Propagandes silencieuses et domnicales sur Canal +


Nous sommes loin d'une certaine époque sur la chaine cryptée, celle d'une ligne éditoriale rebelle et dénonciatrice. La rédaction a été épurée de tout mauvais pensant et penseurs libres et ça se sent à l'antenne surtout le dimanche. Loin les lundis investigation avec Paul Moreira, journaliste qui mettait les pieds dans le plat, loin des humoristes bêtes et méchants (à part encore cet espace de liberté qu'est Groland).
Ainsi le jour du seigneur est-il celui de l'info et du reportage le midi sur Canal. Mais quelles infos !? A commencer avec l'émission « effet papillon », avec du reportage flash sans aucune source ni données véritables, plutôt une idéologie avec une fausse pertinence et un semblant de dénonce. Ce dernier dimanche par exemple. Un grand reportage (10 minutes à peine) sur une jeunesse cubaine qui se révolte enfin contre le méchantissime Fidel et son frère Raoul. Trois portraits suffisent pour ces journalistes pas très exigents. Celui d'un chanteur punk de l'île, dont la punk attitude se voit à son T-Shirt et sa tête mal rasée. Extrait de texte de chanson plutôt simpliste et minable mais aucun extrait d'un live où de jeunes Cubains se batteraient pour avoir une place, aucune idée de leur succès dans l'île, de l'impact de cette soi-disant jeunesse qui se révolte. Le nom du groupe militant et dissident : « Porno para Ricardo ». Bref, peu convaincant, mais bon... Deuxième portrait, celui d'une blogueuse qui serait lue chaque jour par des milliers de personnes. On peut se demander à qui elle s'adresse étant donné le peu d'ordinateur et encore moins d'ADSL sur Cuba. Elle est interviewée dans une très jolie maison à l'intérieur très bourgeois. C'est donc une jeunesse plutôt riche qui est ici évoquée, et qui doit plutôt s'adresser aux exilés cubains de Floride, vous savez, ceux qui votent en majorité pour une droite conservatrice et belliciste, liée aux anticastristes d'extrême droite. Dans ces pages de blog très vite montrées on retourve comme par hasard des images du groupe « porno para Ricardo ». On dirait une certaine jeunesse qui se cotoie en vase-clos, une jeunesse de la haute et forcément anticastriste. Enfin on termine ce reportage propagande par une écrivain toute jeunette dont le journaliste est obligée d'admettre qu'elle est, certes, chic et aristo puisqu'il suffit de la regarder avec son allure et son Yorkshire sur les genoux, mais que son bouquin s'est vendu à plusieurs milliers d'exemplaires en Europe... En Europe ? Voilà qui en dit long, ma foi, sur le côté idéologique de ce reportage puisque la jeunesse cubaine dépeinte n'est pas vraiment celle qui représente l'île mais bien celle que les Européens et les Américains ont envie d'entendre comme preuve maquillée d'un peuple qui se soulèverait. Bref propagande anti Castro même pas bien faite... Où sont les véritables infos, les bonnes données, voilà du journalisme idéologique de merde.
Suivent ensuite, bien sûr, une brêve sur les exactions russes en Géorgie avec images chocs de corps en charpie mais aucune évocations des exactions géorgiennes commisies pendant des années sur les populations minoritaires ossètes ou abkhazes. Et puis nouvelle brève aux images chocs, cette fois en Bolivie où là aussi un président pour la première fois indigène et aux idées progressistes de partage des richesses, Evo Morales va être décrit en quelques vidéos choquantes comme un dictateur fou de violence. Les régions riches telles Santa-Cruz se révoltent de devoir partager les richesses avec les régions pauvres de ce pays le plus misérable de l'Amérique du sud. Alors elles déstabilisent le pays en manipulant les médias et montant les populations contre elle-même. Racisme anti-indiens des hauts plateaux, émeutes violentes. Pour cette brève, nous voyons ces riches propriétaires mettre en première ligne des handicapés pendant des manifs violentes et les forces de l'ordre poussées à bout dans la protection des bâtiments des institutions obligées de disperser les foules par des lacrymo. L'image choc est toute trouvée, des handicapés dans des chaises roulantes suffocant dans les nuages de gaz. Le message même à peine insinué est passé, Morales est un tyran sans pitié envers son peuple. De toute façon, dans « l'effet papillon » les cibles favorites sont les présidents de gauche d'Amérique latine : Castro, Morales, Chavez (Venezuela) ou encore Correa (Equateur)...
La programmation dominicale de Canal continue avec de l'humour réac et de droite avec le programme court « Sévice public ». Du gros gag lourd et cliché, déjà vu mille fois sur les fonctionnaire du service public. C'est pas drôle, c'est nul, encore une bonne dose de merde en tube. De la guichetière qui se lime les ongles sans vous répondre aux formulaires interminables de l'administration, ils refont tous les coups qui ont permis la mise à mort des services publics depuis 25 ans. La privatisation de tous ces « fainéants » est pratiquement finie, ne reste plus que la santé et l'éducation, mais l'humour Canal aime maintenant tirer sur les ambulances...
Enfin le dimanche, c'est aussi le reportage découverte. Alors aujourd'hui, cap sur le Venezuela. Evidemment, le reporter aventurier part avec son idée toute faite dans la tête en bon journaliste lobotomisé à la sauce pensée unique et bon chien-chien des puissants. 15 fois il va décrire la situation du pays comme un nouveau communisme alors qu'il ne s'agit pas de ça là-bas. La révolution bolivarienne de Chavez comprend certes quelques nationalisations (surtout le pétrole) mais c'est avant tout pour rendre les profits des richesses naturelles vénézuéliennes au peuple, certes quelques reprises de terres pour les redistribuer aux sans-terres mais ils s'agissaient de terres accupées illégalement par les grands proprios protégés par des milices de cow-boys. On est loin du communisme puisque la propriété privée est respectée ainsi que la liberté d'expression, on est beaucoup plus proche d'un simple socialisme soft de redistribution pour les plus démunis qui sont 80% de la population. Dans cette traversée, rien nous est pourtant épargnée sur l'insécurité principal argument de la droite contre Chavez, fantasme des faits-divers et de la peur qui fait des ravages contre toutes les gauches du monde. Par contre, rien sur les missions de santé qui ont sauvé des milliers de pauvres de la cécité due à la cataracte, rien sur les missions « Robinson » qui permettent à des milliers de gens de tous âges à apprendre à lire gartuitement et d'obtenir une bibliothèque d'encouragement avec le diplôme... Non l'aventurier de Canal, le genre d'abruti qui traverse la jungle vénézuélienne en gardant sa petite chemise de marque BHL et ses petites baskets Nike, cet abruti donc nous montre une école des barrios (bidonvilles) qui se donnent dans la rue faute de moyens et selon la météo, ou encore des valeureux associatifs qui gravissent la montagne avec des livres pour apporter la bibliothèque à une école isolée. Sans le dire vraiment, le reportage nous amène à penser grossièrement que la situation n'avance pas avec Hugo Chavez, que rien ne bouge dans la vie réelle.
Ainsi, la messe est dite ce dimanche sur Canal, une messe de propagande anti gauche, dans le sens de la pensée unique, une messe de soumission et de contrôle de pensée, silencieusement, sans en avoir l'air. Et ce jusqu'au dimanche prochain...

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