villes du Zimbabwe. 2005, Mugabe de plus en plus barge lance le « Murambatsvina » ou « nettoyer les ordures » en shona. Le pouvoir exproprie des milliers de personnes du peuple par la destruction de leur maison… Détruites par eux-mêmes s’ils ne veulent pas en plus avoir une amende, du gros délire ! Pourquoi ? Parce que Mugabe a décidé de contrer l’exode rural de front en obligeant les gens à retourner dans les campagnes. Une résolution trash d’un problème complexe qui va mettre des milliers de gens dans la rue. Déambulent maintenant autant de chômeurs que de SDF. Car comment retourner dans les campagnes quand les terres maintenant ont été redistribuées à d’autres que les plus pauvres ? Du Brazil comme dans le film mais en Afrique, on n’en sort pas.
A tous ces problèmes il faut ajouter le SIDA qui touche ¼ des adultes, la déscolarisation des enfants sans logement, la famine qui atteint des proportions inouïes ces derniers jours. De 1985 à 2005, l’espérance de vie au Zimbabwe a chuté de 20 ans ! L’armée corrompue comme il faut ne bougera pas le tyran mégalo qui, en plus, réarme ses hommes en achetant du matos à la Chine. Il faut dire que l’intervention en Irak des USA pour, officiellement, déloger le despote Hussein n’a pas mis en confiance le Robert. Et si les menaces de Colin Powell en 2003 devenaient réalité… La guerre contre les Blancs en 2000 lui a fait perdre du capital dans son économie. On retrouve quand même pour ce qui est de la France les grands habitués de la Françafrique Bolloré, Total, Lafarge, etc. Mais le Mugabe est dans le collimateur et ses biens sont gelés dans pas mal de pays (UE, USA, Australie et même dernièrement en Suisse). Fin des aides internationales depuis 1999. Mort de pratiquement toutes les productions. Et le plus incroyable une inflation qui en juillet dernier atteignait le taux annuel de 231 millions de % !.
Bientôt 30 ans de règne ! Quel bilan, quel résultat à l’arrivée… Un pays à terre, 6 pieds sous terre diront certains. Il faut sauver le Zimbabwe, si prometteur pays chanté par Bob Marley. Ne pas fêter ces tristes trente années en 2010 de tyrannie de Mugabe. Les élections de cette année ont été une blague mais sanglante. Encore des massacres. Le représentant de l’opposition pourtant gagnant, menacé, s’est réfugié aux Pays-Bas. Un peuple sans liberté, sans droit, sans toit, malade et réprimé, meurt de faim dans le village monde…
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