L'ours et le dragon


L'ours et le dragon
Cet été, deux consensus ont nourri de nombreuses discussions, attaques verbales dirigées vers deux pays majeurs de la communauté internationale, accusations et « dénonciations » simplistes voire fantasmées sur deux poids lourds du monde : la Chine et la Russie. Evidemment, quand il y a accord de la pensée unique à écorcher l'image voire à caricaturer de clichés la réalité de grands pays comme ceux-ci, Chatardland doit se méfier.
D'abord, parce que la situation est bien plus complexe que ce que les médias dominants puis les conversations du « bar du commerce » (qui sont souvent les mêmes descriptions mais avec des mots différents) veulent décrire. Puis ensuite parce que ces deux pays sont des adversaires du consensus de Washington, que ce soit économique pour la Chine, dernier énorme bastion d'un communisme de marché, ou que ce soit diplomatique pour la Russie, ancien ennemi de la guerre froide refusant la domination étasunienne façon gendarme du monde et celui-ci se déployant à travers influences, ingérence à peine dissimulée dans les politiques intérieures des pays entourant le géant russe (Ukraine, Afghanistan, Kazakhstan, Géorgie, etc.), multiplication des bases militaires dans ce large croissant d'Orient, bouclier anti-missile prévu en Pologne...
Evidemment ces deux pays ont des politiques fortement critiquables entre la politique belliciste russe qui massacre notamment les Tchéchènes ou la politique froide et calculatrice d'un gouvernement non démocratique chinois notamment dans sa gestion cruelle de la natalité. Et ce ne sont que des exemples. Mais tout est un peu plus complexe qu'une simple image noire ou blanche, du bien ou du mal.
Pendant la période des Jeux Olympiques à Pékin, les journalistes occidentaux y sont allés gaiement dans le colportage « d'image d'Epinal » de la Chine, à savoir un pays démesuré aux pratiques archaïques voire barges, ce qui dans la bouche ensuite des téléspectateurs ou lecteurs, une fois en société, était encore plus exagéré. En plus d'un retour en force de l'idée du « péril jaune », on peut y voir un gros ethnocentrisme simplet dont les Occidentaux sont experts. Martine Bulard, excellente journaliste au Monde Diplomatique, citait une des meilleures « analyses » simplettes et confortant tous les clichés sur la Chine et son peuple dans son blog cet été (http://blog.mondediplo.net/2008-08-21-La-bataille-de-l-apres-J-O ). C'est dans Paris-Match et c'est du grand journalisme : « La Chine a fabriqué des machines à records d’une rigueur exemplaire mais pour qui la notion de plaisir dans le sport n’existe pas. » Le pire, c'est que les Français y croient, ils marchent, ils fantasment aussi une Chine pleine de robots inexpressifs à commencer par ses sportifs, ce qui expliquent, sans doute, pour eux pourquoi ils ont gagné tant de médailles. Ces gens n'ont plus rien d'humain, pensent-ils comme pour ainsi mieux comprendre la baisse énorme des médaillés d'or de l'hexagone par rapport aux dernières olympiades... Ce qu'il faut comprendre, c'est que la Chine est un pays qui entend sortir de son communisme maoïste lentement et en gardant les manettes. On peut déjà applaudir de meilleurs conditions et une progression de démocratie avec de plus en plus d'associations qui peuvent s'exprimer et obtenir des améliorations dans des domaines tels que l'environnement, le social, les paysans, etc. Et l'on peut considérer que cette progression mesurée est sans ausun doute bien plus espérée que celle qu'aura connu la Russie dans les années 1990.
