Dernières lectures 12/2008



Il y a des bouquins qui apportent des éclairages qui valent tous les documentaires et les émissions spéciales. Et même si il s'agit de romans, de fictions, la portée peut tout de même être énorme. Ainsi sur le développement de l'intégrisme islamiste jusqu'à ce choc des civilisations, invention effrayante d'un face à face Occident/islam nous pendant aux nez, un livre comme « Warda » de Sonallah Ibrahim (Actes Sud) nous dévoile les raisons de l'évolution de cette branche dure musulmane pour arriver à notre actualité. Un écrivain égyptien retourne sur les lieux de sa jeunesse politique. Il veut partir à la recherche de cette fille qu'il tient dans un souvenir et un amour sublimé. Cette femme devenue guerillera dans la lutte armée au Yemen du Sud et qui deviendra légende, sorte de Guevara au féminin, symbole du combat pour la lberté, pourl'égalité, pour ses droits. Cette femme devenue Warda. Mais nul ne connaît vraiment la fin de Warda, si fin il y a. Cette quête devient enquête, difficile, par petits bouts de journaux intimes retrouvés au fil du parcours, et parfois même dangereuse car bien des personnes de pouvoir ne veulent pas que soit déterrés l'histoire de cette combattante gauchiste radicale... Quant au narrateur héros, retrouvera-t-il son amour de toujours, intact et toujours ardent, ou devra-t-il en faire le seuil ?...

Au delà de cette histoire romantico-romanesque qui nous captive jusqu'à la fin, le roman s'inscrit dans tous les faits historiques qui font la région allant de l'Egypte au Yemen en passant par l'Arabie saoudite et l'Iran dans les années 1960-1970. On découvre (pour ceux qui comme moi ne le savait pas vraiment) un véritable vivier de gauche, une source abondante d'idéalistes aux idées progressistes pour la société, de la lutte des classes à la lutte des sexes, de la liberté d'espression à la liberté de tous les droits de l'homme. Dans une actualité alors brûlante et insaisissable de l'époque, tout peut basculer entre les tyran type Chah d'Iran, les républiques islamiques ou les républiques démocratiques du peuple. On voit cette réalité historique au début du très bon « Persépolis » aussi de Marjane Satrapi. Mais ce qui va tout décider d'un avenir violent et de poudrière actuelle, c'est la guerre froide. L'Occident et ses alliés dans une haine et un combat de basse intensité contre l'URSS va soutenir par des billets et des livraisons décisives d'armes et de matériel et donc, trancher sur l'avenir de tout une région dont on connaît aujourd'hui la fragilité diplomatique, le risque d'un foyer futur de guerre générale. En effet, c'est ce choix politique qui va faire la réussite, la mainmise d'un islam fondamentaliste ou intégriste sur la majorité des gouvernements des pays, opprimer la condition des femmes, détruire toute opposition, etc. De l'Afghanistan à l'Egypte, de l'Irak à Oman... Comment ne pas voir dans ce « fascisme islamiste » comme disent les pseudo-intellos-people un tiers mondiste, deux tiers mondains, le propre monstre créé par l'Occident apprenti sorcier, prêt à tout pour détruire l'émancipation des peuples par des idées de gauche, trop proche des Soviétiques à l'époque. Sans doute, dans une autre trajectoire de l'histoire, les femmes arabes et perses seraient plus proches de l'héroïne Warda, mais écoutons bien, elles sont déjà beaucoup les Warda aujourd'hui en Iran, en Egypte, etc.

Deux bouquins africains ensuite. « Mémoires de porc-épic » de Alain Amabanckou (Points) prix Renaudot 2006. D'actualité car une des meilleures réponses au discours répugnant, insultant, post-colonialiste de Sarkozy à Dakar l'été 2007. Le président faisait dans son discours le portrait d'une Afrique arrêtée dans le temps, donc arrièrée, archaïque, paysanne, etc. Bref, une image d'Epinal d'un continent entier vu comme celui des colons du 19ème siècle, une Afrique coupable de son malheur, oubliées les blessures profondes et non cicatrisées de la colonisation, du commerce esclavagiste triangulaire. En fait, le bouquin nous plonge dans l'imaginaire africain, animiste, panthéiste, dont les morales, les psychologies ont bien plus à voir avec la vision moderne de l'humanité, de l'anthropologie, de l'écologie,etc. Que nos mythes et nos contes à nous. Une découverte d'un pays par son imaginaire, ses croyances et ses visions, par le respect.

Enfin, le costaud « johnny chien méchant » de Emmanuel Dongala (Serpent à plumes mais sans doute plus d'éditions maintenant que sorti au cinoche). Lu avant de savoir qu'un film en était adapté et sortait ces jours-ci. Là, on s'attaque à un autre versant de l'Afrique, celle de la violence la plus brute et pure qu'il soit, celle des enfants-soldats. On se demande jusqu'où le film va adapter le livre qui va loin dans des scènes insoutenables qu'on peine vraiment à imaginer en images... C'est l'histoire de Johnny, 15 ans, cet enfant soldat, qui évolue dans un monde apocalyptique, dans des cercles de mômes tous plus embrigadés les uns que les autres, avec des idées de la société, de la vie complètement dingues, mix de films violents américains avec des envies simples d'enfant, de jouer mais avec des jouets de type Kalachnikov ou M16, de jouer à l'homme, celui qui tue, qui vole, qui viole comme les grands, ceux qui les ont formé après avoir massacrer toute leur famille, comme si c'était ça la vie, l'ordre des choses normales... Bien sûr instrumentalisés dans un faux chaos où la règle de la hiérarchie fragile et pourtant impitoyable sévit, utilisés pour piller, provoquer des mouvements de population, des réfugiés, terroriser, imposer sa loi, faire accéder au pouvoir celui qui manipule toutes ces horreurs. Le livre parvient à ne pas nous submerger dans une réalité difficilement supportable en mélant la narration de Johnny à celle de Laokolé du même âge qui se bat pour survivre avec sa mère et son petit frère. Le combat semble perdu d'avance mais on veut y croire quand elle réussit à se réfugier dans un camp de l'ONU, quand elle parvient à trouver des endroits un peu plus sûrs, comme un village à l'écart qui sera tout de même rasé ou la jungle sauvage où les Blancs s'inquiètent plus et réservent plus de moyens pour sauver les gorilles que les Africains massacrés... Drôle de monde qui se marche sur la tête. On s'accroche à Laokolé pendant tout le bouquin et on ne comprend rien à la psychologie débile, régressive, impitoyable de Johnny. Gardons un espoir jusqu'à la dernière page... Plus qu'un espoir, un soulagement coupable. Un bouquin coup de poing qui fait bien mal au bide mais qui, lui aussi, malheureusement est etrriblement d'actualité avec la même réalité qui se répète au Nord-Kivu en République Démocratique du Congo (RDC)...

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