Ca vous rappelle pas une autre époque?...


A l'approche des fêtes de fin d'année et des repas en famille, Chatardland vous conseille d'égayer vos dîners par quelques mots-clés qui feront la joie dans les discussions. Non, ce n'est pas une idée-déco à la Damidot ni un conseil psy du dernier Cosmo. En fait, il y a des mots en société qui, je pense, sont devenus censurés sous peine de voir les débats tendus mal se finir, voire des brouilles parfois très longues. Bien sûr, il y a le classique « peine de mort » avec les arguments tout faits et sans reflexion « je suis pour mais pour les crimes affreux et pédophiles ». Il y a le dorénavant fatal « Nicolas Sarkozy » où celui qui a voté pour le Kid UMP l'avouera tardivement mais avec beaucoup d'éclats de voix comme un coming out improvisé... Mais l'un des plus dérangeants, gênants, et surtout explosifs reste le mot « immigration ». Alors là, les arguments tout faits (qu'on entendait seulement dans la bouche de Le Pen il y a quelques années) finissent par se déverser cachant souvent des relents de colonialisme et de clichés racistes. C'est qu'il y a quand même une honte dans notre hexagone des Lumières et des Déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen.En ce moment, des scènes immondes et indignes se jouent, se multiplient aux quatre coins du pays. Au-delà des arguments tout faits, une fois de plus, sans véritable apport d'infos sur la situation démographique, sociale du pays et du monde, avec les pseudo-certitudes qui rassurent plus notre conscience du genre « on peut pas accueillir toute la misère du monde » ou pire « ils sont sans respect, ils nous piquent notre boulot, on est plus chez nous », au-delà du débat théorique donc, prenons conscience de ce qui se joue en ce moment même...

Ces temps-ci je n'arrête pas de m'imaginer à la place des hommes en uniforme, des hommes en bleu, ceux qui sont en première ligne. A me demander comment font-ils, rendu à la 10ème, 15ème, 30ème mission d'expulsion, pour continuer à vivre sans éclater en pleurs sans parvenir à se retenir, à tenir face au reflet de leur visage dans le miroir, à croiser des familles à commencer par la leur, des parents, des enfants sans que le souvenir de leurs actes tristes et déchirants ne vienne les hanter subitement... Comment font-ils pour continuer à obéir aux ordres comme des machines avec une situation qui, humainement, devient intenable...?

Car ils sont aux premières lignes. Cet homme en bleu qui débarque chez des familles non en règle avec son escouade. N'a-t-il pas le stress de retrouver l'un des parents défenestrés plusieurs étages plus bas voire même l'un des enfants comme on a eu plusieurs cas en 2007? On les briefe tout juste dans ces nouvelles formes d'arrestation de famille entière, même pas de formation dans cette discipline infâme. On leur dit que les enfants ont droit de choisir un jouet à emmener avec eux, une générosité exemplaire. Un dernier souvenir de la seule vie qu'ils connaissent, de leur chambre qu'ils laissent telle quelle. Comme toute la maison d'ailleurs. Ce même policier peut être missionné dans la capture des familles à la sortie des écoles, meilleur moyen de cueillir tout le monde dans un moment où l'on ne s'y attend pas. Quelle drôle d'ambiance soudain dans celle de l'heure des mamans et des papas... En sort-on intact après avoir fait ça?
Autre mission. Celle des surveillances dans les CRA (Centres de Rétention Administratif), sorte de prison qui ne dit pas son nom, tour de Babel avec ses dizaines de langues où nul ne se comprend. Avec des familles entières, même des bébés. Réveillés comme au clairon, obligés de passer plusieurs heures le matin et l'après midi dans la cour bétonnée avec des murs couronnés de barbelés, fenêtres aveugles car il ne faut aucun moyen de communiquer avec l'extérieur, juste le ciel comme dans les promenades des taulards, mais ce n'est pas une prison... Non, pas une prison car les visites ne sont autorisées que pour les élus et les membres d'une seule association, la Cimade. Et même ça, le droit de visite de la Cimade devrait changer, le gouvernement veut faire marcher la loi du marché et faire un appel d'offre pour d'autres assos pour la remplacer. La Cimade en dit trop. Le flic devenu maton de mômes, de bébés, en sort-il intact?
Et puis celui qui accompagne les expulsés dans l'avion. De nouvelles consignes pour ceux-là aussi. Maintenant entrée séparée des autres voyageurs, un peu avant, dans un sas par l'arrière. Menace sur ceux des voyageurs aui commenceraient à vouloir créer une révolte dans l'avion. Et puis, surtout étude du corps humain. On garde le Velcro pour attacher les individus mais on ne veut plus de bavures comme ces expulsés morts étouffés par des coussins ou par un flic assis dessus dans les années passées. On a chiadé les prises sur le corps, les points de douleur sui font obtempérer l'expulsé rebelle. Velcro pour une momie transportable partout et vite, une pression sur un point du cou pour empêcher l'appel à l'aide, on appelle ça dans le jargon la « modulation phonique ». De cette application de la loi, en sort-on intact?

Il paraît que les cellules psychologiques se remplissent pour les policiers affectés par ces actes mais toutes ces affaires sont sous la loi du secret. On veut avoisiner les 30 000 expulsés cette année pour faire mieux que l'année précedente. Hortefeux-Sarkozy mettent en pratique leurs promesses, mais quelle pratique? Quel protocole? Peut-être les gens en ont-ils rien à foutre de ces familles nord-africaines, albanaises, serbes, afghanes, tchétchènes, etc. Mais au moins faut-il regarder en face ce qui est en train de se passer pour être sûr que c'est ce que la majorité veut... Pour voir cette vérité, à la fin de l'article des liens vers les personnes informées et impliquées. C'est en 2008, aujourd'hui. Ca vous rappelle pas une autre époque?...

Cimade http://www.cimade.org/
RESF http://www.educationsansfrontieres.org/
Droit des couples mixtes http://placeauxdroits.net/amoureux/index.php
Droit d'asile http://cfda.rezo.net/

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