Bouddhisme, Zen et nombril...

« Ce que le bouddhisme peut apporter aux managers ». Non mais c'est quoi exactement que ce délire? Des managers bouddhistes? Vraiment, la spiritualité hédoniste new-wave recyclée de Bouddha-Zen fait encore des ravages. Ce qui fait mal, c'est de voir cette spiritualité se perdre suite aux récupérations de l'Occident-commercialo-marketing. Lavage, essorage, nettoyage à sec... Maintenant, le bouddhisme peut apporter aux managers. C'est en fait le titre d'un bouquin qui vient de sortir chez Vuibert éditions. Evidemment ça surfe sur les effets de la crise financière pour vendre par tous les moyens, car dans toutes crises il y a toujours des profiteurs. Là c'est le bouquin qui sauvera les managers stressés, démolis, désespérés, au bord du grand saut (voilà un film à revoir en ce moment, « Le Grand Saut » des frères Coen...) en leur apportant la lumière bouddhique. Mais, que les thuriféraires du grand marché se rassurent, pas de remise en cause de la sacro-sainte loi du profit par les moines au crâne lisse et à la toge orange, non, juste un moyen d'améliorer leur existence, en fait, de faciliter leur boulot de « toujours plus ».
Tout est dans le titre. La société occidentale prend seulement ce qui peut « apporter » à notre système et à ses petits rouages, dans les spiritualités orientales. Dernièrement dans une émission de france Inter, on apprenait que les traders de la bourse pratiquait le Taoïsme. Dans les entreprises, les sociétés, on ne compte plus les adeptes du yoga, du zen, du taï chi, etc. Cette récupération couplée au développement personnel s'adapte parfaitement au système capitaliste. C'est d'abord un recyclage du nombril. Tout est tourné autour de son égo. C'est du pragmatique pour s'accepter soi-même, Be Yourself, pensée Calvin Klein, nombrilisme et égotisme. Ecoute-toi, vis tes sentiments. Une sorte de cloisonnement introspectif où l'autre n'est qu'un parasite, une gêne. De l'individualisme pur comme du cristal. Le but est la gestion du stress, gérer les humiliations, les harcèlements, les classements, la méritocratie, la perpétuelle mise à l'épreuve... Les gérer pour mieux les accepter car, très vite, on comprend dans ces disciplines choyées et prodiguées par les puissants sur les petits, que le problème n'est plus le système, la société, mais le problème c'est vous. Cette récupération de la spiritualité new wave orientalisante vous amène à l'acceptation de votre sort, de votre chakra, l'effacement de toute rebellion, de toute révolte. Et les innovations dans ce domaine du nombril vont très vite comme la philo nouvelle de la résilience, la capacité de rebond, qui permet de gérer son licenciement sur le chemin sacré de la flexibilité chère à Mme Parisot. Calme-toi et penche-toi plus, mon frère spirituel, tu verras, ça fera pas mal...
Hollywood adôôôre le bouddhisme, le zen et Cie... Evidemment, surtout le bouddhisme tibétain qui est minoritaire dans le bouddhisme mondial. Scorsese frôle le révisionnisme dans sa biopic du Dalaï Lama (Kundun) et Richard Gere, le converti, utilise sa foi pour faire une pub et vendre des Lancia. Et le Dalaï lama multiplie les préfaces dans les bouquins qui font se pencher toujours un peu plus, ainsi écrit-il la préface de ce merveilleux bouquin cité plus haut pour les managers. Mais ce chef spirituel a quelques positions étranges et très discutables (sexe, homosexualité, etc.) et il ne faut pas l'encenser trop vite, prenons le temps de lire des positions contraires plutôt que de se fier à son irrésistible sourire.
Et pourtant, je suis un amateur de la philosophie orientale. Mais non recyclée et nettoyée à sec. J'adore le taoïsme et le bouddhisme mais avec ce fond de pensée humaniste et non pas déshumanisé comme on le trouve dans nos contrées. J'aime par exemple ces maximes orientales ou les fondamentaux qui sont en complète contradiction avec notre mode de vie de surproduction et de surconsommation, comme le fait dans les montagnes tibétaines d'avoir beaucoup plus de respect pour le pauvre en haillons que le riche en habits scintillants, car le pauvre n'a pas gardé ses possessions avec avarice et sera plus invité à sa table voire hébergé... Ici, pas de matérialisme, de signes extérieurs de richesse, de bling-bling, etc. Et puis surtout, pas de conversion, car je suis occidental, conscient de notre histoire, celle des pauvres toujours majoritaires, celle des révolutions, celle de la contestation, celle de la dissidence, du combat contre les puissants. Je garderai toujours cette capacité de me mettre en colère, de me révolter... car comme disent les philosophes du 9 au cube : « Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ! »
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