En effet, « l'ours » russe n'a pas eu lui le temps nécéssaire pour cette transition mesurée vers un capitalisme de marché. Selon les conseils du FMI (Fonds Monétaire International), la Russie a eu droit à une « thérapie de choc », soit un changement radical d'économie politique presque instantané, bref le conseil-ordre d'une institution internationale constituée des meilleurs économistes du monde. Pour se remémorer cet épisode très peu glorieux du FMI, n'hésitez pas à lire le bouquin d'un prix Nobel d'économie qui y était et en est revenu de ces certitudes économiques à deux balles
qui continuent de polleur la planète monde. Je l'ai lu il y a peu et on apprend beaucoup. Intitulé « La Grande Désillusion » chez Fayard par Joseph E. Stiglitz. A l'époque il est directeur de la Banque Mondiale, travaillant en étroite collaboration avec le FMI. La « thérapie de choc » va détruire toute la société russe, les grandes entreprises reprises pour des clopinettes par des mafieux notoires, la famine dans les régions déjà les plus pauvres, etc. Je me souviens avoir lu à l'époque un article dans le Courrier International sur des familles russes obligées de se nourrir d'écorces bouillies pendant un hiver glacial... Même Dickens aurait-il osé un épisode dramatique aussi pathétique? En tous cas, suite à cette transition ratée, la fierté russe est au plus mal, comme pour payer l'affront d'une guerre froide bipolaire de plusieurs décennies. De cette humiliation, la Russie reste blessée et on peut comprendre cette adhésion à un homme fort, virile, nationaliste et peu démocrate comme Poutine pour retrouver un semblant d'orgueil. Seulement, se relevant déjà difficilement, les Russes voient le monde évolué sous le commandement plus ou moins direct des USA, auto proclamé gendarme du monde. Les Etasuniens, sous le prétexte maintenant éculé d'une guerre contre le terrorisme, dirigent en sous-main les gouvernements de pays anciennement soviétiques, manipulant des pseudo-révolutions de couleurs ou de fleurs, super markétées, qui ne révolutionnent que dalle puisque les mêmes personnes se retrouvent aux manettes au final (cf. Géorgie, Ukraine, etc.). Les bases ricaines se multiplient au sud de la Russie, d'est en ouest, de l'Irak au Japon. La Pologne veut accueillir des batteries anti-missiles. Renaissance de l'OTAN (Organisation du Traité Atlantique Nord), la vieille alliance occidentale contre les Soviétiques qui n'a plus de raison d'être et qui ne peut que crisper encore plus les Russes. Tout cela facilite l'installation de circulation énergétique dans l'axe hors dépendance à la Russie, une fois de plus unaniment exclue. Tout ceci se cumule pour la diplomatie russe et commence à faire un sérieux trop plein...
La géopolitique est toujours quelque chose de complexe, comprenant des questions sur l'Histoire même la plus ancienne, sur la politique, etc. Ce n'est pas simplement une vision Bushienne genre : « les Russes sont méchants » ou « il y a un axe du mal de la Corée du Nord à l'Iran. ». Avec l'entrée et l'occupation militaire des Russes en Géorgie, on aurait vite dit, comme les visions débilissantes de journaux de 20 heures, de considérer que les Russes, c'est vraiment le mal et retour vers la guerre froide. Or, la Géorgie, pays instable, manipulé par les ONG pro-américaines comme on l'a vu pendant le semblant de révolution des roses ou des oranges, gérant très mal et sans respect ses minorités des Ossètes aux Abkhazes en passant par ses Arméniens, a très mal joué en attaquant violemment l'Ossétie du Sud, sachant parfaitement que la Russie suivait ça de très près.D'abord parce que grosse population russophone ensuite parce que l'Ossétie du Nord est en territoire russe. La Russie de nouveau existe sur le plan international, evidemment pas comme une force positive mais si on réfléchit quelques instants, comme protectrice de minorités désirant l'indépendance. Certes, derrière il y a une guerre énergétique dans l'approvisionnement de l'Ouest mais il y a aussi une Russie qui pèse à nouveau, vexée, active, presque à nouveau pendant des USA, puisque l'Union Européenne na su qu'être un petit caniche des Cow-Boys du Monde au lieu de prendre cette place. Ce n'est pas la réactivation de la guerre froide comme l'écrivent trop vite les journalistes de médias dominants mais un échiquier mondiale qui se rééquilibre mais d'une façon violente, guerrière, bref, inquiétante. Toutefois, je comprends totalement Hugo Chavez, président du Venezuela, farouchement opposé aux Américains, quand il déclare, pour les titiller, qu'il accueillerait les bras ouverts les Russes dans son pays contrairement aux Géorgiens (http://www.cyberpresse.ca/article/20080830/CPMONDE/80830036/5024/CPDMINUTE ). Déclaration provocatrice, mais une fois de plus remettons cette déclaration dans la bouche de celui dont le pays a failli sombrer après un coup d'Etat monté par la CIA en 2002 et qui sait que les Etasuniens s'inquiétant de l'occupation armée russe du territoire géorgien et désirant que ces troupes déguerpissent, c'est l'hôpital se fichant de la charité. En matière d'ingérence dans des pays souverains et démocratiques (Chili, Venezuela, révolutions de couleurs, etc.) ou de guerre d'occupation préventive sans autorisation des Nations Unies (Irak), les USA n'ont de leçon à donner à personne.
Pour cet article, je reprends le titre d'un mauvais livre de Tom Clancy, qui réunit dans cette oeuvre (L'ours et le dragon chez Broché) les clichés sur le Péril Jaune et la Nouvelle Guerre Froide en un thriller géopolitique, qui laisse toutefois entrevoir le pire si médias et peuples occidentaux continuent à penser selon ces caricatures simplistes et amnésiques...
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