Dernières lectures oct 2008


Du roman anglais tout d'abord. Un régal de lire « Les Passagers Anglais » de Matthew Kneale chez Belfond (et chez Poche depuis peu). Roman d'aventures, de voyage, de traversée maritime, de découverte du sauvage mais avec un oeil moderne et plein d'humour souvent bien noir... Le bouquin évoque la colonisation et tout spécialement le génocide du peuple de Tasmanie. Sous un prétexte du délire biblique d'un homme d'église persuadé que le vrai jardin d'Eden se trouve en Tasmanie, une équipée est lancée pour explorer ces terres encore sauvages, malgré la présence des colons anglais et des bagnards rejetés par l'Europe, au début 19ème. Une narration à plusieurs mains donne du rythme et accroche la lecture, entre le journal du prêtre évangélisateur du sauvage, l'analyse scientifique et abrégée du médecin obsédé par le classement des races ou encore le journal de bord du capitaine contrebandier dans l'aventure malgré lui. On décolle pas du bouquin, on se marre bien et puis on s'instruit pour ne pas oublier le génocide d'un peuple dans des conditions atroces.
Du british toujours avec du Jonathan Coe et son génialissime « Testament à l'Anglaise » (Folio). Vraiment le livre à lire absolument pour comprendre les rouages de notre société actuelle néolibérale. On suit la dynastie d'une famille anglaise ultrariche et aristo pendant les années Thatcher lorsque éclate la révolution conservatrice de rigueur que suivront tous les pays riches occidentaux dans les années 1980 y compris la France de Mitterrand. La série Dirty Sexy Money qui passe en ce moment sur Canal + en est très inspirée sauf que la série amerloque rend très vite ces personnages pètant dans la thune sympathiques et humains, ce qui est bien dommage. Coe ne tombe pas dans ce travers. Les enfants de la famille vont tous s'approprier un domaine clef de la société pour le transformer en domination du peuple anglais : médias, politique, art, agroalimentaire, militaire, etc. C'est drôle mais donne conscience du contrôle des masses, de la main mise des puissants sur tous les secteurs. C'est si peu caricaturé, tellement documenté, que ça fait froid dans le dos. Ruine du secteur public, manipulation des esprits, tout y est et c'est tellement juste. Attention à la prise de conscience, c'est terrible.
Enfin, un petit livre bijou, une perle haïtienne de la littérature : « Les enfants des Héros » de Lyonel Trouillot (Actes Sud). Le pays insulaire extrêmement pauvre et ses bidonvilles interminables. Une courte histoire de deux enfants dont le quotidien difficile bascule le jour où ils se défendent d'un père violent au point de le tuer. Leur fuite de quelques jours sans espoir, quelques jours de liberté sans illusion dans une société en décomposition. Un frère et une soeur prisonnier d'une île sans issue où le malheur est maître. C'est pas du Dickens, pas de pathos mais beaucoup de poésie pour des sentiments purs et donc parfois troubles. La fuite dans les mots du petit frère fébrile et fragile en admiration devant sa grande soeur rebelle et indomptable. La réalité dure, intolérable, atroce devenue quotidienne et normale dans la vie de ces enfants dont l'héroïsme éphémère ne sera reconnu que par nous, les lecteurs. Court, émouvant, essentiel...
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