Révisionnisme par temps de crise

Hier matin, vers 7 heures, je tombe sur la Matinale de Canal Plus. C'est une émission spéciale « la Matinale pique sa crise » puisque est abordé pendant toute l'émission la crise financière pour expliquer et surtout rassurer. Sur le plateau pendant une heure, le ministre de l'économie, Eric Woerth, va être pédagogue en même temps que justifier son nouveau budget 2009 dont les coupes massives dans les domaines de l'emploi ou du logement et le social en général sont difficilement explicables. C'est vrai qu'on se demande comment expliquer un budget qui nie les problèmes d'actualité que sont la crise du logement, l'effritemement du pouvoir d'achat ou encore la nouvelle montée du chômage au mois d'août, mois de boulots saisonniers pourtant (surtout aves le mal que se donne le gouvernement pour maquiller les stats ou pousser les chômeurs à résilier... ).
Mais le plus choquant n'est même pas ce mensonge ou cette hypocrisie mais bien celles qui touchent la crise mondiale financière. Je suis assez attentif à ces émissions, intrigué de savoir comment le gouvernement et les hommes politiques les plus médiatiques adeptes de la croissance perpétuelle vont parvenir à continuer de proner le capitalisme et le libéralisme après cet effondrement dont les raisons sont le système dérégulé d'une économie de marché sauvage et des finances sans règles et sans pitié. Evidemment, avant même de justifier le sauvetage et la survie de la bête, on la sauve de toute façon, et ce avec l'argent du contribuable à coups de centaines de milliards aux USA, de dizaines en Europe. Une des premières constantes est ainsi respectée, les profits sont privés (dans les poches des rentiers et des propriétaires d'entreprises et de banques) mais les pertes sont publiques (là, pour les dettes et les résultats catastrophiques, on met tous la main à son portefeuille). Toutefois, on peut se dire que cette dégringolade est la meilleure des remises en cause du capitalisme dans sa forme libérale toute puissante depuis 25 ans. Mais là aussi la doxa des puissants pour les petits est bien huilée et Eric Woerth, ce matin sur Canal Plus, va nous montrer tout ça...
Le ministre se fait donc prof d'histoire. Pour rassurer, il affirme que des crises terribles comme celle-ci, il y en a une ou deux par siècle. Ainsi on comprend qu'il y a la crise de 1929 et celle qui vient d'éclater. Une façon de nous assurer que c'est juste un mauvais moment à passer, rare et naturel comme une éclipse. Seulement, des crises financières terribles il y en a plusieurs depuis le crack de 29, concentrées même sur les 10 – 20 dernières années. Rappelons-nous, la crise asiatique des années 1990, la crise de la bulle Internet début 2000 ou très récemment la crise des matières premières cause de famines et d'émeutes de la faim dans plus de trente pays. Ne sont-ce pas des crises terribles aussi, dont les causes sont aussi les spéculations, les jeux sur la bourse aux conséquences désastreuses sur des vies humaines ? En fait, le marché fait des bulles qui grossissent jusqu' à des tailles où tout le monde connait le dénouement : un éclatement qui mettra le système au bord de la faillite. Des bulles où tous les profiteurs se jettent, que ce soient pour spéculer sur les start-up du Web, sur les crédits immobiliers des ménages les plus modestes et même sur les céréales des pays les plus pauvres. Bref, pas une ou deux mais bien de plus en plus, preuve que le système entier d'une loi du marché autorégulatrice ne fonctionne pas...
Toutefois, Woerth ne veux pas céder sur ce constat d'échec pourtant criant. En réponse à ceux qui critiquent voire rejettent le capitalisme et ses fondamentaux (main invisible du marché, libéralisation de tous les secteurs sauf défense et ordre, etc.), il répond deux énormités. D'abord qu'il ne faut pas oublier toutes les avancées sociales et progrès pour tous que le capitalisme a apporté. Là dessus je répond qu'il doit réviser son histoire sociale car chaque avancée a été le fruit d'une lutte incessante, souvent violente, du travail contre le capital, chaque page du code du travail, chaque montée des salaires, chaque congés payés, etc. (1789, 1871, 1936, 1968 pour retenir seulement quelques dates...). Ce n'est jamais les détenteurs du capital et du patrimoine qui par humanité a décidé une seule fois d'accorder un progrès social, une chose a toujours retenir.
Ensuite, le ministre des sous va plus loin. Il affirme que la dernière fois que suite à une crise on a rejeté le système capitaliste, cela a mené au fascisme. Quelle relecture étrange et partisane des faits historiques de notre 20ème siècle ! Au contraire on peut considérer que c'est le capitalisme exacerbé à travers une concurrence sans pitié entre les nations qui ont créé le monstre nazi et fasciste. L'Allemagne est en crise totale dans les années 1930 et cette déconfiture qui touche d'abord les plus précaires va faire éclore et grossir la xénophobie, la haine de l'autre, l'antisémitisme jusqu'à mener démocratiquement Hitler au pouvoir. Et Adolf était un grand capitaliste puisque le fonctionnement productiviste teinté de nationalisme qu'il va consuire en Allemagne reste du pur capitalisme. Et puis le Furher dès la création de son parti d'extrême droite aura comme bienfaiteur (de grosses participations financières) un Américain fort connu, modèles des hommes d'entreprises capitaliste par excellence, M. Ford lui-même, qui était du reste très antisémite. Ecoutez pour preuve cette émission sur le sujet de Là-bas si j'y suis de France Inter. On apprend que le portrait de Henry Ford tronait dans le bureau de Hitler... D'ailleurs, le plus étonnant (et flippant) est que dans la Matinale de Canal ce même jour, s'enchaine le journal et qu'après les dernières news de la crise on nous annonce que, dans ce climat, l'extrême droite autrichienne vient de faire une nouvelle poussée historique aux dernières élections. Voyez M. Woerth, l'histoire ne se réécrit pas comme on le voudrait mais elle est belle et bien cyclique. Et puis, réécrire l'Histoire selon ses idées et sa convenance pour sa propagande, ça a un nom je crois... Ah oui ! Du révisionnisme, encore un truc dans l'air du temps sûrement.
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