Le PS, du col Mao au Rotary

Je suis un peu pur produit des années socialistes, des années Mitterrand. Mon éveil à la vie politique, aux idées à travers ces deux septennats dans les années 1980. Je prenais fait et cause pour le PS dans les discussions animées. J'avais même défendu le « oui » pour le traité de Maastricht, n'y comprenant rien aux détails de ce texte, mais prenant le combat à bras le corps dans le collège comme une lutte pour une Europe moins raciste, plus unie, alors que je ne votais pas. Mais aujourd'hui, je ne pourrais plus déposer une enveloppe pour le PS dans l'urne. Après moult documentation de cette période, je sais la trahison, le vrai visage du premier parti de gauche de France. Je connais bien cette histoire de ce virage à 180° dès l'année 1983 vers une politique libérale, antisociale. Et puis après de nombreuses lectures historiques, je sais que ce parti socialiste même dans ses anciens noms (SFIO, etc.) a toujours eu cette tendance à ne pas respecter ses engagements, à retourner sa veste, bref la tentation centriste. Une tentation qui porte aujourd'hui le visage de Ségolène Royal, mais pas seulement.
Il faut lire deux livres pour bien comprendre l'enfumage des années 1980 par le PS. D'abord, « Le Grand Bond en Arrière » de Serge Halimi (Fayard), puis « La Décennie, le cauchemar des années 1980 » de François Cusset (La Découverte). Une relecture à tête reposée, avec recul, de cette période d'espoir vite déçu. Dès 1983 donc, Mitterrand et son parti docile va prendre le tournant de « la politique de rigueur » imposé comme une obligation naturelle par la pensée unique qui apparaît avec le « tout sans Etat » de Reagan et la philosophie TINA (There Is No Alternative) de Thatcher. On peut appeler cette révolution conservatrice de plusieurs noms : néolibéralisme, mondialisation heureuse, la rigueur... Le tout revient au même. Petit à petit, les socialistes vont revêtir toute la panoplie. Des nationalisations de 1981, on passe aux privatisations à un rythme de plus en plus éffréné. On importe le rêve américain du tout est possible en le maquillant à la française avec des « self made men » comme Tapie qui nous chante « Réussir sa vie » en 1985 et présente son émission qui fait aimer les patrons intitulée simplement « Ambitions » sur TF1. L'homme d'affaires véreux sera un temps senti pour rejoindre le PS. Fabius, le nouveau venu formé aux écoles de commerce made in USA, prend le gouvernement en main car il est jeune et va nous faire une politique à l'américaine. En 1984, les communistes préfèrent quitter le pouvoir et la gauche unie, la gauche socialo ne fait plus de la gauche, elle met au chômage tout le bassin minier du nord et l'est. En 1986, c'est cette même gauche qui va déréguler les marchés financiers, plus aucune loi ni limite progressivement, ce qui permettra à terme les crises, les krachs à répétition jusqu'au dernier des subprimes dont on a pas fini d'en ressentir les effets sur nos vies. Le PS nous vend le libéralisme comme l'innovation, le modernisme, l'inévitable concurrence entre les pays les plus riches. A l'image du journal dont l'histoire illustre parfaitement le retournement de veste de la gauche gouvernementale, Libération, d'abord créé par Sartre ciblé sur le peuple sans pub, au cours des années 1980, le quotidien deviendra celui de la gauche caviar, osant tous les partenariats avec de grandes marques, se truffant de pubs, effaçant toute l'actualité sociale ou la noyant dans les pages éco-terre, merci Serge July puis aujourd'hui Laurent Joffrin... En 1988, à la réélection de tonton, dans le gouvernement, faute d'alliance avec le PCF on compte plusieurs politiques du centre droit. Ils nous vendront aussi ce traité de Maastricht comme une belle europe alors que c'est le commencement du consensus libéral irrévocable. Rocard nous incitait à voter oui en nous promettant le plein emploi, la paix en Europe, une justice sociale si le traité passait. Il est pasé. Et on a vu le chômage continuer d'augmenter, une guerre atroce avec purification ethnique en ex-Yougoslavie, une agriculture s'intensifier jusqu'à la défiguration paysanne, etc. On nous rejoua la même pour le traité constitutionnel en 2005...
Et puis après ce fut la fameuse « troisième voix », la social-démocratie sauce Clinton – Blair, une sorte de gauche encore plus libérale dite moderne. Le PS s'y engouffre gaiement en appellant donc à la modernisation du parti. Pourtant on peut voir le résultat aux USA et en Grande-Bretagne, les inégalités se creusent comme jamais, les gens travaillent comme des tarés pour des clopinettes, les services publics agonisent, etc.
Evidemment je survole, je résume car dans le détail le bilan est très mauvais, les trahisons au peuple énormes et nombreuses. Le PS a participé à cette mythologie de la soi-disant fin de l'histoire, fin des idéologies comme si on était tous d'accord qu'il n'y avait plus d'alternative, la fin de la lutte des classes. Pourtant tout récemment le plus gros milliardaire étasunien Warren Buffet affirmait que pour les gens de sa catégorie, les très très riches, il y avait une guerre des classes et que, presque dépité du manque de résistance, ils l'avaient gagné haut la main. Pour toutes ces raisons, je ne pourrais plus voter parti socialiste. Certains en sont encore au vote utile, du moins pire, du barrage à la droite extrême ou succédané, traumatisé par ce second tour 2002, mais je n'ai plus envie de mettre de l'eau dans mon vin de lutte. Moi aussi, comme les très riches qui bataillent sévère sans aucun secret contre la majorité des plus pauvres, je suis en guerre contre les riches. Je pleure de voir autant de gens les admirer dans Gala ou Voici, voir leurs extravagances, leur luxe dans Capital ou Sagas. A relire l'histoire des luttes car il ne faut jamais tomber dans cette amnésie programmée, organisée de main de maître par les médias mainstream, on (re)découvre que tous les acquis ont demandé des luttes violentes, dures, unies.
Je lis en ce moment le pavé excellent de Naomi Klein « La Stratégie du Choc » (Actes Sud) et dans les premières pages, elle explique que cette stratégie est autant celle de la torture moderne que celle de la société capitaliste. On commence par faire perdre ses repères, ses sens, sa raison au sujet comme les médias anesthésient le spectateur (spectacle, faits divers, TV poubelle, etc.) déjà isolé par un système individualiste ou comme les soldats de Guantanamo laissent une lumière permanente dans les cellules des détenus sans fenêtre, leur font porter une cagoule pendant des heures, etc. Puis on produit un choc émotionnel et traumatisant, dans les prisons, rien de plus simple, dans la société, on saute sur les occasions nombreuses de l'actualité (11 septembre 2001, ouragan, tsunamis, crise financière, etc.) et le sujet étourdi, perdu, mais surtout effrayé comme un gamin égaré et seul accepte tout plus facilement, la perte de ses droits et de ses acquis en toute confiance envers le pouvoir...
Enfin, pour répondre à ta question, Gildas, Ségolène arrivant première aux élections internes au PS, ça ne me fait donc pas grand chose. Sa confrontation aux présidentielles face à Sarkozy a été la meilleure des formations accélérées pour gagner son trône : campagne de comm' plus que de fond, exposition avec des peoples (Cali, Vilard, Torreton, etc.), discours emphatique mais creux, etc. Aujourd'hui ils sont pratiquement tous des libéraux même si la crise financière les font virevolter. Un des seuls qui restait de gauche véritable a jeté l'éponge du parti socialiste dans l'indifférence générale, Jean Luc Mélenchon. Son communiqué était toutefois imprimé dans Sarkophage qui vient de sortir. On le retrouve sur son blog et ça vaut tous les historiques sur le PS. Il va créer son propre parti dont voici le site officiel. Il y a peut-être un espoir ici ou là. C'est à chacun de voir. Mais le PS est, pour moi, mort en 1983...
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